[Conjoncture] Plusieurs organisations de défense de la filière chèvre dénoncent la situation catastrophique dans laquelle se trouvent les élevages. Elles réclament un plan de soutien et l’augmentation du prix du lait.
« Nous demandons les moyens de nous adapter pour produire. » C’est une filière peu habituée à se manifester, mais cette fois la situation est trop grave. Mardi 21 juillet, huit organisations de défense de la filière chèvre, dont le syndicat caprin Dordogne-Périgord, ont signé un texte commun pour alerter sur les conséquences de la sécheresse sur leurs élevages. Les éleveurs de Vendée et de Nouvelle-Aquitaine estiment qu’ils sont « face à une rupture historique ».
Ce qui a amené ces exploitants à réagir, ce sont les baisses de rendement des céréales annoncées pour la campagne 2026 ; jusqu’à 35 % en Dordogne. Il en va de même pour le foin dont les baisses sont estimées entre 30 à 60 %, et enfin le maïs entre 50 et 70 %, selon les secteurs.
« Nous nous sommes collectivement demandé comment faire pour nourrir nos animaux et si c’était à nous de subir la totalité des conséquences de cette sécheresse. Ce qui nous pose problème dans l’immédiat, c’est le manque de fourrage. J’ai beau en chercher ailleurs, il n’y en a pas à vendre. Sachant qu’il nous faut une tonne de fourrage par an pour nourrir une chèvre, la quantité à acheter est énorme », résume Stéphanie Kaminski, éleveuse de chèvre à La Rochebeaucourt-et-Argentine et administratrice du syndicat caprin Dordogne-Périgord.
Une adaptation obligatoire
Habituellement, à cette saison, les chèvres de cette éleveuse consomment uniquement de l’herbe car elle a fait le choix d’opter pour un système en pâturage. Or, depuis trois semaines, toutes ses bêtes sont à l’étable comme en hiver.
« Je suis passée en ration d’hiver et j’ai la chance d’avoir un peu de stock d’avance. Étant aussi en agriculture biologique, j’ai normalement l’obligation de sortir mes animaux. Mais mes chèvres ne sortent que pour prendre l’air », ajoute-t-elle.
Cette chaleur a des impacts importants sur la production de lait car les chèvres ne savent normalement pas en produire sous 40 °C. « Il faut savoir qu’une chèvre qui a trop chaud ne mange pas mais boit davantage ; ce qui a pour conséquence de diluer la matière grasse. Sachant que nous sommes rémunérés à la fois sur la quantité et la qualité de lait que l’on produit, ces chaleurs ont des impacts sur notre rémunération finale », explique Stéphanie Kaminski, qui réclame de l’aide : « Il faut que l’État agisse dans notre sens. Nous avons aussi des structures de recherche et développement en Poitou-Charentes qu’il faut que l’on finance. »
Les représentants syndicaux réclament une revalorisation de 130 €/1 000 litres de lait pour le système conventionnel et 230 €/1 000 litres en agriculture biologique.
Des impacts financiers
Pour elle, des efforts financiers doivent être menés à tous les échelons de la filière à commencer par la distribution.
« Nous sommes bien conscients que nos laiteries n’ont pas les moyens de nous faire ce coup de pouce financier. Il faut cinq litres de lait pour fabriquer un kilo de fromage. J’ai fait mes calculs : lorsque l’on augmente le prix par tranche de 100 €, l’augmentation est de 0,50 € pour le kilo de fromage. Si vous prenez une bûche de la marque Soignon de 250 grammes, qui est le fromage le plus vendu, notre demande d’augmentation équivaut à 0,12 € en plus sur le prix final. Je pense que la grande distribution a les moyens d’appliquer cette hausse », estime Stéphanie Kaminski.
Des cessations d’activités à prévoir
Les syndicats appellent l’État, la Région et même l’Europe à établir d’urgence un plan de soutien à l’investissement des élevages caprins sur le modèle des Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles. Ce plan doit aussi s’accompagner d’un pilotage collectif « pour mettre en place une gouvernance de la transition climatique de l’élevage caprin ».
« Je crains que beaucoup de mes collègues soient contraints de cesser leur activité, ce qui ne va pas dans le sens du renouvellement des générations. L’enjeu est important pour notre région puisque 80 % du volume du lait produit en France vient des élevages de Nouvelle-Aquitaine », explique Stéphanie Kaminski. « L’élevage caprin est une composante essentielle de l’économie. Il fait vivre des familles et des entreprises. Nous ne demandons pas l’assistance mais les moyens de nous adapter pour produire », écrivent les éleveurs dans leur communiqué.
Sans ce plan de soutien, c’est la survie de la filière qui est en jeu.