[Sylviculture] Les membres du GDF Isle Double Landais ont découvert Bioclimsol, un outil innovant pour anticiper le dépérissement des forêts et adapter dès aujourd’hui les choix sylvicoles aux conditions de demain.
C’est à Échourgnac que le Groupement de développement forestier Isle Double Landais a tenu le 27 mars sa 20e assemblée générale. Au-delà du rendez-vous statutaire annuel, cette journée a surtout été marquée par une immersion concrète dans les défis forestiers de demain. Face à l’accélération du changement climatique, une question s’impose : comment adapter dès aujourd’hui les forêts aux futures conditions climatiques ?
Environ 80 propriétaires forestiers ont répondu présent pour échanger autour des enjeux actuels. Parmi les temps forts, la présentation de l’outil Bioclimsol, développé par le Centre national de la propriété forestière (CNPF) directement dans la forêt qui jouxte l’abbaye. Pensé comme une aide à la décision, cet outil permet d’évaluer la vulnérabilité des peuplements forestiers et d’orienter les choix sylvicoles dans un contexte climatique incertain. « Il faut être rigoureux, procéder par étapes, sans négliger ce que l’on observe à l’œil », insiste Adrien Peyrat, de la Chambre d’agriculture de Dordogne qui mise sur l’expérience des propriétaires forestiers. Bioclimsol ne remplace pas l’expertise de terrain : il la complète.
L’analyse commence par une lecture fine du sol, horizon par horizon. Texture, profondeur, capacité de rétention d’eau… autant d’indices déterminants. La végétation environnante apporte aussi de précieux signaux : la présence de bruyère révèle par exemple un sol acide, élément clé dans le diagnostic. L’outil croise ensuite ces observations avec des données climatiques passées et des projections des climats futurs. Résultat : une analyse synthétique du niveau de sensibilité des parcelles, des essences à privilégier et des interventions recommandées.
L’objectif affiché est simple : limiter les dépérissements et préparer des forêts capables de résister aux décennies à venir. Certaines variétés seront également privilégiées pour favoriser la production sylvicole. Dans le département, certaines essences souffrent déjà fortement. Le châtaignier, notamment, montre des signes préoccupants de dépérissement. « Nous devons intégrer de nouveaux paramètres dans nos choix », rappelle Jérôme Carmeille, du CNPF Nouvelle-Aquitaine.
Stratégie à long terme
L’après-midi a permis de passer de la théorie à la pratique. Plusieurs arrêts en forêt, sur des peuplements de chênes pédonculés, ont illustré la diversité des situations locales. À quelques dizaines de mètres d’écart, les conditions de sol variaient sensiblement, entraînant des recommandations sylvicoles différentes. Une démonstration concrète de l’importance de croiser « niche écologique » (le sol) et « niche climatique » (l’environnement). Les premières tendances sont claires : il faudra adapter les pratiques, diversifier les essences et parfois se tourner vers des variétés plus méridionales, voire locales mais mieux adaptées aux conditions futures de réchauffement. Une stratégie qui se construit sur le long terme, puisque les choix d’aujourd’hui façonneront nos forêts pour les décennies à venir.
Encore perfectible et nécessitant une formation préalable, Bioclimsol apparaît néanmoins comme un outil prometteur. Il permet surtout d’éviter des erreurs majeures dans un contexte où l’incertitude climatique complique les décisions. Conscient de ces enjeux, le GDF Isle Double Landais multiplie les actions de sensibilisation auprès des propriétaires forestiers de la Dordogne.
Des journées techniques sont régulièrement organisées pour diffuser ces nouvelles approches et accompagner la transition. Outre le changement climatique, la forêt souffre également de nouveaux ravageurs, comme le nématode, ver qui attaque les pins, particulièrement dans les Landes. Les dégâts de gibiers n’épargnent pas les forêts périgourdines, avec une présence toujours plus accentuée des cerfs et des sangliers qui saccagent les jeunes plantations ou les régénérations naturelles des chênes.
Une chose est sûre, la forêt de demain ne se subira pas. Elle se prépare, dès aujourd’hui, arbre par arbre.