[Numérique] Guillaume Grall, directeur de Digital Valley à Périgueux, voit l’usage de l’intelligence artificielle se démocratiser progressivement au sein des entreprises périgourdines même s’il reste encore du chemin à faire.
Présentez-nous Digital Valley et son rôle auprès des entreprises en matière d’accompagnement numérique ?
Guillaume Grall : Notre association existe depuis deux ans. Elle est basée à l’espace Aliénor à Périgueux. Nous sommes désormais ambassadeurs Intelligence artificielle (IA) reconnus par le gouvernement. Nous accompagnons les entreprises de Dordogne en matière de transformation numérique. Il s’agit de les aider à trouver le bon outil pour gérer leur activité mais aussi comment intégrer les nouvelles technologies dans leur process, notamment l’IA. Nous ne sommes pas dans la réalisation mais dans le conseil et l’accompagnement. Nous allons aider les entreprises à identifier leurs besoins, trouver les solutions pour y répondre. Nous pouvons les mettre en relation avec des prestataires. Nous avons aussi une mission d’information en organisant beaucoup d’ateliers et de conférences pour faire de l’acculturation.
L’IA a pris une grande part dans votre activité ?
G. G. : L’IA n’était pas un sujet dans la réflexion du Grand Périgueux qui a mené à la création de notre association. Quand nous avons commencé en 2024, la vague de l’IA et de ChatGPT est arrivée. Nous l’avons prise en cours. C’est un sujet qui impacte toutes les entreprises. Il est assez difficile d’avoir un conseil de confiance et fiable en la matière. Nous avons une neutralité en apportant un premier niveau d’information aux entreprises. Dans un premier temps, nous faisons un audit pour comprendre leur fonctionnement. D’ailleurs, la priorité n’est pas toujours d’intégrer de l’IA. Aujourd’hui, ce qui a changé, c’est que n’importe quelle entreprise peut utiliser de l’IA en prenant un outil qui va lui permettre de gagner du temps. C’est une démocratisation.
Justement, comment accompagnez-vous cette démocratisation ?
G. G. : L’an dernier, nous avons fait beaucoup d’acculturation de base, en expliquant de quoi il s’agit et comment ça fonctionne. Aujourd’hui, nous en faisons moins car les gens sont plus avertis. Du coup, nous abordons le sujet en prenant de nouveaux angles. Récemment, nous avons organisé une conférence sur le thème « Réfléchir à l’ère de l’IA » pour voir comment l’humain peut garder un sens critique. Nous organisons régulièrement, environ une fois par mois, des « cafés IA » à l’espace Aliénor. Nous réunissons un petit groupe de 10 ou 15 personnes qui échangent sur leur usage de l’intelligence artificielle afin de partager les bonnes pratiques, les conseils et les problématiques.
Dans quels domaines l’IA peut aider les entreprises ? Est-elle utile quel que soit leur domaine d’activité ?
G. G : Elle va aider à produire du contenu plus facilement, que ce soit pour la communication, l’administratif et la comptabilité. Nous travaillons beaucoup avec la Capeb, qui représente les artisans du bâtiment. L’IA ne va pas monter un mur à la place du maçon ou se substituer au plombier pour installer les tuyaux. Par contre, ces professions ont des sites internet ou une page Facebook. Elles doivent réaliser des devis ou répondre à des mails. C’est de l’administratif en plus du temps passé sur les chantiers. L’IA peut permettre de gagner du temps. La mise en œuvre est assez facile, des outils existent. On a encore peu de cas en Dordogne où il a fallu développer des outils spécifiques. Les entreprises que nous conseillons se trouvent dans différents domaines. Nous travaillons beaucoup avec la Sirmet, par exemple. Nous les aidons à piloter leur stratégie IA.
Les entreprises périgourdines sont-elles assez actives sur ce sujet ? Quel est le coût de l’usage de l’IA ?
G. G. : Ça dépend. Entre se renseigner et passer à l’acte, il y a un pas. Je trouve que depuis début 2026, les entreprises sont plus actives pour intégrer de l’IA. Beaucoup de gens voient que ça s’installe dans le temps et que ce n’est pas qu’une mode. On arrive à un moment où les entreprises vont tester. Et puis, les collaborateurs le demandent. Plus on utilise des outils standards, moins ça coûte cher. On peut commencer par un abonnement de 15 à 20 € par mois et par utilisateur. Avec des investissements raisonnables, on peut utiliser l’IA. Il existe trois types d’outils. On a d’abord les outils généralistes comme ChatGPT, Gemini, Cloud ou Mistral. Ensuite, nous avons des outils spécialisés, moins polyvalents, mais qui sont beaucoup plus puissants sur le sujet qu’ils traitent. Enfin, il y a les outils à façon, développés de manière spécifique. On a eu des projets de ce genre pour lesquels nous avions fait une demande de devis à des développeurs pour des outils qui coûtent 10 000 ou 15 000 €. Tout de suite, c’est plus compliqué à absorber pour une TPE/PME.
Existe-t-il des points de vigilance, notamment concernant la protection des données ?
G. G. : Il faut être vigilant sans être plus royaliste que le roi. Nous travaillons avec une entreprise comme Cofidur pour laquelle la protection des données est très importante. Chez eux, l’IA se trouve dans des serveurs internes et sécurisés pour éviter le risque de fuites de données sensibles. Pour une TPE lambda, un commerce ou un artisan, il n’y a pas plus de risque avec ChatGPT qu’en utilisant Facebook ou un site internet. Je conseille à ce public de ne pas donner à ChatGPT des informations qu’ils ne mettraient pas sur leur site internet.