[Saint-Vincent-sur-l’Isle] Le marché des potiers prend place dans le parc de la mairie, à l’initiative de Fêt’Arts et de la potière Nelly Rojon.
Pour Nelly Rojon, potière depuis presque 20 ans, installée à Saint-Vincent-sur-l’Isle, ça y est, la saison est lancée. Depuis le mois d’avril et jusqu’à septembre, ses semaines sont et seront ponctuées de ses traditionnels déplacements pour gagner les divers marchés de potiers programmés dans toute la France. Elle a beau ne se rendre qu’à ceux du grand Sud-Ouest, à chaque fois, c’est toute une logistique. « On charge tout dans le camion et on part pour deux jours. » Pour elle, la cargaison est constituée « de bols, de tasses – petites, moyennes, de pichets, de saladiers, de coupes, d’entonnoirs à confiture, de plaquettes, de coupelles. Et au niveau décoratif, ça peut être des vases, parce qu’on peut avoir un vase posé sur un meuble sans forcément s’en servir. Mais j’ai toujours souhaité faire de l’utilitaire, fabriquer une poterie qui était accessible à tout le monde.«
Dans son planning de déplacements, une chose, depuis quatre ans, à quelques jours près, ne change pas : début juin, la potière sera bel et bien sur un marché mais n’aura pas à aller loin pour installer son stand. C’est le comité Fêt’Arts de Saint-Vincent-sur-l’Isle, dont elle fait partie avec la cinquantaine d’autres bénévoles, qui organise son propre marché des potiers.
« C’est un rendez-vous convivial, populaire et coloré, qui anime la commune et commence à être connu« , se félicite la maire, Annie Altier, fière de soutenir l’initiative qui prendra à nouveau place dans le jardin de la maison communale, les 6 et 7 juin prochains.
À l’ombre des tilleuls, au pied de la terrasse de la maison restaurée par une partie des habitants, 32 potiers et céramistes sont attendus pour exposer de 10 h à 19 h, des objets et ouvrages uniques, utiles comme ceux de Nelly Rojon ou purement décoratifs.
Deux artisans animeront également les deux jours. « Il y aura du modelage pour petits et grands, tout le monde peut venir faire une petite pièce, et un atelier de raku. Les gens vont pouvoir peindre un petit bol, une pièce, et le potier va cuire les objets sur place. Les participants pourront venir récupérer leurs pièces une fois qu’elles seront cuites« , décrit Nelly Rojon.
Les visiteurs pourront ainsi apprécier de déambuler au milieu des stands de poterie et de céramiques finies tout en entendant les émaux chanter. Car selon les matériaux choisis et le coefficient de dilatation thermique des émaux, le moment où les deux s’ajustent crée un son qui ressemble à un craquement.
L’unité dans la diversité
Nelly Rojon, qui aime régulièrement changer ses pratiques et ses décors, a l’habitude de ces sons qui emplissent fréquemment son atelier. Adepte du grès depuis toujours, elle est passée à l’hiver dernier de l’estampage à l’émail. « J’avoue que le grès est une terre qui me plaît énormément. Elle est malléable et souple. Elle supporte beaucoup de choses. Mais avec l’estampage, je mettais de l’engobe et je venais poncer. Je ne suis pas très fan du ponçage, ça m’a lassée. Donc je me suis mise à travailler les émaux depuis l’automne dernier.«
La collection qu’elle exposera au marché des potiers sera donc toute nouvelle, empreinte de la douceur pastel de camaïeux de bleus.
« Ce qui compte, c’est la diversité. Chaque année, nous remplaçons la moitié des exposants pour laisser leur place aux jeunes potiers qui arrivent dans le milieu, explique l’artisane. Pour 15 places à renouveler, nous avons à chaque fois environ 80 dossiers de postulants ; ce qui nous permet de proposer plusieurs styles. Ça va de l’utilitaire aux objets de décoration, sculptures ou bijoux et objets d’extérieur comme des pots ou des oyats, de la faïence au grès, en passant par le raku (technique d’émaillage dans la céramique japonaise, ndlr) ou la terre sigillée (technique ancestrale de la céramique polie et vernie, ndlr).«
Aucun stand ne se ressemble, évidemment, même si les organisateurs tiennent à respecter une certaine harmonie. « On peut être 30 ou 50 potiers sur un même marché, il y a une très grande diversité et tout le monde arrive à travailler, parce qu’en France, on a vraiment le public pour ça« , constate l’artisane qui note également que dans le public, composé de tous les profils, une valeur commune émerge : « Les gens reviennent à une certaine tradition, en ont ras le bol du tout plastique« .
C’est tout le charme du marché de potiers : céder à un achat impulsif mais aussi pouvoir échanger avec les artisans. « C’est vraiment là que l’on peut partager notre savoir-faire avec les gens. C’est souvent très convivial.«