Ils ramassent 200 cadavres de poulets en deux jours

Les agents de l'OFB sont venus observer les cadavres, lundi 1er juin, dans l'après-midi. (Ph. L. Lemaire)

[Insolite] Nathan et Daniel Simon ont découvert, stupéfaits, dimanche 31 mai, au matin, des dizaines de cadavres de poulets déchiquetés, en même temps que 30 à 40 milans noirs survolaient leur élevage, à Saint-Léon-d’Issigeac.

« Deux poulets tués, que ça soit par un renard ou une buse, on peut le supporter ; même dix. Mais pas 200 ! » Daniel Simon, éleveur de volailles et céréalier à Saint-Léon-d’Issigeac, est pragmatique et expérimenté ; il sait quand s’affoler d’une mortalité inattendue et anormalement importante chez ses poulets. Et là, près de 200 cadavres de poulets ramassés aux abords de ses poulaillers en deux jours, il sait que c’est inédit.

Depuis bientôt cinq ans qu’ils ont installé les quatre bâtiments d’élevage en même temps que le dernier de la lignée, Nathan, les trois générations d’agriculteurs – lui, son père et son fils – n’ont jamais vu ça. « J’en ai encore ramassé un plein godet ce matin », remarque le plus jeune.

L’histoire, pour eux, commence samedi, en fin d’après-midi. Daniel Simon se souvient : « On était là autour, on rentrait du foin et tout d’un coup, vers 16 h – 17 h, on les a vus. » Une cinquantaine de rapaces volants à basse altitude au dessus des poulaillers, comme ils le font lorsqu’ils sont en repérage et en chasse. Incrédules, les Simon ont d’abord cru à une attaque de buses. « Je les ai vues attaquer, piquer sur les poulets », témoigne Nathan Simon qui a multiplié les photos et les films du vol des rapaces au dessus de son élevage. « J’ai même essayé de sortir le drone pour les effrayer mais rien n’y a fait : les oiseaux n’étaient pas du tout effrayés et ont continué de voler à côté de l’appareil. Au bout d’un moment, je l’ai rentré de peur qu’ils me l’abîment. »

L’OFB soupçonne un renard

Un peu démunis par le nombre de rapaces et les dégâts causés, les Simon réagissent en simultané. Nathan appelle les chasseurs locaux. « Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire parce que la buse est une espèce protégée. Et moi non plus, individuellement, je ne peux pas agir parce que je risque 40 000 € d’amende. » Son père, Daniel, demande conseil à leur technicien et s’en réfère à son syndicat. « Nous sommes en label rouge. Nous avons un cahier des charges très stricte à respecter. On nous dit de rentrer les animaux mais par cette chaleur, 4 000 poulets de 2 kilos chacun, ça dégage une chaleur pas possible. Tous enfermés, ils vont s’entretuer ! Et en termes de bien-être animal, on n’y est pas du tout ! » 

Contacté le lundi 1er juin, le président de la FDSEA, Joël Fréret, décide d’emblée d’alerter la DDT (Direction départementale des territoires), avant de rendre visite aux Simon et constater par lui-même les dégâts à la ferme. Trois agents de l’OFB (Office française de la biodiversité) ont été dépêchés dès l’après-midi pour, eux aussi, se rendre compte sur place. Leur intervention rapide a permis de lever un doute né des premières constatations des agents : « Ça pourrait être une attaque de renard ».

Pas d’assurance

Pour commencer, les rapaces qui volent depuis deux jours au dessus des poulaillers ne sont pas des buses mais des milans noirs. Les agents de l’OFB sont formels. « Le milan noir est un charognard. Il niche en colonie sur les bords de la Dordogne, se déplace en bande, suit les fauches de foin et les élevages de volailles. » Une attaque de renard aurait pu déclencher leur rassemblement sur la propriété des Simon.

Le soir même, les agents ont installé des caméras infrarouges aux abords des bâtiments pour confirmer leur hypothèse. Relevées le lendemain, dès 6 h, les images ont parlé : un renard s’est bel et bien faufilé entre les mailles du grillage et même sous le fil électrifié.

« Il est prévu que les agents reviennent dès cette nuit pour régler le problème avec ce renard », s’est félicité Joël Fréret. « Nous, nous mettons notre technicité à votre service et quelle que soit la cause, il faut trouver une solution ; pour vous, c’est une perte », assurait l’agent de l’OFB. « Nos poulets sont à huit jours de partir à l’abattage. Et la perte des 200 poulets qui sont morts ne sera pas indemnisée par l’assurance », confirme Daniel Simon.

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