S’adapter est vital en maraîchage

Myriam Bourgy, maraîchère à Serres-et-Montguyard, prépare la saison d'hiver. (Ph. N. Fray)

[Serres-et-Montguyard] Après un été caniculaire, Myriam Bourgy et Geert Schoenmakers, maraîchers bio, sont épuisés. Ils ont réussi à fournir leurs clients, au prix d’adaptations instructives.

La production de légumes a été très impactée par la canicule. Comment ça s’est passé chez vous ?

Myriam Bourgy : Cet été a été costaud. On subit aujourd’hui le contrecoup physique et moral. C’est très dur de travailler sous une chaleur extrême. On décale les périodes de cueillette, pour récolter très tôt le matin, tard le soir. Au prix de pas mal de stress, pour moi et pour Geert, mais aussi pour les deux saisonniers qui travaillent chez nous de mars à octobre, on est arrivé à fournir la clientèle. Mais franchement, passé les 40 °C, on s’est demandé si on allait tenir. La maturité des légumes était bloquée, on s’est fait peur.

Comment avez-vous sauvé la récolte ?

M. B. : On a eu la chance de suivre les formations proposées par Agrobio Périgord sur la thématique « Comment cultiver dans un contexte de réchauffement climatique ? ». Cet été, ça nous a servis car on a appliqué pas mal de préconisations vues en formation. Ainsi, on a « ombré » nos serres, on les a peintes avec de la peinture blanche dès les premières chaleurs, en juin. On a également aspergé de l’eau en petite quantité, mais quatre fois par jour aux heures les plus chaudes pour abaisser de quelques degrés la température et faciliter la circulation des pollens. On a la chance de pouvoir puiser dans le Dropt, qui passe en bas de nos parcelles, sans dépasser notre quota d’irrigation. On a ainsi sauvé nos cultures d’été.

Avez-vous dû renoncer à certaines productions ?

M. B. : On a surtout adapté nos calendriers culturaux. Avant, on plantait les choux en juin, pour en avoir en septembre. Aujourd’hui, on les plante début août pour des questions de consommation aussi. Avec les températures qu’on a eues en septembre, qui va avoir envie de manger une potée de choux ? On a eu beaucoup de mal avec les haricots verts, qu’on a semés trop tôt. Car, en plus d’avoir des étés toujours plus chauds, on a des gels tardifs qui peuvent survenir au printemps.

Est-ce que les consommateurs comprennent vos difficultés ?

M. B. : On fait très attention de ne pas avoir de rupture d’approvisionnement en légumes, c’est important en vente directe. Mais ça peut arriver et on doit l’expliquer à nos clients. Notre chance est d’avoir créé une relation de grande proximité avec eux. Nous avons plusieurs formules de vente directe. Nous livrons nos légumes à des Amap à Eymet et Bergerac, en plus d’une Biocoop et de quelques restaurants. Nous avons aussi une vente directe de paniers à la ferme le vendredi soir. Nous proposons aussi de l’autocueillette. Les cueilleurs prennent le forfait qui leur convient à l’année et viennent ramasser ce dont ils ont besoin selon l’abonnement qu’ils ont souscrit. Tout est question de confiance et d’organisation.

Comment l’autocueillette s’organise en période de pénurie ?

M. B. : En fait, nous mettons des drapeaux dans les rangées de légumes qui sont à la disposition des cueilleurs. Ils ne ramassent que là. Pour nous aussi c’est une discipline car, lorsqu’on récolte, il faut laisser suffisamment pour que les mangeurs trouvent de quoi se nourrir. Parfois, nous plaçons un drapeau rouge en bout de rang, cela veut dire que les cueilleurs peuvent se servir à volonté. Sinon, ils respectent les quantités de leur forfait. Nous avons une centaine d’autocueilleurs à l’année et ça se passe hyper bien. On a même créé un groupe WhatsApp pour communiquer sur la façon de ramasser certains légumes, comment on les cuisine. Certains préparent même leurs légumes sur place. En termes de sécurité financière, c’est un énorme atout car, dès le début de l’année, on peut estimer une grosse part de notre chiffre d’affaires.

Reste-t-il des progrès à faire dans votre ferme ?

M. B. : Bien sûr, on peut toujours s’améliorer. Il faut aussi envisager le pire puisqu’on nous annonce des températures encore plus hautes à l’avenir. On a eu une petite idée de ce qui pourrait se passer à l’avenir avec notre production de fraises, qui ont toutes mûri en même temps. Heureusement, nous avons un contrat avec l’Atelier des maraîchers à Bergerac, qui transforme pour nous une partie de la production pour en faire des soupes, des pestos, des coulis, des compotes. Comme ça, on ne perd rien. Donc on fait plein de choses pour être encore plus résilients à l’avenir, mais cela rajoute de la charge mentale. On se pose la question, avec Geert, de faire de vraies coupures l’hiver pour souffler.

Est-ce que ménager du temps pour vous sous-entend d’organiser des périodes sans production ?

M. B. : Non car les cueilleurs pourront toujours venir se servir eux-mêmes, même si on a pris des vacances. Je crois que c’est très important que les consommateurs comprennent que les agriculteurs sont en première ligne du changement climatique et qu’ils participent à leurs efforts pour s’adapter à ces bouleversements. C’est avec eux que l’on pérennisera une alimentation locale et de qualité.

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