La mémoire exhumée des travailleurs indochinois

L'exposition comporte quantité d'archives et de photographies. (Ph. A. Merlingeas)

L’exposition sur Les travailleurs indochinois en Dordogne (1940-1948) est accessible aux Archives départementales, à Périgueux, jusqu’au 31 juillet. Elle revient sur une page sombre de l’histoire coloniale de France.

L’histoire commence le 14 février 1940, lorsqu’un train de marchandises arrive en gare de Bergerac. Plusieurs centaines d’Indochinois en descendent, harassés par des semaines de voyage depuis leur terre natale, en Asie orientale. Un deuxième train suivra. Ces hommes et ces femmes venus de contrées lointaines vont travailler à la Poudrerie nationale pour remplacer la main-d’œuvre française mobilisée par la guerre. Durant près d’une décennie, ils vont vivre un exil forcé, travaillant dans des conditions déplorables, souffrant de la faim, du froid, de l’autoritarisme de leurs chefs et du racisme.

En 2023, Pierre Daum, historien, décide d’exhumer l’histoire de ces Indochinois et d’honorer leur mémoire. Mené en partenariat avec Michel Lecat, président de l’association Patrimoine photographique en Bergeracois, le projet comporte quatre volets : un livre, une exposition, un film et un mémorial.  » Mon grand-père, Robert Bondier, a pris pas mal des photographies que vous pouvez voir ici « , a expliqué Michel Lecat à l’occasion du vernissage de l’exposition le 29 avril aux Archives départementales, à Périgueux.  » Ces photographies sont un peu trompeuses car elles viennent de commandes de l’administration du camp pour montrer une réalité plutôt bonne de la vie des travailleurs. Pourtant, la vérité des conditions de vie de ces hommes transparaît à travers leur regard marqué par la tristesse, la résignation, voire la colère. » Michel Lecat, à la tête du fonds d’archives Bondier-Lecat, a aussi révélé que de nombreuses photographies avaient été prises par les travailleurs eux-mêmes.  » Leurs fils et filles nous ont apporté des albums extraordinaires. « 

« Un exemple concret de ce qu’était l’oppression coloniale. »

Pour approcher au mieux la réalité de l’expérience de ces travailleurs, Pierre Daum a étudié 10 000 documents des archives de la Dordogne mais aussi d’Aix-en-Provence.  » Sur les 20 000 Indochinois qui sont venus travailler dans une quinzaine de poudreries en France, 4 000 sont passés par Bergerac « , a-t-il précisé.

Ils sont d’abord internés dans un camp à l’intérieur de la poudrerie, sans chauffage l’hiver, dans de mauvaises conditions sanitaires, puis dans un autre camp, à Creysse.  » Leur taux de mortalité sera quatre fois supérieur à celui de la population de Bergerac « , selon Pierre Daum. Les Indochinois vont être affectés à divers travaux dans le département et ceux limitrophes : vendanges, curage de rivière aux Eyzies, ramassage de châtaignes, carbonisation du bois… Des travaux difficiles effectués sans jamais percevoir le moindre salaire.  » Cette exposition montre un exemple très concret de ce qu’était l’oppression coloniale « , a affirmé l’auteur.

Elle est présentée jusqu’au 31 juillet aux Archives départementales à Périgueux. Entrée libre, du mardi au vendredi de 8 h 30 à 17 h avec des ouvertures exceptionnelles les samedis 6 juin et 4 juillet.

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