Marion Lebouteiller fait découvrir ses créations en joaillerie ainsi que les œuvres de trois autres artistes ce week-end, à l’Atelier Volumes, à Sorges.
Sous les doigts de Marion Lebouteiller, la cire s’étire, se plisse et se torsade. L’inspiration de la joaillière lui vient de cette matière « qui a naturellement envie de se plier et de créer ce genre de formes ». Parfois même, c’est elle qui s’impose. « Je peux avoir une idée en tête et la modifier en fonction de la cire. » Ses bijoux, à l’esthétique japonaise minimaliste, essentiellement en or et argent, sont fabriqués grâce à la technique de la cire perdue. Le métal est coulé dans le moule obtenu à partir de la maquette en cire. « Même si à la fin, on a un matériau dur, on a une impression de fluidité et de souplesse comme du tissu ou du ruban », apprécie Marion Lebouteiller.
Ce n’est pas un hasard si elle emploie cette méthode, très utilisée par les sculpteurs de bronze. Avant d’être joaillière, la jeune femme s’est formée en passant par l’atelier métal de la prestigieuse école Boulle, puis par une fonderie de bronzes d’art, en Angleterre. « J’étais employée en tant que ciseleuse, pour faire toutes les finitions, des soudures aux patines. » À l’époque, Marion Lebouteiller profite de chaque temps de pause pour commencer à créer des bijoux en récupérant des coulures de métal. « Je suis contente d’avoir eu toutes ces expériences, confie-t-elle. C’est ce qui m’a conduite à faire ce que je fais aujourd’hui ; cela a nourri mon travail de bijouterie. »
Qu’elle façonne des bagues, son péché mignon, ou des bracelets, boucles d’oreilles et broches, « ma manière de penser le bijou est très tridimensionnelle : quand j’imagine une bague, elle est belle en tant que bague mais le serait tout autant en tant qu’objet, si elle faisait trois mètres de haut ».
Fluidité et souplesse
Marion Lebouteiller accorde aussi beaucoup d’importance à l’origine des matières qu’elle travaille. Lorsqu’elle rajoute des pierres sur ses bijoux, elle s’assure de leur provenance éthique. Dans cette démarche, la transformation est une partie grandissante de son activité. Ses clients lui amènent des bijoux qu’ils ne portent plus ou qui sont cassés, auxquels la créatrice donne une seconde vie. « J’aime mettre l’accent sur la réutilisation, la refonte de bijoux hérités et l’idée de faire circuler une énergie. Je n’encourage pas à acheter deux paires de boucles d’oreille par mois mais une belle paire, à transmettre à ses enfants. »
Installée au cœur de Sorges-et-Ligueux depuis deux ans, elle y a créé avec son compagnon sculpteur, Pedro de Alves, l’Atelier Volumes. Ses portes seront ouvertes tout au long du week-end, du 10 au 12 avril, de 10 h à 18 h (20 h le samedi), à l’occasion des Journées européennes des métiers d’art. Leurs créations, ainsi que celles des artistes invités Véro et Didou, y seront exposées et ils y proposeront également des démonstrations. « Faire rentrer le grand public dans nos ateliers permet de sensibiliser, de montrer comment on travaille : c’est pédagogique », estime Marion Lebouteiller, qui organise aussi régulièrement des sessions de stage d’initiation à sa discipline.