[Interview] Une rencontre a eu lieu à Prigonrieux avec la préfète et la filière châtaigne. Christophe Leyssenne, directeur de la DDT, revient sur les enseignements de cette réunion dont le sujet central était l’accès à l’eau.
La préfète, Marie Aubert, a rencontré les producteurs de châtaigne, vendredi 9 octobre à Prigonrieux. Quel était l’objectif de cette réunion ?
Christophe Leyssenne : Cette rencontre est à l’initiative de Madame la préfète qui a souhaité rencontrer l’ensemble des filières agricoles du département. L’enjeu est d’étudier l’impact de la sécheresse mais aussi de réfléchir aux solutions à mettre en œuvre pour l’avenir. Nous sommes particulièrement attentifs à la souveraineté alimentaire et la Dordogne est un territoire qui sait produire de la noix, de la fraise et qui a des réelles opportunités.
Lors de l’annonce du plan Casi à la préfecture, le 25 septembre, la filière châtaigne n’était pas encore concernée car la récolte était en cours. A-t-on désormais un chiffrage des indemnisations ?
C. L. : Pour nous, il n’y a pas de sujet sur la châtaigne car les pertes de récoltes sont importantes. Je ne suis pas en mesure de quantifier aujourd’hui le montant des indemnisations, mais je peux raisonnablement dire que c’est un dossier qui va remonter au Ministère (de l’agriculture, ndlr) en décembre comme nous l’avions prévu. Il faut juste que l’on quantifie les pertes pour aller au-delà des 30 % pour solliciter le dossier.
Ce dossier devrait être étudié en commission début décembre avec l’ouverture du dispositif début de l’année prochaine. Dans le plan Casi de manière générale, quasiment toutes les productions du département ont un dossier d’indemnisation. La filière arboricole dans son ensemble ne pourra disposer des chiffres de pertes de récoltes qu’en début de l’année prochaine.
Dès le 1er novembre, le dispositif sera ouvert pour les grandes cultures, les fruits rouges et les légumes de plein champ. La châtaigne va donc arriver avec les autres cultures arboricoles. Nous sommes en train de gérer le fonds d’urgence avec une enveloppe supplémentaire de 9 000 € qui a été distribuée. Ce qui porte le montant du fonds à 3,8 M€, soit un peu plus de 1 300 exploitations aidées.
« Nous avons perdu l’équilibre agro-sylvo-cynégétique sur le sanglier. »
Le sujet de l’eau s’est également invité dans les discussions. Un plan de développement de l’irrigation aurait été annoncé ?
Premièrement, le sujet de l’irrigation agricole n’est pas tabou pour les services de l’État. Nous avons conscience que l’agriculture de demain a besoin d’eau. Il y a donc un questionnement de la sécurisation de l’accès à l’eau tout comme la sobriété. Nous avons des cours d’eau soutenus à l’étiage par de grands barrages hydroélectriques pour lesquels il n’y a pas trop de problèmes de débit. Nous avons la Dordogne, la Vézère, la Dronne. Seul l’axe Isle n’est pas soutenu. Donc, l’objectif est de se demander comment on peut anticiper pour ne pas se retrouver en déficit dans 50 ans.
Comment l’État compte-t-il s’y prendre ?
C. L. : Il y a une étude de retenue structurante sur ce bassin. Ensuite, il y a des irrigants qui ne sont pas en proximité de ces grands axes hydrauliques. Pour eux, il y a une réflexion sur une retenue individuelle. L’Agence de l’eau finance depuis mars un programme de déconnexion des retenues aux milieux aquatiques. Dès lors qu’elle est reconnue déconnectée, elle n’est plus soumise aux restrictions de l’État. Il y a tout de même un potentiel de 2 millions de mètres cubes. Il s’agit de petites retenues qui vont soutenir les productions arboricoles notamment.
Nous avons une kyrielle de plans d’eau dits « sans usage » pour lesquels une réflexion se porte sur la remise en état pour les rendre accessibles à l’irrigation agricole. Le dernier point, c’est la construction de retenues d’irrigation. La loi d’urgence agricole prévoit la construction de petites retenues de moins d’un hectare dans les zones humides. Cela peut être des retenues collinaires avec du ruissellement de l’eau en hiver pour l’utiliser l’été ou une retenue que l’on remplit l’hiver.
Un calendrier d’accompagnement a-t-il été établi ?
C. L. : Sur la déconnexion, très clairement oui. Les retenues sont identifiées et on travaille avec la Chambre d’agriculture et l’Organisme unique de gestion collective qui assure le volume prélevable entre les irrigants. Il s’agit d’une opportunité et nos services seront facilitateurs sur les démarches à mettre en œuvre. Nous sommes prêts à nous déplacer dès l’émergence d’une faisabilité de projet. Je ne souhaite pas que les agriculteurs perdent de l’argent sur un dossier qui peut ne pas aboutir. Ce sujet de l’eau est l’un des chantiers des cinq prochaines années.
Le dernier sujet abordé était celui des dégâts de gibiers. Les producteurs de châtaignes réclament la possibilité de prélever toute l’année. Que leur répondez-vous ?
C. L. : Cette année, la pression de chasse sur le sanglier est forte, en particulier en début de saison, car la canicule a rendu impossible la pratique alors qu’elle est possible dès le 15 août. Par ailleurs, nous nous sommes aperçus que le sanglier n’a pas été embêté par cette canicule et a pu se reproduire tranquillement. J’ai parfaitement conscience que nous avons perdu l’équilibre agro-sylvo-cynégétique sur le sujet.
La première pression, c’est la Fédération départementale de la chasse qui le permet par les actions de chasse. Ensuite, il y a les tirs de nuits ou les battues administratives réalisés par lieutenant de louveterie que nous sollicitons énormément. Nous réfléchissons aux moyens de renforcer ces lieutenants de louveterie pour pouvoir répondre de manière plus rapide aux problématiques de dégâts. Par ailleurs, nous allons ouvrir le piégeage pendant les périodes de chasse et nous ne refusons jamais les demandes de piégeage en dehors de la période de chasse.
Ce sujet m’occupe à 20 % de mon temps ; je suis très concerné par la problématique.