[Noyer] L’équipe de la station expérimentale de Creysse (46) a présenté les résultats de recherches, notamment celles liées aux maladies et ravageurs dans le cadre du changement climatique, lors des portes ouvertes.
La station expérimentale de Creysse a pour mission de trouver des solutions aux problématiques que rencontrent les producteurs de noix, notamment au sujet des maladies et ravageurs. Le 26 juin, à l’occasion des portes ouvertes, les salariés ont réalisé un tour d’horizon des expérimentations mises en œuvre.
Le projet Pacte vise à évaluer et quantifier des dégâts de la punaise diabolique sur noyer. » Elle arrive dans nos vergers. Elle est très connue en noisette et châtaigne, notamment « , a indiqué Elwen Le Bras, chercheur à la station. Le programme a commencé en 2025. Il s’agit d’abord de mieux connaître cet insecte. » Nous nous intéressons à sa biologie. Nous cherchons à savoir s’il va faire une ou deux générations par an « , selon l’expérimentateur. Les essais menés s’intéressent également à la quantification et la caractérisation des dégâts de l’insecte. » À l’avenir, nous allons essayer des méthodes de lutte alternative, en se passant des produits phytopharmaceutiques. Il s’agit d’introduire des parasitoïdes en verger qui vont attaquer les œufs ooplaques de la punaise pour les parasiter et réduire la pression « , a-t-il ajouté.
Dépérissement
Elisa Le Cam, stagiaire de l’université de Montpellier à la station, a présenté le projet Candide. L’objectif principal est de développer un outil de diagnostic de terrain à destination des agriculteurs et forestiers permettant d’anticiper et d’informer sur les risques de dépérissement de leurs parcelles. » Le dépérissement est très différent de la maladie. C’est un ensemble de symptômes que l’on voit à un moment précis. Nous avons besoin de faire un suivi étalé dans la durée pour en connaître la cause « , a-t-elle expliqué.
En 2025, un réseau de parcelles (84) a été constitué au sein du bassin de production de la noix du Périgord. Elles répondent à un ensemble de critères : plantations de plus de 10 ans et variété franquette sur porte-greffe régia. Elles sont réparties entre trois classes de déficit hydrique avec un tiers de parcelles irriguées.
Deux outils (BioClimSol et Ipsim) sont utilisés pour modéliser les risques de dépérissement d’un peuplement. » Ensuite, il s’agit de savoir avec quel levier dans le verger on va pouvoir amoindrir le dépérissement et faire en sorte qu’il n’apparaisse pas. S’il est déjà là, nous voulons le limiter, a poursuivi Elisa Le Cam. Le bilan hydrique a l’air d’occuper une place assez centrale. Il faut trouver un équilibre entre irriguer assez et pas trop non plus. L’excès d’eau favorise la maladie de l’encre. «
Carpocapse
À un endroit du verger de la station, des ficelles s’étendent dans les arbres d’où pendent des petits tubes qui ont servi à répandre des trichogrammes (une microguêpe) dans le cadre du projet ParasiT (voir notre édition du 19 juin). Celui-ci consiste à travailler à l’identification et l’introduction de trichogrammes autochtones en verger de noyer et châtaigner afin de lutter contre le carpocapse. Ils parasitent les œufs du ravageur pour empêcher l’émergence de la larve.
Les essais ont commencé en parcelle l’an dernier chez deux agriculteurs partenaires. » Nous avons analysé les résultats récemment qui sont assez encourageants. C’était sur des parcelles à faible pression carpocapse mais la réduction des dégâts est assez significative « , selon Elwen le Bras. En 2026, des essais ont été remis en place pour voir si la tendance observée en 2025 se confirme.
Maladies fongiques
Marie-Neige Hébrard, chargée d’expérimentation à la station, a présenté les essais menés dans le cadre de Magic pour gérer les maladies fongiques par des solutions de biocontrôle. Quatre champignons ont été identifiés dans le cas de nécroses. Il a été observé une présence plus forte de Diaporthe dans le Sud-Ouest, qui est le plus rapide pour l’envahissement du fruit et du rameau.
Ce complexe fongique est grandement influencé par la météo et le climat : notamment une forte humidité et une longue humectation. Il existe des facilitateurs à ces maladies comme les brûlures, et la non-gestion des autres pathogènes (anthracnose, bactériose, carpocapses…). Les champignons se conservent dans les momies du fruit et sur le bois mort. Les leviers de gestion sont la prophylaxie, c’est-à-dire le fait d’aérer son verger, le broyage des momies par temps sec et si possible exporter les bois morts. Une bonne gestion globale du verger permet une bonne nutrition des arbres et de limiter les bio-agresseurs, ravageurs et le stress hydrique. Des pistes de biocontrôle prometteuses ont été étudiées en laboratoire. » Nous avons encore besoin de temps pour qu’elles soient éprouvées sur le terrain « , a précisé Marie-Neige Hébrard.
PHAG-2S expérimente des bactériophages pour lutter contre la bactériose du noyer qui peut entraîner jusqu’à 50 % de perte de récolte. Il s’agit de la phagothérapie : lutter contre une bactérie avec un virus endémique. Ce projet vise à trouver une méthode alternative au cuivre. Les essais se sont déroulés en 2025 avec des virus issus d’une collection. » Ma piste de réflexion est qu’en limitant la bactériose et ses symptômes, on limite les portes d’entrée aux champignons « , selon Marie-Neige Hébrard. Le taux de noix saines s’avère plus élevé avec le traitement aux bactériophages. Il y a aussi une influence sur le calibre des noix, avec davantage de fruit au diamètre supérieur à 38 mm. » Dans le cadre d’un programme expérimental avec les coopératives, nous sommes en train de voir pour limiter les doses à l’hectare et le nombre d’applications par saison « , a-t-elle précisé.
Matériel végétal
Léa Boulahtouf, ingénieure chargée d’expérimentation, a fait le point sur l’activité de la station en matière d’évaluation du matériel végétal. Aujourd’hui, une cinquantaine de variétés créées par l’Inrae sont encore en évaluation. Ce travail de sélection a permis d’inscrire en 2025 trois nouvelles variétés : dorianne, charlette et germaine. » Ce processus est très lent, a-t-elle observé. Il faut 30 à 40 ans entre la création d’une variété et sa commercialisation. On peut ajouter 10 ans pour obtenir un vrai essor comment on a pu le voir avec fernor. «