[Énergies] À l’initiative d’Asseldor, une dizaine d’agriculteurs et acteurs des énergies renouvelables se sont retrouvés à Agonac pour échanger sur les différentes pistes à coupler ou développer, telles que l’hydrogène.
« Ne faire que de l’hydrogène n’a pas de sens. Il faut une solution hybride pour sécuriser l’énergie. » Entre 1 892 et 1 917 € pour 1 000 litres. Selon qu’on achète du GNR ordinaire ou supérieur, on sera de toute façon bon pour dépenser une jolie somme si l’on veut faire tourner son tracteur aujourd’hui. Et ça ne fait que s’aggraver. Parce que plusieurs cerveaux sont souvent plus efficients qu’un seul, Asseldor a organisé une journée d’échanges, à la SARL La Châtaigneraie, à Agonac, afin de réfléchir aux leviers à actionner pour plus d’autonomie énergétique à la ferme.
Jeudi 1er octobre, ils étaient donc une petite quinzaine, réunis non loin du tracker solaire d’Henry Renaud, l’éleveur de porcs qui accueillait la rencontre. Une des pistes de réflexion qui a rapidement émergé lors de cette présentation est, paradoxalement, le grand oublié dans la liste des énergies renouvelables : l’hydrogène. Chouchou de tous ceux qui cherchaient une solution aux énergies fossiles, il y a quelques années, l’hydrogène, possiblement produit à partir d’éolien ou de solaire, est tombé aux oubliettes. Même l’État français y voyait la promesse d’une solution verte « miracle », autonome et pas chère, qui avait annoncé vouloir investir 9 milliards d’euros d’ici 2030.
Cinq ans après l’emballement général, même ceux qui travaillent à développer des solutions hydrogène reconnaissent que sa démocratisation n’est pas pour demain. « C’est vrai que l’on constate une perte de rendement de 50 à 70 % lors du passage de l’électricité directe à l’hydrogène. C’est toujours moins performant qu’une pile à combustible« , admet François Brochard, responsable de l’activité électrification au sein de l’entreprise Vensys.
Venu en Dordogne faire la démonstration d’un tracteur Tractofit, engin thermique converti en 100 % ou en hybride hydrogène, il promeut cependant l’hydrogène comme parfait complément à une autre énergie renouvelable telle que l’électricité (issue du solaire ou de l’éolien) : « Ne faire que de l’hydrogène n’a pas de sens. Il faut choisir l’hybride pour sécuriser l’énergie.«
« C’est une option intéressante car, contrairement au solaire, on peut stocker de grande quantité d’hydrogène pendant longtemps« , ajoute Sylvain Baudouin d’H2Gremm, entreprise bretonne qui développe des systèmes hydrogène compacts pour la production, le stockage et la distribution d’énergie propre.
Manque de rentabilité
Alors pourquoi la filière des moteurs hydrogène a-t-elle littéralement calé ? « On en est encore aux balbutiements en terme de développement technologique« , concède-t-on à voix basse chez Vensys, tout en assurant qu’en termes de process, la fabrication des moteurs à hydrogène est tout aussi aboutie que celle des moteurs thermiques. « Elle sera amortie là où celle des moteurs électriques avec batterie reste encore chère« , insiste François Brochard.
La défiance générale a pourtant empêché la filière d’émerger réellement. Pour preuve, Sylvain Baudouin avoue sans détour qu’aujourd’hui, H2Gremm est en redressement judiciaire, faute de clients. De la même manière, l’entreprise Symbio, près de Lyon, créée en 2023 pour fabriquer les piles à hydrogène pour les véhicules a été abandonnée par son principal client Stellantis, faute de rentabilité. L’hydrogène a encore du mal à convaincre.
Le plus grand gisement du monde est en France
En attendant le retour en grâce via une vraie rentabilité commerciale, l’hydrogène pourrait être un argument de souveraineté énergétique. Un gisement d’hydrogène « blanc » – naturel – vient en effet d’être découvert en Moselle, et ce serait le plus grand au monde.
Plus près de nous et plus petits, il y en aurait dans les Pyrénées et dans les Landes. « Ça, c’est un espoir, se réjouit Michel Delpon, créateur du club Vision hydrogène. On serait autonomes et même moins chers que l’essence.«