[Environnement] Le syndicat mixte du bassin-versant de la Vézère en Dordogne a présenté, mardi 19 mai, un projet de restauration d’une zone humide. Une matinée organisée par le Collectif Transitions Périgord noir.
« L’objectif de ces travaux est de limiter les risques d’inondation des zones urbaines. » Quand la nature reprend ses droits. C’est ce qui se passe désormais à Montignac et plus particulièrement dans la vallée du Doiran grâce au projet de restauration d’une zone humide par le Syndicat mixte du bassin-versant de la Vézère en Dordogne (SMBVVD).
Cette réalisation écologique a été présentée, mardi 19 mai, à Montignac au siège du syndicat aux adhérents de l’association Collectif Transitions Périgord noir. C’est elle qui est à l’initiative de cette matinée avec pour objectif « de présenter aux adhérents un exemple tangible de réussite écologique. » Conscient en effet que la répétition des crues dans le secteur est préjudiciable pour la population, le SMBVVD a entrepris, il y a un an, d’atténuer ce phénomène grâce à la restauration du Doiran, un affluent de la Vézère. « Il y a dans ce secteur un fort enjeu de sécurité publique, dû à ce phénomène d’inondation car cet affluent traverse toute la localité de Montignac avant de se jeter dans la Vézère. C’est certes un petit cours d’eau, mais lorsqu’il est en pleine charge, il inonde les caves et garages environnants », explique Bruno Léonard, technicien Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) au SMBVVD. Pour lui, travailler sur cette portion de cours d’eau était justifié : « Nous avons d’un côté la tête du bassin qui est régulièrement à sec alors que cette portion est alimentée en eau toute l’année. Alors pourquoi dépenser de l’argent public pour un cours d’eau qui est asséché presque toute l’année. D’où désormais une stratégie de ciblage de certaines portions sur un même cours d’eau ».
Une zone très dense en végétation
Carte en main, les techniciens du syndicat ont présenté l’étendue des travaux réalisés entre août et novembre 2025. On peut y voir une zone très fermée avec beaucoup de végétation, le tout réparti sur un peu plus de 2 ha. « Il y avait beaucoup de bois et la zone était complètement asséchée. Elle avait perdu son rôle de zone humide. La difficulté de ce projet, c’est qu’il se situe en zone privée avec quatre parcelles appartenant à cinq propriétaires différents. Il a fallu, avant toute chose, aller convaincre ces derniers du bien-fondé de notre projet », ajoute Bruno Léonard.
Après un travail de pédagogie auprès des riverains et propriétaires de parcelles, un déboisement important a été réalisé afin d’éviter une fermeture totale du milieu et limiter l’assèchement du sol, dû à une présence excessive de végétaux ligneux. Ces bois ont été déposés sur le site et, pour une partie d’entre eux, réutilisés pour favoriser la diversité des habitats et les écoulements naturels.
Outre ce déboisement, un bras de dérivation a été mis en place à partir du tracé actuel vers le tracé initial du Doiran. À cela s’ajoutent plusieurs autres petits bras qui ont été connectés au cours d’eau pour optimiser la diffusion de la ressource sur l’ensemble de la zone.
Une petite mare a également été prévue afin de stocker cette eau en période de fortes pluies, ensuite restituée au sol par infiltration. « L’objectif de ces travaux est de ralentir les ruissellements, limiter l’érosion, les risques d’inondation des zones urbaines située en aval et les assecs (assèchement temporaire d’un cours d’eau) en période d’étiage, améliorer la qualité de l’eau et favoriser la diversité écologique », poursuit le technicien Gemapi.
Une stratégie assumée
Habituellement dans ce type de projet, une continuité écologique est assurée avec le milieu aquatique et le transfert des sédiments de l’amont vers l’aval. Cependant, le syndicat a fait le choix cette fois de se passer de cette continuité. Mais avant de faire ce choix fort, les techniciens se sont rapprochés de la Fédération de la Dordogne pour la pêche et la protection du milieu aquatique qui a constaté qu’il n’y avait aucun poisson dans ce ruisseau. Le SMBVVD a donc, à certains endroits, mis en place un seuil et relevé la ligne d’eau en amont pour favoriser l’alimentation de la zone humide.
« Pour faciliter notre travail dans cette forêt très dense, nous avons utilisé le drone à plusieurs moments du déboisement. Cela a permis de mieux nous situer dans la zone », ajoute Jules Chabannes, également technicien Gemapi au sein du SMBVVD.
Ces travaux ont permis aussi la mise en place d’une noue, une pente douce qui va permettre d’alimenter toute la zone. Après seulement quelques mois de mise en service, les effets positifs se sont fait ressentir, notamment au moment des fortes pluies de l’hiver où les habitants de Montignac n’ont pas subi de débordement dans leurs habitations.
« Nous restons modestes et le but n’est pas de supprimer l’inondation, mais preuve en est que l’on peut retarder une crue et la diffuser autrement. Nous avons réussi à dériver 46 % du débit entrant du Doiran grâce à la zone humide, qui a d’ailleurs été complètement inondée. C’est donc que nos tracés sont bons », se réjouit Bruno Léonard. Un tour de force, d’autant que ce projet a été réalisé rapidement en interne sans l’appui extérieur d’un bureau d’études.