[Noyers] La station expérimentale de Creysse (46) teste la lutte par les trichogrammes contre le carpocapse dans le cadre du projet ParasiT. Les premiers résultats des essais sont plutôt prometteurs.
La lutte biologique vise à limiter les populations de bioagrésseurs sous un seuil de nuisibilité acceptable en utilisant des micro ou macro-organismes. Ces agents, également appelés auxiliaires, deviennent des prédateurs des parasites ou des agents pathogènes. Depuis 2022, la station de Creysse, dans le Lot, participe au projet ParasiT (2022-2026) avec d’autres partenaires comme l’Inrae et SENuRA pour les noyers, puis la Chambre d’agriculture d’Ardèche, Invenio et la Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie pour les châtaigniers. Il vise à identifier et introduire des trichogrammes (une petite guêpe) autochtones afin de lutter contre le carpocapse, dont la larve s’attaque aux fruits des noyers.
» Au cours du premier projet baptisé LiCHEN et au début de ParasiT, nous avons capturé dans les vergers de châtaigniers et de noyers des trichogrammes. Nous nous sommes aperçus que nous avions des espèces communes aux deux cultures et bassins de production « , explique Marie-Neige Hébrard, ingénieure chargée d’expérimentation à la station. L’Inrae les a multipliés en élevage afin de proposer des lâchers en 2025 et 2026.
Il a fallu d’abord déterminer si les espèces déjà présentes dans les vergers pouvaient faire l’objet d’élevages. Puis, voir s’ils avaient une bonne dispersion dans les arbres et dans les vergers. » Pour la première année, nous avons vu qu’à partir d’un lieu de lâcher nous avions une dispersion des individus et nous pouvions les recapturer dans les arbres à proximité « , précise-t-elle.
Baisse des dégâts
La larve du trichogramme se développe à l’intérieur d’un œuf hôte comme celui d’un carpocapse. Quand il éclot, il détruit l’œuf du papillon. » Il s’agit de limiter la prolifération du carpocapse dans le cadre d’une pression pas trop forte pour que les trichogrammes puissent les réguler naturellement « , indique Marie-Neige Hébrard. L’année 2026 marque la fin du projet.
En 2025, les résultats des essais menés à petite échelle chez des producteurs (Lot) sont assez encourageants. » Sur des vergers à faible pression, environ 3 % de dégâts, nous arrivons à diminuer de plus de 95 % ces dégâts. C’est plutôt prometteur « , observe l’ingénieure. Lorsque des résistances du carpocapse à des méthodes alternatives telles que le virus de la granulose sont observées, les trichogrammes peuvent venir en complément.
Ce mode de lutte permet de diminuer l’usage des produits chimiques.
Côté inconvénient, une fois que les insectes sont lâchés, ils ne s’installent pas. Du coup, il faut renouveler les lâchers chaque année. » Pour l’instant, nous avons ciblé la première et deuxième génération de carpocapse. Il peut se reproduire jusqu’à trois générations, selon les conditions de l’année. Nous réalisons trois lâchers par génération. Nous avons commencé en mai en ciblant les pics de vol « , détaille-t-elle. Le premier lâcher a eu lieu le 20 mai, puis la semaine suivante, avant de finir le 3 juin concernant la première génération de carpocapse. Ça recommence mi-juillet pour la deuxième génération avec trois lâchers. » Si 2026 assoit nos résultats de 2025, nous pourrons proposer une méthode d’application. Le protocole à mettre en œuvre doit être affiné « , explique Marie-Neige Hébrard.
Tester en grand
La pose réalisée par la station de Creysse reste artisanale et expérimentale, avec des ficelles et un système de porte-drapeau. Les trichogrammes sont placés dans des petits pots pour être mis en haut des cimes. » Un modèle de pose professionnel reste encore à imaginer. On pense à travailler avec des drones. Le projet vise à ce que les producteurs soient assez indépendants et autonomes pour l’élevage de trichogrammes « , indique-t-elle. L’élevage pourrait aussi être pris en charge par les organisations de producteurs que par les producteurs eux-mêmes. » Pour l’instant, nous n’évaluons pas le coût de ce type de lutte. L’idée est que cette méthode ne soit pas plus chère que la lutte chimique même si souvent la lutte biologique a un coût un peu plus élevé. Il s’agit d’être au même niveau que les méthodes alternatives « , note-t-elle.
« Le protocole à mettre en œuvre doit être affiné.«
Si ParasiT s’arrête en 2026, la station de Creysse doit déposer un nouveau projet afin de continuer à travailler sur cette thématique. » Jusqu’à présent, nous avons mené des essais réduits à une vingtaine ou une quarantaine d’arbres pour évaluer l’efficacité de la technique. Nous voulons étendre l’expérimentation à l’échelle d’hectares. Le niveau de production de trichogramme de l’Inrae, à ce jour, n’était pas proportionné pour des surfaces plus grandes « , indique Marie-Neige Hébrard.
Coordonner
Les lâchers de trichogrammes doivent trouver des méthodes de pose applicables à l’échelle d’une exploitation avec une perche suffisamment haute ou un drone. Les producteurs sont déjà habitués à cela car beaucoup utilisent la lutte par diffusion de phéromones pour la confusion sexuelle.
Les puffers sont des sprays programmés pour diffuser la phéromone à intervalles réguliers au crépuscule pour créer un nuage qui désoriente le papillon et limite sa reproduction. La station de Creysse a aussi testé des billes de phéromone projetées avec un lanceur de type paintball. Il existe aussi les Ginko ring, des colliers diffuseurs placés en haut des arbres.
Le morcellement des parcelles qui caractérise les vergers du Sud-Ouest a constitué une difficulté pour la confusion sexuelle qui marche bien sur de grands îlots. « Il est possible de faire voisiner des vergers avec de la confusion sexuelle et d’autres qui pratiquent la lutte par trichogramme. C’est plus difficile avec la lutte chimique car en cas de dérive les trichogrammes sont très sensibles aux traitements phytosanitaires. » Une coordination des pratiques à l’échelle d’un territoire favorise la réussite des pratiques de lutte biologique.