[Culture] Résistant à la sécheresse, peu gourmand en eau ou en intrants, idéal contre les adventices, le chanvre est une plante qui mérite à être connue et utilisée. Olivier Ménard a passé le pas il y a deux ans.
En l’an 800, Charlemagne déclarait le chanvre culture de première nécessité au même titre que le froment. Avec la tige on fabriquait des cordages, des tissus ou du papier. La Dordogne, à l’époque, compte nombre de chanvrières (terres où l’on cultive le chanvre). Depuis, la production s’est déportée vers le nord de la France et aujourd’hui, la culture du chanvre en Périgord est réduite à portion congrue. L’association Chanvrière Dordogne-Périgord, créée en 2024, ne compte d’ailleurs que quatre membres actifs.
Olivier Ménard les a rejoints l’an dernier. Il y a cinq ans, il reprend la ferme de son beau-père. Ce dernier cultive principalement le maïs. « En arrivant, avec les bouleversements climatiques que l’on connaît, j’ai voulu diversifier. Le déclencheur dans mon choix du chanvre, c’est l’irrigation« , confie l’agriculteur qui reconnaît être chanceux avec 80 % de ses parcelles qui sont irriguées.
« Ça nous a permis de continuer le maïs jusqu’à présent. Mais, à part en 2024, année plutôt humide, je n’arrive pas à retrouver les rendements que mon beau-père avait il y a, ne serait-ce que, dix ans ; sans compter qu’on fait sept ou huit tours d’eau dans la saison quand mon beau-père, il y a dix ans, n’en faisait que quatre ou cinq.«
Le chanvre, quant à lui, s’il a besoin d’eau, notamment au démarrage, n’est pas toujours en demande comme le maïs. « Le champ qu’on a devant les yeux a été arrosé aux semis pour assurer la levée, et une seule fois depuis début juin. Il présente relativement bien« , constate, satisfait, Olivier Ménard, devant sa parcelle d’un hectare d’ostara, une variété orientée graine.
La filière bâtiment
Il a, par ailleurs, planté trois hectares de félina, une variété dont on exploitera cette fois la tige. Un autre point d’intérêt du chanvre est en effet la double exploitation : d’un côté la graine pour l’alimentation ou la cosmétique, de l’autre la tige pour le paillage, le textile ou le bâtiment. « Pour la graine, j’aurai des débouchés dans l’alimentation animale, notamment la pêcherie ou la pisciculture, mais comme je ne suis pas en bio, elles n’iront pas en alimentation humaine. De fait, je cultive davantage pour que la chènevotte ou les fibres partent dans le bâtiment.«
Les graines utilisées pour l’alimentation humaine sont effectivement principalement issues de la culture bio. « C’est très riche en protéines. C’est un bon complément alimentaire. Les graines croustillent sous la dent, comme le riz soufflé« , remarque Sébastien Daridan, cultivateur de chanvre à Villefranche-de-Lonchat et président de l’association.
« C’est une culture à zéro intrants. »
Lui aussi fait partie de ces agriculteurs volontaires pour « essuyer les plâtres » en semant quelques hectares de cette plante souvent décrite comme « miracle ». « On en a beaucoup entendu parler, notamment par les agences de l’eau comme d’une culture miracle qui n’a pas besoin d’irrigation ni d’intrant, très peu polluante pour l’eau, note Laura Dupuy, chargée de mission en agriculture bio à la Chambre d’agriculture de Dordogne. Mais elle a tout de même besoin d’un minimum et surtout d’azote.«
Sols drainants
L’azote est essentiel, en particulier en début de cycle. « Il en a besoin. Il pousse mieux ainsi« , affirme Laura Dupuy. « J’ai mis 20 à 30 tonnes de fumier par hectare« , précise Olivier Ménard.
Les autres points à retenir pour l’itinéraire technique du chanvre commencent par le choix de parcelle. Il est important d’avoir une parcelle avec un pH supérieur à 6. Ensuite, il ne faut pas de parcelle où il y a trop d’eau, « car si le chanvre a les pieds dans l’eau plus de 24 heures, c’est comme pour la luzerne, il meurt« . L’idéal est donc de disposer de sols drainants, plutôt basiques ou de toute façon pas trop acides.
Remplir ces conditions est primordial. « Une fois que vous avez ça, vous pouvez implanter du chanvre à peu près partout. » L’irrigation permet de sécuriser la culture, surtout en période de sécheresse. « Le chanvre a une croissance « constante » jusqu’à l’apparition de la fleur. Une fois qu’il a la fleur, il ne pousse plus et se concentre sur les graines« , analyse Olivier Ménard. C’est lié à la durée de la journée. « Donc plus je le sème tôt, plus il a le temps de monter haut et me donner de la fibre, qui servira pour l’isolation bâtiment.«
Si la récolte est bonne, cette expérience positive pourrait donner envie à d’autres de s’engager dans cette culture, pas miraculeuse mais prometteuse.