Les bénéfices du parrainage

Quand il aura complètement pris la relève de Franck Chabrier, Anthony Valette aimerait investir dans une mélangeuse afin de rendre les rations plus homogènes, optimiser et réduire le temps d'engraissement des animaux. (Ph. L. Lemaire)

[Transmission] À la ferme de Franck Chabrier, à Payzac, il y a des limousines, des salers et… un stagiaire. Anthony Valette travaille avec lui depuis mars, dans le cadre du dispositif parrainage, avant de prendre sa suite.

« L’avantage du parrainage est de pouvoir découvrir l’exploitation, repérer ce qu’on peut améliorer. » Pendant que Franck Chabrier, éleveur engraisseur, accueille les visiteurs sur sa ferme de Payzac, Anthony Valette s’affaire à donner leur ration aux limousines qui attendent au soleil. Le premier arpente des terres dans sa famille depuis trois générations. Le second n’est là que depuis quelques mois mais pourrait bien y rester quelque temps encore. Franck Chabrier, installé à la suite de son père et de son grand-père, depuis 1988, va en effet bientôt prendre sa retraite. C’est Anthony Valette, 37 ans, qui devrait prendre la suite.

Tous deux préparent cette transmission depuis plusieurs mois, par le biais du dispositif de parrainage, chapeauté par la Chambre d’agriculture. La genèse date même de plusieurs années. Tous deux sont voisins. « Ce genre de chose ne se décide pas en 15 jours, remarque Anthony Valette. Au fil des années, nous en avons parlé souvent et ça s’est affiné. » « Avant même de penser à ma retraite, je savais que je devais trouver quelqu’un pour prendre la suite. J’en avais parlé, il y a des années, à Anthony. C’était à réfléchir« , reconnaît Franck Charbier, qui a laissé l’idée mûrir dans la tête de son désormais successeur. « C’est quand même un projet de vie. On ne décide pas d’entrer dans ce métier pour trois semaines.« 

Heureusement, Anthony Valette n’est pas étranger au monde agricole, au contraire. « Je suis un peu né là-dedans, donc être avec les animaux, être dehors, ça ne s’explique pas, c’est ma vie« , confie Anthony Valette. Avant de devenir le « stagiaire » de Franck, il a été salarié pendant dix ans dans un verger puis dans un élevage en Haute-Vienne. Il pense même à s’y associer. Le projet avorte. Un mal pour un bien puisqu’ainsi, Anthony Valette choisit d’intégrer le dispositif de parrainage auprès de Franck Chabrier.

Rallonger le parrainage ?

« L’avantage de ce système est de pouvoir connaître l’exploitation. Je peux voir comment Franck travaille, la fonctionnalité des bâtiments, ce que je pourrai améliorer. Je sais où je mets les pieds« , témoigne Anthony.

Franck, quant à lui, se félicite aussi d’avoir Anthony avec lui depuis le mois de mars. « C’est une bonne initiative. C’est très porteur dans le sens où ça permet pendant un an de travailler ensemble, de sécuriser l’arrivée du jeune ou du repreneur. Il rentre progressivement dans l’exploitation, sait ce qui va se passer. Quand il commencera, il connaîtra le travail.« 

Car pour l’éleveur engraisseur, il ne s’agit pas d’installer pour installer. « Moi, je veux que celui qui s’installe gagne sa vie« , insiste-t-il. D’ailleurs, il aurait bien une idée pour améliorer le dispositif : « Si le parrainage pouvait durer un an de plus avec, en parallèle, 80 % du salaire du stagiaire assuré, cela le sécuriserait. Il pourrait se perfectionner plus longtemps, investir un peu, ne serait-ce que pour acheter le matériel de la ferme. Mais j’ai bien conscience que ce n’est qu’un rêve. »

Fonctionner en autoconsommation

Quand Anthony assurera la relève sur l’exploitation de Franck, il prendra les 80 hectares de terre en location et rachètera une partie du matériel. Il est prêt et ne souhaite pas chambouler le fonctionnement actuel. « L’objectif est de rester uniquement sur de l’engraissement. Ça me va du moment que ça fonctionne et qu’à la fin, je me sorte un salaire« , espère-t-il.

Il compte bien continuer à fonctionner en autoconsommation. « Pour les 160 animaux qu’il faudrait idéalement vendre à l’année, j’envisage l’autoconsommation ; donc, sur les 80 hectares, à peu près 25 hectares de maïs, récolté en maïs épis, une dizaine d’hectares de céréales à paille, triticales ou orge, mais plus du triticale pour avoir aussi un peu de paille. De la luzerne pour les protéines, en ensilage ou en enrubannage et du foin.« 

Seule nouveauté qu’Anthony Valette souhaite instaurer, une mélangeuse : « Pour être plus performant au niveau des vaches avec une ration plus homogène, et diminuer le temps d’engraissement, j’ai prévu d’acheter une mélangeuse. Actuellement, les vaches font du tri.« 

« Ça sera plus pointu qu’avec moi, parce que là, les vaches ont la base et se servent comme elles veulent« , reconnaît Franck Chabrier, qui commence ainsi, gentiment, à passer la main.

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