Sans bergerie mais pas sans terre

Hugues Maupas conduit son élevage en suivant la saisonnalité d'environ 600 têtes. Elles vivent à l'extérieur, pâturent et tournent sur des parcelles de plantain et de trèfle, définies en fonction de leurs besoins, et mettent bas au printemps. (Ph. L. Lemaire)

[Élevage] Installé depuis 2024 à Saint-Méard-de-Gurçon, Hugues Maupas conduit un troupeau de 620 ovins selon un modèle anglo-saxon. Les brebis agnèlent au printemps et alternent leurs pâturages selon leurs besoins.

« Je lance la période de reproduction quand les glands commencent à tomber. » De part et d’autre du chemin qui descend en pente douce vers la ferme, des brebis toutes suivies d’au moins un petit agneau paissent tranquillement. C’est le printemps, la période d’agnelage touche à sa fin et le troupeau a plus que jamais besoin des meilleurs nutriments. Ça tombe bien : les grandes surfaces de prairies qui entourent les bâtiments sont vertes, riches du plantain et du trèfle semé sans modération par Hugues Maupas en amont de son installation en 2024. « Pendant un an, j’ai remis toute l’exploitation en prairies. Avant, tout était en grandes cultures irriguées. J’ai ensemencé 51 ha avec du trèfle et du plantain à hauteur de 50 % chacun.« 

L’éleveur a semé généreusement le plantain (25 kg/ha) car la plante recèle de nombreuses vertus : « Elle pousse très bien et garde sa valeur nutritive sur pied avec des feuilles bien vertes et pleines d’eau ; donc pendant deux mois, c’est comme si je faisais du stock sur pied. Je ne gâche rien et n’ai pas de problème pour la gestion de l’entrée à l’herbe« , énonce-t-il avant d’ajouter : « Par rapport au parasitisme des brebis, elle rend leur intestin plus résistant« . Pour la sortie d’herbe, Hugues Maupas veille à ce que les brebis ne rasent pas les brins plus bas que 2 à 3 cm. « Dès qu’elles atteignent la gaine, je les change de parcelle. »

Son travail d’observation est d’autant plus important que l’ensemble du troupeau ne se nourrit que sur ses parcelles extérieures. « Je n’ai pas de bergerie. Toute l’année, les brebis sont dehors. C’est un système qui fonctionne uniquement à l’herbe. À la fin de l’automne et au printemps, elles pâturent sur les différentes prairies. En période de gestation, pendant l’hiver, elles ont peu de besoins ; je les transfère dans les bois où elles disposent des ronces et des petites pousses. Et dès février, je les ramène dans les prairies où le plantain est stocké sur pied.« 

Cette conduite lui permet de faire des économies en achat d’aliments. « Mon unique apport est en minéraux au moment de la période de reproduction, durant l’agnelage et tout le cycle de croissance des agneaux. Je leur mets du sélénium à disposition en bassines. »

Ancien jockey

Hugues Maupas reconnaît n’avoir « rien inventé » et avoir pris exemple sur le modèle anglo-saxon de Nouvelle-Zélande ou d’Angleterre, où il a vécu. Originaire de Normandie, il est issu d’une famille d’éleveurs laitiers. « J’ai toujours voulu m’installer en agriculture mais pas dans ce système [où il faut emprunter pour investir et s’agrandir]. J’ai préféré avoir un petit chez-moi qu’un grand chez les autres. Je suis donc parti faire autre chose avant de m’installer. » Il devient jockey professionnel pendant 12 ans avant de migrer en Dordogne où il choisit l’élevage d’ovins viande. « J’aime m’adapter à l’animal, le lire avant de le manipuler.« 

Avec la sobriété et l’efficacité comme lignes directrices, il choisit de travailler avec le minimum d’équipement. « Je n’ai que trois outils : un chien de conduite et deux quads. Je n’ai pas acheté de tracteur neuf, j’ai repris celui du cédant qui a 12 000 heures, et je suis seul pour m’occuper de mes 620 bêtes. Mon seul investissement est un très bon bâtiment de contention.« 

Souci de chiens errants

L’éleveur doit néanmoins faire face à quelques soucis. Si un millier d’agneaux naît à chaque printemps, c’est « moitié moins que prévu« . La faute notamment à un grand nombre d’avortements dus à la prédation de chiens errants ou domestiques. « Ils ne tuent pas directement les brebis mais jouent avec, courent après, les fatiguent et les stressent. » Hugues Maupas accuse ainsi environ 90 000 € de pertes.

Ce manque à gagner a accéléré son projet de vente directe, dont la mise en place était initialement prévue d’ici cinq ans.

Pour ne pas empiéter sur les plates-bandes de ses confrères et voisins éleveurs ovins, il a décidé de ne pas proposer de viande d’agneau en caissettes et s’orienter vers « la congélation instantanée« . Ses agneaux sont abattus, transformés et congelés dans le Lot. « Je récupère les pièces de viande conditionnées en pallox que je stocke dans une chambre froide. » Hugues Maupas peut ainsi proposer des morceaux à la carte et toute l’année, en click and collect ou en colis Chronofresh. « Je veux être proche du zéro déchet ; tout ce que je produis va être consommé.« 

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