[Fraisiculture] Sous les serres mises en place par son père, il y a près de 20 ans, à Beauregard-et-Bassac, Colin Teychenne voit ses fraises mûrir sans jamais souffrir des fortes chaleurs, grâce à des plastiques diffusants.
« C’est sur mon vélo, pas sous mes serres que je bronze, ironise Colin Teychenne. J’ai été contacté par plusieurs médias locaux et nationaux pour parler des aléas climatiques. Je leur ai dit « non » à tous pour la bonne raison qu’ici, on ne souffre pas de la chaleur. » Ce n’est pourtant pas la lumière qui manque, et au plus fort d’un bel après-midi de printemps, où les températures extérieures flirtent avec les 28 °C en plein soleil, demeurer sous la toile, au milieu des rangs de fraises en train de rougir est aussi agréable que de prendre un verre en terrasse.
Le secret de Colin Teychenne ? Le plastique diffusant dont il a recouvert l’ensemble de ses structures. « Nous ne sommes pas les seuls à en avoir. Ça fonctionne très bien. On constate un réel gain de fraîcheur« , se félicite le jeune fraisiculteur qui explique : « C’est comme pour une maison : il suffit de coupler ça avec des ouvertures aux bonnes heures pour ventiler et on régule beaucoup plus la chaleur qu’avec des plastiques classiques.«
Le plastique diffusant est en fait composé de plusieurs fines couches superposées, ce qui va permettre de « redistribuer » les rayons du soleil pour mieux diffuser la lumière dans le tunnel et créer une chaleur plus homogène.
Le matériau, « un peu granuleux au toucher, comme s’il y avait des bulles d’air dedans qui serviraient d’isolant« , est un parfait régulateur puisqu’il fonctionne à la fois lors des fortes chaleurs et, en sens inverse, quand les températures baissent. « Bien sûr, ça ne va pas empêcher de geler s’il devait faire – 20 °C, mais ça protège s’il fait un peu frais.«
Efficace mais plus coûteux
C’est son père, lorsqu’il a instauré la culture de fraises hors-sol, en 2008, qui a choisi d’installer ces bâches thermiques diffusantes malgré un coût plus élevé que le plastique translucide classique.
Convaincu des bienfaits qu’il constate à chaque saison sur ses fraises, Colin Teychenne a perpétué le système en l’appliquant aussi sur ses cultures plein champ. « Mais pour les tunnels de culture en sol, la hauteur est moins importante donc il y a moins d’air. Je suis obligé de chauler (recouvrir ses serres de lait de chaux, ndlr) en plus, deux fois dans la saison, en général en avril et en juin, car le produit a tendance à se diluer avec les pluies.«
Autre avantage : « ces plastiques ont une durée de vie plus importante que des plastiques traditionnels ; la densité est plus élevée donc ils s’abîment moins vite« . Heureusement car ils sont aussi plus coûteux. Si les prix évoluent très rapidement à la hausse, Colin Teychenne évalue la différence de tarif entre un plastique classique et un diffusant entre 30 % à 40 %. « Pour changer deux hectares, donc six blocs, il y a 2 ans, ça m’a coûté 120 000 €. Mais ce n’est pas un vrai repère car nous avons des grandes surfaces à couvrir. Le prix est à moduler pour des petites surfaces.«
Moins d’eau
À terme, le jeune fraisiculteur devra de toute façon à nouveau investir dans de nouvelles toiles thermiques diffusantes, car il aimerait basculer l’ensemble de sa production, actuellement répartie quasiment à parts égales entre le hors-sol et le plein champ (trois hectares chacune), en hors-sol complet. « Tant que ça produit en plein champ, je le laisse, mais ce n’est pas bon pour les sols et les avantages sont bien plus nombreux en hors-sol, affirme Colin Teychenne. Mon substrat est le même mais je gère mieux sa qualité, le pH, l’électroconductivité, l’irrigation. Je dépense moins d’eau et moins d’engrais.«
Car l’eau est sa seconde arme contre la chaleur. « Si ça monte à 40 °C, on contient la chaleur avec un arrosage de 3 minutes à intervalles réguliers et plus resserrés pour refroidir les racines. C’est comme pour nous avoir les pieds dans l’eau fraîche.«