[Conjoncture] La guerre au Moyen-Orient n’a fait qu’aggraver un contexte du bâtiment difficile. Nombre de chantiers en baisse, augmentation du prix des matériaux, le président de la FFB 24 lance un appel aux élus.
Si vous trouvez que payer plus de 100 € quand vous allez faire le plein de gasoil de votre voiture est scandaleux, Florent Guy, nouveau président de la FFB 24 (Fédération française du bâtiment de Dordogne), a de quoi faire redescendre votre indignation d’un cran. « Sur le carburant, on a pris 0,50 €/l. En gasoil, moi, j’utilise 10 000 litres par mois. Ça fait 5 000 € par mois de plus que j’ai à donner sans récupérer plus par ailleurs. Ça va très vite et, effectivement, ça nous rend un peu inquiets.«
Mais la crise pétrolière générée par le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ne fait pas exploser que la facture à la pompe. Pour les métiers du bâtiment, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui est impactée. « Énormément de produits et matériaux sont faits à base de produits pétroliers : les plastiques, les isolants, les tuyaux PVC, les rouleaux d’étanchéité pour faire les toitures ou les terrasses… Sur les isolants, on en est à 30 % d’augmentation du prix ; et sur les plastiques, 20 %« , alerte l’artisan, à la tête d’une entreprise de maçonnerie. Autant de hausses que les professionnels du bâtiment sont contraints d’absorber sans forcément les répercuter sur leurs propres prix. Car les marchés ne sont pas assez dynamiques pour souffrir des tarifs trop élevés. Ce sont donc les marges des artisans qui en pâtissent.
« Le marché est moins dynamique en ce moment. Il y a moins d’appels d’offres, moins de consultations de marchés privés. Ça tire les prix vers le bas. En parallèle, on a augmenté nos salariés, c’est normal. Si on veut garder des gens, il faut qu’on les paye sérieusement. Mais tout ça cumulé, les marges s’amenuisent.«
Inciter les chantiers
Pour lui, le crédit carburant n’est qu’un pansement sur une hémorragie. « On peut bénéficier de 5 000 à 50 000 €. Mais ce n’est pas une aide. C’est un prêt à 3,80 %. Ça donne une bouffée d’oxygène sur le coup, c’est bienvenu. Mais il faut le rembourser.«
Florent Guy en appelle aux élus et donneurs d’ordre. « Il faut que nos collectivités, tous nos ordres publics embrayent des chantiers, prévus ou pas. Il faut donner de l’activité. Et tous les privés, les entreprises aussi, doivent se décider à le faire. Les banquiers, également, peuvent aider en accordant des prêts corrects. Il faut inciter les gens à faire des travaux. » Et moins regarder la facture à la pompe.