[Arboriculture] La récolte de pommes s’est soldée par un déficit de production important au verger de Puy Durantie, à Lanouaille. L’adaptation au changement climatique n’est pas simple à mettre en œuvre.
» Nous avons beaucoup de pommes de petit calibre qu’on laisse dans les arbres. » Après la parenthèse un peu « enchantée » de leur première participation aux Vergers ouverts (encadré ci-dessous), les 19 et 20 septembre, les agriculteurs du verger de Puy Durantie, à Lanouaille, étaient à nouveau plongés dans la récolte de pommes et de poires compliquée de 2026 qui s’achevait la semaine dernière. » C’est une année catastrophique ! confirme Ana Pouquet. Dans le bassin Limousin, nous avons entre 25 et 30 % de récolte en moins. Sur notre exploitation, c’est pire car la perte approche les 40 %. « La récolte aura duré deux semaines et demie au lieu des trois semaines et demie habituelles.
Comme partout ailleurs, la sécheresse et les canicules ont sévi. La récolte a commencé vers le 7 septembre dans les 26 ha du verger dont 6,5 ha de poires et le reste en pommes AOP du Limousin. » Nous avons beaucoup de pommes de petit calibre qu’on laisse dans les arbres. Les industriels n’acceptent pas les fruits en dessous de 55 mm, même pour le jus et la compote « , explique la productrice. Les fruits sont commercialisés via Perlim.
La majorité des pommes de l’exploitation sont de la variété golden, la plus prisée. On trouve aussi mandy, opal et rubis gold. Cette année, le volume récolté ne devrait pas atteindre les 350 t en golden alors que le potentiel s’élève entre 800 et 850 t. » Depuis cinq ans, la moyenne des volumes récoltés est très basse « , souligne la productrice. Chaque année, un aléa climatique vient perturber le cycle de production : gel, excès de pluie, grêle, sécheresse… » Depuis 2018-2019, nous ne faisons plus de récoltes normales. Nous avons une moyenne entre 500 et 600 t « , assure-t-elle.
Des plantations
En 2026, la pollinisation s’est déroulée en avril mais les fortes chaleurs, en mai, ont entraîné des chutes de fleurs importantes. » Nous avons vu que la récolte ne serait pas extraordinaire « , raconte-t-elle. La succession de canicules est venue s’ajouter. » Nous avons la chance de pouvoir irriguer. Nous avons sauvé les poires mais pas les pommes « , indique Ana Pouquet. Les arbres ont stressé. Les plantations les plus jeunes, entre 4 et 5 ans, s’adaptent mieux à cette évolution climatique. » Les arbres qui ont 10 ou 15 ans souffrent davantage. La golden reste très sensible au froid, à la chaleur et à l’excès d’eau. Elle n’arrive pas à trouver sa place avec ces extrêmes climatiques mais ça reste la pomme la plus adaptée chez nous. Il faudra que l’on apprenne à la maîtriser. «
Au Verger de Puy Durantie, le renouvellement des arbres se fait régulièrement par des plantations avec l’espoir que les plus jeunes s’adaptent mieux à ces nouvelles conditions climatiques. Les poires ont mieux encaissé le choc en 2026. » Les arbres de la variété conférence avaient perdu la moitié de leurs feuilles au cours de l’été. Finalement, on a fait une meilleure récolte de poires que l’an dernier. « Mais, Ana Pouquet craint que le stress subi par les arbres cette année ait des conséquences sur la production de fruits en 2027.
Nouvelles pratiques
Le verger est labellisé écoresponsable et HVE (haute valeur environnementale). Les poires et les variétés de pommes qui ne sont pas des goldens sont cultivées en bio. » Nous sommes en culture raisonnée. Nous avons arrêté le désherbage chimique au profit de la tonte mécanique. Ça permet de garder de la fraîcheur au pied des arbres. On voit la différence quand il fait très chaud « , explique-t-elle. Même s’il existe une diversification des variétés de pommes cultivées, » on revient sur la golden, la variété que l’on plante le plus « , affirme-t-elle. Le système d’arrosage au goutte-à-goutte permet de mieux maîtriser l’apport d’eau. Il est alimenté par des retenues collinaires. Des filets paragrêles foncés ont été installés afin de limiter l’impact des rayons du soleil.
Côtés maladie et ravageur, la productrice évoque la tavelure et les pucerons. » Les pucerons arrivent de plus en plus tôt et font des dégâts. Les hivers ne sont pas très froids. Nous n’avons pas de moyens de lutte. On nous a enlevé les traitements efficaces « , explique-t-elle. Depuis 3 ou 4 ans, le premier passage de taille du verger est réalisé au lamier, juste après la récolte pour que l’arbre se mette en réserve. » Avant, nous faisions toute la taille à la main. Nous avons aussi changé pour des raisons économiques par rapport à la main-d’œuvre « , précise-t-elle. En novembre, la taille est achevée à la main.
Des adaptations sont en cours mais il faut du temps. Ana Pouquet et son mari craignent d’être un peu seuls pour passer ce moment difficile, en dépit des aides de l’État.