Un élan de solidarité pour aider une éleveuse

Après l'attaque d'un chien, Julie Majorel a perdu une trentaine de poules pondeuses. Les survivantes ont du mal à se remettre à pondre. (Ph. L. Roth)

[Église-Neuve-d’Issac] Après un appel sur les réseaux sociaux, Julie Majorel a reçu de nombreux messages et des propositions de soutien.

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein. En février dernier, Julie Majorel a perdu une trentaine de ses poules pondeuses, tuées par un chien en divagation. L’éleveuse d’Église-Neuve-d’Issac confie que cette attaque l’a beaucoup perturbée, alors qu’elle était déjà en proie à des difficultés sur son exploitation. 

Petit retour en arrière. Après avoir exercé en tant que préparatrice en pharmacie, Julie Majorel est arrivée en Dordogne à l’été 2022 pour y installer son exploitation. « J’ai passé un BPREA pour la formation agricole, mais après, on est directement lâchés dans le grand bain, constate-t-elle. Il y a de l’accompagnement mais il faut aller le chercher ! » Entre l’achat et le montage des bâtiments, les premiers animaux sont arrivés à la ferme un an plus tard. « J’ai mis mes premiers poulets à la vente en octobre 2023. » Entre-temps, elle est aussi devenue maman d’une petite fille. 

Sur l’exploitation, une centaine de poules pondeuses, près de 500 poulets et pintades répartis en différents lots, une dizaine de paons, deux alpagas, deux oies, cinq moutons mais aussi des ânes… vivre au milieu des animaux a toujours plu à Julie Majorel, qui n’est pourtant pas issue du milieu agricole. « Petite, j’aurais voulu être vétérinaire. On m’a offert un couple de jolies poules et j’ai fait un peu d’élevage pour des concours et de la vente, à petite échelle, chez mes parents. » Un premier contact avec l’élevage qu’elle a gardé en tête au moment de choisir son activité actuelle. « La poule est l’animal le plus facilement manipulable pour moi, les naissances ne rajoutent pas de complications et je trouve tous les coloris fascinants. » Elle compte à l’avenir avoir encore plus de variétés de volailles, dont certaines d’ornement, comme les canards mandarins. 

Mais entre l’élevage à proprement parler, la maison à entretenir, les marchés où elle vend sa production en direct, Julie Majorel a fini par se retrouver submergée, à l’hiver dernier. Après l’attaque du chien, elle n’a pas pu être indemnisée pour ses pertes, faute d’un propriétaire vers lequel se retourner. « J’ai perdu le sentiment de sécurité ici, sur mon lieu. Je ne pensais pas que ça me ferait ça, mais le choc reste. » La jeune femme a fini par se tourner vers la MSA : « Je me suis rapprochée d’une assistante sociale qui m’a parlé de dispositifs d’aide sociale et psychologique mais on ne sait pas que ça existe avant d’appeler. » 

« Seule, on avance moins bien »

Elle a aussi décidé de partager ses difficultés via sa page Facebook, non pas pour faire dans le pathos mais pour demander de l’aide. « Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose et que seule, on avance moins bien qu’à plusieurs, que d’autres personnes auraient des compétences utiles et des connaissances. » Elle a ainsi fait appel à des conseils en matière juridique pour une voie de recours après l’attaque du chien mais aussi pour ses supports de communication ou la gestion par informatique.

Julie Majorel a été agréablement surprise par les réactions suscitées après son message, fin avril. « J’ai eu plein de retours qui m’ont mis du baume au cœur ; je ne m’attendais pas à émouvoir autant les gens et à ce qu’ils soient intéressés par mon sujet. J’avais peur d’exposer mes soucis. »  

Au-delà des encouragements virtuels, plusieurs propositions d’aide se sont concrétisées par des contacts dans la vie réelle. Une personne est venue l’aider à mettre en place un tableur pour informatiser la gestion de son stock, un autre pour lui créer une carte de visite et des flyers. « Une conseillère en gestion administrative m’a aussi aidée à mettre au clair et faire du tri dans mes papiers », retrace Julie Majorel. 

L’éleveuse a également vu arriver sur son étal quelques nouveaux clients, touchés par son message, venus la soutenir en lui achetant ses produits. Elle compte désormais transformer cet élan pour continuer de développer son activité.

Consommation extra-locale

Aujourd’hui, l’éleveuse écoule toute sa production en vente directe. Elle est présente sur les marchés d’Église-Neuve-d’Issac, de Mussidan et de la Traverse, à Bergerac, où elle propose ses volailles et ses œufs. Ses clients peuvent aussi venir s’approvisionner directement à la ferme, en volailles vivantes ou abattues. 

Elle assure également une tournée de livraison selon les commandes reçues, « chez les gens ou à leur travail, dans les secteurs de Périgueux, Ribérac et dans le Libournais », précise-t-elle. Julie Majorel aimerait voir grandir cette tournée, « pour continuer à me développer en extra local ». L’éleveuse aimerait « que les consciences s’éveillent que les personnes se rapprochent des producteurs, en venant à la ferme, et arrêtent d’acheter du poulet dans les grandes surfaces. Ce serait logique que je nourrisse dans un rayon local. » Parmi ses projets figure d’ailleurs la création d’une ferme pédagogique, qui lui permettrait de continuer à sensibiliser les visiteurs dans ce sens.

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