[Viticulture] Château de Tiregand, à Creysse, sort une cuvée de vin blanc pétillant. Une bonne occasion de rencontrer Côme Piat qui a repris le domaine viticole en 2022, entre tradition et innovation.
« Il faut toucher une nouvelle génération de clients. » S’il produit et vend des vins essentiellement rouges en appellation pécharmant du château de Tiregand, une marque bien installée dans le paysage viticole, Côme Piat a voulu innover sans renier ces valeurs traditionnelles. Il lance une cuvée en vin blanc pétillant. » On voit que la consommation de vins effervescents augmente. C’était le moment d’essayer « , explique-t-il. Lors des vendanges 2025, le 15 août, il a récolté les raisins en cépage sémillon destinés à cette cuvée spéciale. » Ce vin sort à 9,5 degrés d’alcool. » Pour introduire des bulles dans ses vins, il s’est d’abord renseigné sur la méthode traditionnelle. Il a finalement fait appel à une entreprise spécialisée dans la gazéification, La Maison Roy, en Charente. Lundi 20 avril, une soirée a eu lieu au domaine afin de présenter l’innovant breuvage aux professionnels du vin et prescripteurs. Le samedi 25 avril, le grand public pourra découvrir la cuvée dès 19 h 30 avec une dégustation offerte suivie d’un marché gourmand et un groupe de musique. À partir de 15 h, des visites des lieux seront organisées.
Ancienne propriété de la famille Saint-Exupéry, le château de Tiregand, à Creysse, est désormais divisé en deux entités. Le château patrimonial appartient à Louis Guyot qui y organise des jeux, escape game, soirées et événements. Quant au domaine viticole, il a été repris en 2022 par Côme Piat.
Une reconversion
L’univers de la vigne et du vin, le jeune homme a baigné dedans dès son plus jeune âge au château Couronneau, propriété de ses parents à Ligueux (Gironde), non loin de Sainte-Foy-la-Grande et de la Dordogne. Son frère s’occupe aujourd’hui de ce vignoble. Côme, de son côté, ne se destinait pas à devenir vigneron. Après des études d’ingénieur à Toulouse, en 2018, il part travailler à Paris dans l’aménagement de tours à La Défense.
En 2019, sa mère décède, un événement tragique auquel s’ajoute la crise sanitaire de la Covid-19. Il s’était déjà rapproché de sa famille en s’installant à Bordeaux. Des circonstances qui vont plonger le jeune homme dans une introspection quant à son avenir. » Au début, je ne cherchais pas forcément à me reconvertir dans le vin. À force de tergiverser, je me suis dit que j’avais grandi dans un domaine viticole. J’avais travaillé dans les vignes et les chais. Je savais faire du vin « , explique-t-il. Il commence par chercher une petite propriété de 10 ha autour de Bordeaux mais les prix prohibitifs finissent par l’en dissuader. Finalement, il entend parler de la vente du château de Tiregand. » Nous avons commencé par goûter les vins. Le terroir est vraiment intéressant. Je connaissais pécharmant de nom. C’est différent de ce que l’on fait à Couronneau, qui a des terroirs d’argile pure donnant des vins très massifs et puissants auxquels il manque cette élégance que l’on trouve dans le pécharmant. Ici, le vin est plus souple et rond avec une certaine acidité. «
Nouvelle dynamique
Il rachète la propriété avec le soutien de son père et son frère. » Ils se sont portés caution avec le château Couronneau pour que je puisse emprunter « , précise-t-il. Il reprend les 40 ha de vignes (dont 38 ha en cépages rouges), les bâtiments, la société d’exploitation avec le stock et la marque. » Tiregand est une marque connue en Périgord qu’il fallait refaire vivre. C’est un peu le vin que le grand-père a dans sa cave. Il faut toucher une nouvelle génération de clients. J’ai aussi créé ce pétillant pour dynamiser un peu la marque et la remettre au goût du jour « , analyse-t-il, sans abandonner le pécharmant qui fait le succès de la marque et valorise bien ses vins. Une fois le domaine acquis, le jeune viticulteur a investi pour rénover les chais, acheter des cuves en inox et des tracteurs, soit près de 700 000 €. Actuellement, il est en première année de conversion bio. Il avait réalisé une première tentative après la reprise qui a échoué à cause d’une forte pression du mildiou.
Côme Piat veut désormais développer la commercialisation et la communication. Le vigneron souhaiterait également proposer de l’œnotourisme. Cette année, il va ouvrir une terrasse avec des tables. » Nous allons servir des plateaux d’enchauds ou de fromages accompagnés de vins. » Toute l’année, le domaine propose plusieurs visites par jour en français, anglais et espagnol. Le viticulteur prévoit de créer une visite immersive des chais qu’il espère lancer dès 2027. » Je voudrais que ce soit autour du thème du voyage, inspiré des barriques qui partaient de Bergerac vers l’Angleterre, en expliquant le processus de vinification avec des projections. Le but est que ce soit ludique et pédagogique, pas trop technique, pour viser un nouveau public « , détaille-t-il.