[Élevage] Magalie Chevalier, éleveuse de brebis à La Roche-Chalais (24), est devenue présidente de FIL rouge. La fédération nationale promeut la production et la consommation de viandes Label rouge et IGP.
» Si on ne se défend pas nous-mêmes, il n’y aura personne pour le faire à notre place. « Un panneau avec inscrit « Ici on élève l’Agneau du Périgord », avec en dessous les logos de l’IGP et du Label rouge, donne le ton à l’entrée de la ferme de Magalie Chevalier à La Roche-Chalais. Depuis 2011 où elle s’est installée seule après le départ à la retraite d’un des associés de l’exploitation où elle s’était installée en 2003, l’éleveuse s’est spécialisée dans l’élevage ovin. Elle n’a cessé d’être dans la démarche du Label rouge, puis de l’IGP, d’abord chez Univia, puis au sein de la coopérative La Périgourdine. C’est à ce moment-là qu’elle a commencé à intégrer des structures professionnelles.
Comme un aboutissement logique à cet engagement, Magalie Chevalier a été élue présidente de l’interprofession FIL Rouge (Fédération interprofessionnelle des viandes Label Rouge, IGP et AOC), mardi 13 octobre. » Je suis la première femme et éleveuse d’ovins à présider la fédération « , observe-t-elle. Elle succède à Jean-Pierre Bonnet qui a pris sa retraite. » J’ai intégré FIL rouge en 2018 quand je suis devenue présidente de l’organisme de défense et de gestion (ODG) Areovla, l’association régionale des éleveurs ovins viande et lait d’Aquitaine « , rappelle-t-elle.
FIL Rouge est composé de trois sections : bœuf, veau et agneau. » Si on ne se défend pas nous-mêmes, il n’y aura personne pour le faire à notre place « , lance-t-elle pour expliquer ses différents engagements. » Un éleveur défend son bifteck avec le cœur, ajoute-t-elle. J’ai eu envie de me battre pour moi et mes collègues. «
Consommation en baisse
FIL rouge rassemble 28 ODG. À l’issue d’un séminaire réunissant les ODG adhérentes à la fédération, une feuille de route a vu le jour pour définir des perspectives d’ici trois ans. » Notre premier souci est le recul de la consommation. En 2025, la viande Label rouge commercialisée (veaux, bœuf et agneaux) a baissé de 8 % par rapport à 2024 « , indique-t-elle. Pourtant, les sondages montrent que le logo est connu par les consommateurs. Ils ont confiance même s’ils ne connaissent pas trop ce que la démarche implique. » Ils savent que c’est synonyme de qualité supérieure. Dans la conjoncture actuelle, c’est compliqué par manque de pouvoir d’achat « , observe l’éleveuse qui veut inciter à consommer mieux et local.
Le nombre d’agriculteurs diminue en France. Les adhérents aux Labels rouges se font moins nombreux. La valorisation perçue par les éleveurs engagés reste intéressante même si elle a diminué. » Si on prend l’agneau, on avait entre 1 € et 1,50 € /kg de différence. Aujourd’hui, c’est moindre parce qu’on manque d’animaux en France. Le cours de l’agneau standard est monté « , analyse-t-elle.
Cahiers des charges
Fil Rouge collabore avec l’Inao. » Nous voudrions être plus entendus et reconnus comme un interlocuteur de confiance qui connaît le terrain, notamment lorsque nous voulons modifier le tronc commun des labels « , explique Magalie Chevalier. S’il existe des directives communes, chaque Label rouge a son cahier des charges avec ses spécificités. Par exemple, l’Agneau du Périgord est la seule production ovine à obliger la monte naturelle interdisant l’insémination artificielle. » C’est très contraignant « , assure-t-elle. Une fois les agneaux sevrés, ils vont en bergerie pour finir l’engraissement qui doit être réalisé à 50 % minimum avec de la céréale entière ou aplatie.
L’autonomie alimentaire fait partie du tronc commun. Elle est d’au minium 80 % en bovin ou 70 % pour l’agneau. Avec le changement climatique, les éleveurs éprouvent plus de mal à l’assurer. » Cette année, à cause de la sécheresse, nous demandons une dérogation temporaire pour diminuer ou enlever ce critère. Nous ne voulons pas que les éleveurs aient la double peine qui est de devoir acheter du fourrage et de perdre leur label « , indique-t-elle. FIL rouge va accompagner les ODG dans la modification des cahiers des charges. Pour autant, » on ne peut pas faire n’importe quoi. Les cahiers des charges sont stricts avec des contrôles extérieurs d’organismes certificateurs « , affirme l’éleveuse. Tous labels confondus, les jeunes animaux doivent être nés et élevés sur la même ferme avec de l’allaitement maternel.
Du côté de FIL Rouge, on ne perd pas de vue la loi EGalim. » On va essayer de rentrer dans la restauration collective à hauteur de 10 % comme le prévoit la loi puisqu’il est prévu 30 % de signes officiels dont 20 % de bio « , ajoute Magalie Chevalier. Même si la conjoncture n’est pas très favorable, l’éleveuse périgourdine espère bien relancer la consommation de viandes en Label rouge. Des événements promotionnels sont attendus. Du 14 au 29 novembre, l’Inao organise La quinzaine de la qualité et de l’origine avec l’accroche « Il y a des signes qui ne trompent pas/Signes officiels de confiance ».