Retour de Paris en demi-teinte

En circulant de nuit, le convoi périgourdin a fini par rallier Paris avant d'être bloqué à la Porte d'Auteuil. Ils sont rentrés samedi 10 janvier, acclamés en héros à Thiviers. (Ph. CR 24)

[Manifestation] Les agriculteurs de la CR 24 partis à Paris malgré l’interdiction des convois sont revenus. Accueillis en héros à leur arrivée, ils gardent pourtant un goût amer et la sensation de n’avoir pas été écoutés.

Ils ont bravé le froid, le verglas, les nuits blanches, les forces de l’ordre, l’interdiction de se déplacer en convoi et même la neige. Mais ils ont réussi : les agriculteurs périgourdins, à l’appel de la Coordination rurale, ont rallié Paris en tracteurs, passant la Loire contrairement à leur dernière expédition en 2024. Partis lundi 5 janvier, ils sont arrivés trois jours plus tard après avoir déjoué tous les barrages en empruntant les petites routes de campagne et en roulant de nuit.

« Dès la Haute-Vienne, on a commencé à trouver des barrages de policiers, de gendarmes. Il a fallu prendre des chemins, abattre des arbres au milieu des sentiers pour ne pas que les forces de l’ordre nous suivent. Nous avons dû nous débrouiller pour passer la Loire comme nous pouvions et nous y sommes arrivés« , raconte Vincent Cascalès, co-président de la Coordination rurale de Dordogne.

Arrivés dans la capitale, ils ont néanmoins été bloqués à la Porte d’Auteuil, jeudi 8 janvier, où ils ont dû se résoudre à attendre pendant qu’une délégation gagnait l’Assemblée nationale pour porter leurs revendications : l’arrêt des abattages totaux en cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), « la surtransposition des normes, le Mercosur, les prix qui font qu’on n’arrive plus à vivre sur nos terres. Regardez les prix des céréales, c’est une catastrophe. Là, ils annoncent une baisse terrible en prix du lait. Je crois que les sujets ne manquent pas« , tempête Vincent Cascalès.

Fatigués et frustrés

Mais si les agriculteurs de la Coordination rurale sont rentrés fiers d’avoir été jusqu’à Paris et d’y avoir « tenu » la Porte d’Auteuil et satisfaits de l’accueil qui leur a été fait par la population parisienne, le retour a tout de même un goût amer. « On est fatigués et frustrés parce qu’on se rend bien compte qu’ils n’en ont rien à faire de nous, évoque le co-président de la CR 24 à propos des députés rencontrés sur place. Comme d’habitude, tout le monde nous soutient, tout le monde nous comprend. Mais il n’y a jamais rien qui bouge.« 

Les membres de la CR 24 s’offusquent d’autant plus que les tracteurs de la FDSEA et des JA ont défilé dans Paris, mardi 13 janvier, « alors que nous avons dû jouer au chat et à la souris« . « L’État persiste à ignorer une partie du monde agricole.« 

À peine revenus et l’ordre tout juste rétabli dans les fermes, le syndicat pense déjà à de nouvelles actions pour se faire entendre. « Je suis en train de réparer ma tonne à lisier« , prévient Vincent Cascalès.

Partagez cet article
Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp
Email

Plus d'articles pour "AgricultureRLP"