[Perspective] Les Rendez-vous de l’agriculture du Crédit agricole Charente-Périgord ont traité de la souveraineté alimentaire et de la gestion de l’eau, un enjeu majeur sur fond de changement climatique.
Le thème de l’eau revient souvent dans les préoccupations du monde agricole et pour cause, « sans eaux, pas d’agriculture », vérité de La Palice. Cette ressource n’a jamais autant suscité le débat et attisé les convoitises. Encore plus cette année où l’agriculture a fortement souffert de la sécheresse et des canicules. Il paraît que ce sera une année « normale » en 2050, selon les prospectives des experts. » Pourtant, nous avons de l’eau en France ! « , a insisté Eric Frétillère, président d’Irrigants de France, intervenu lors de la quatrième édition des Rendez-vous de l’agriculture organisés par le Crédit agricole Charente-Périgord, le 21 octobre, au site de Saint-Laurent-des-Vignes. À cette occasion, la banque avait fait du thème de l’eau et de la souveraineté alimentaire l’objet de témoignages, d’explications et de débats.
Intervenu en visioconférence, Nicolas Tavernier, directeur général du Crédit agricole Sud Méditerranée, a décrit la situation dans les Pyrénées-Orientales, département en proie à un important déficit de pluie depuis 2022. » En 2023, nous étions à deux doigts de la guerre des usages de l’eau, a-t-il témoigné. On a pu l’éviter grâce à des actions coordonnées. « Elles ont émergé pour préserver la ressource en eau, favoriser la résilience du sol, adapter les infrastructures avec d’importants travaux prévus à partir de 2027, protéger les populations et les écosystèmes. Dans une présentation vidéo, un arboriculteur (oliviers et amandiers) du département a expliqué avoir planté des arbres plus résilients au manque d’eau alors qu’une communauté de communes retraite les eaux usées pour qu’elles soient réutilisées en agriculture.
Rémi Dumaure, président de la Chambre d’agriculture de la Dordogne, a remarqué qu’il fallait des prix rémunérateurs pour que des agriculteurs puissent se lancer dans de tels projets d’adaptation. Un agriculteur de Lalinde a souligné que la difficulté pour faire aboutir des projets d’irrigation provenait de l’administration qui traînait.
La complexité de la gouvernance de l’eau en France (loi sur l’eau et les milieux aquatiques) limite le développement des projets. » C’est une usine à gaz ! « , selon Eric Frétillère. Il espère qu’avec la loi d’urgence agricole dont les décrets d’application sont attendus prochainement, le stockage de l’eau agricole pourra être multiplié par deux. » Pour une exploitation, l’eau est une des meilleures assurance-récolte « , a rappelé le président d’Irrigants de France qui est revenu sur le combat mené pour mettre l’agriculture « d’intérêt général majeur » dans la loi, au même niveau d’importance que l’environnement.
Loi d’urgence agricole
Christophe Leyssenne, directeur de la DDT de la Dordogne, veut promouvoir des projets concertés qui pourront être acceptés et, donc, se concrétiser plus vite. Quant à la création de nouvelles retenues d’irrigation, la DDT est dans l’attente des décrets d’application de la loi d’urgence agricole qui doivent assouplir certaines règles. » On a peu de projets sur nos bureaux à cause d’une dimension économique prégnante en ce moment, sauf pour de la déconnexion de retenues car elles sont soutenues par l’Agence de l’eau « , a révélé Christophe Leyssenne.
Anthony Castaing, vigneron et maire de Pomport, a présenté le travail réalisé par la FVBD (Fédération des vins de Bergerac et Duras) et la CAB (communauté d’agglomération bergeracoise) pour permettre d’irriguer les vignes en AOC dès 2027 (voire article page 9).