[Terres agricoles] Les marchés fonciers ruraux reprennent du poil de la bête au niveau national aussi bien que départemental. Analyse des tendances avec Stéphanie Gressier, directrice de la Safer Dordogne.
La guerre, le prix de l’essence à la pompe, l’inflation… le contexte global n’est pas vraiment à la fête. Pourtant, dans le domaine des marchés fonciers, la tendance est inverse. Ces derniers profitent au contraire d’une reprise, en témoignent le nombre de ventes notifiées à la Safer qui augmente de 5 % pour la Dordogne et de 6 % à l’échelle nationale.
« La géopolitique, un contexte mondial de peur, de récession, des indicateurs anxiogènes… tout entraîne un besoin de la population de se sécuriser, trouver des endroits et des coins de terre où l’on peut être à l’abri du pire« , analyse Stéphanie Gressier, directrice de la Safer Dordogne, qui confirme que, comme en 2021-2022, période post-Covid, « dans cette ambiance, la Dordogne tire son épingle du jeu ; le marché foncier local est hyperdynamique« .
Elle redevient en effet le premier marché de Nouvelle-Aquitaine en nombre de notifications, « mais pas valeur, parce que la Gironde est toujours devant avec un prix à l’hectare plus important« .
En 2025, les droits de mutation à titre onéreux encaissés par le département, qui témoignent du nombre de ventes enregistrées par les notaires, ont connu à nouveau une hausse. Le département aurait touché 12 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires, en 2025. Cette dynamique n’est pas l’apanage des marchés immobiliers. « Les stages à l’installation sont complets.«
Migration climatique
« La Dordogne est un phénomène à contre-courant. Avec nos collègues des autres départements de Nouvelle-Aquitaine, c’est le contraste.«
Outre le fait que « la Dordogne est choisie comme étant un département identifié où il fera bon vivre« , le critère financier est important. « Les prix sont restés bas contrairement à certains voisins.«
Par ailleurs, Stéphanie Gressier constate : « On voit apparaître ce qu’on appelle les migrations climatiques. Des éleveurs de bovins viande, en Aveyron, n’ont plus de foin, ils achètent le fourrage. Aujourd’hui, ils sont confrontés à un choix : soit ils changent de production et se mettent aux moutons – qui consomment moins d’herbe, soit ils déménagent avec leurs vaches. » De fait, la directrice de la Safer et son équipe constate des arrivées d’éleveurs dans le nord du département. « Ils cherchent du vert, des prés, des points d’eau. On a cette source-là de dynamisme qui arrive, qu’on n’avait pas vu venir ; des gens qui viennent du sud du Massif central avec des troupeaux et qui se réinstallent.«
Un autre phénomène atypique touche la filière céréale. « Nous sommes inquiets. On avait stabilisé un prix de foncier sur les terres sèches entre 4 000 et 6 500 €/ha. Aujourd’hui, nous nous interrogeons sur le fait de tenir ce prix de 6 500 €/ha. Ça ne se vend plus. Il n’y a plus d’acheteurs à ce prix-là, parce que la filière céréale va mal depuis deux ans.«
Si certaines filières sont plus touchées que d’autres, comme la viticulture, la Dordogne reste riche de sa diversité. « Il y a de tout, partout. Et donc ceux qui s’en sortent sont ceux qui sont en polyculture élevage.«