» C’est bien de recycler au lieu de toujours racheter »

Avec l'aide d'Éric, bénévole du Repair café de Condat-sur-Trincou, Théo a pu faire fonctionner de nouveau le sèche-cheveux cassé d'une enseignante du lycée. (Ph. L. Roth)

[Périgueux] Des lycéens ont organisé un atelier de réparation d’objets avec les bénévoles du Repair café de Condat-sur-Trincou.

Dans la salle 101 du lycée Pablo Picasso, à Périgueux, les tables ont été installées en U et envahies de ciseaux, coupons de tissu, voltmètres et autres tournevis. Les 23 élèves de première année de CAP Équipier polyvalent du commerce n’ont pas cours ce jeudi après-midi. À la place, ils accueillent les bénévoles du Repair café de Condat-sur-Trincou pour apprendre à leurs côtés à utiliser les machines à coudre ou le fer à souder et réparer leurs objets cassés ou ceux qu’on leur a confiés.

« Notre CAP a une coloration « économie circulaire et réemploi » et je cherchais une action à mettre en place dans ce cadre », indique l’enseignante à l’origine du projet. Après avoir trouvé un tract du Repair café dans sa boîte à lettres, Emmanuelle Glattard a proposé à l’équipe de bénévoles d’intervenir au lycée. Son invitation a tout de suite trouvé écho auprès de Dina Duverneuil. « Nous sommes très fiers de répondre à cet appel, explique la présidente de l’association. Nous sommes toujours contents de travailler avec des jeunes. »

Des élèves investis

Une première rencontre a eu lieu en amont avec les élèves pour faire connaissance et leur présenter le fonctionnement et les missions du Repair café. « Cela nous a permis de savoir comment les accueillir au sein de l’établissement », note l’enseignante, qui a ensuite fait travailler ses élèves autour de l’organisation de l’atelier, à l’occasion de la Semaine de l’économie sociale et solidaire à l’école. « Ils ont fabriqué toute la signalétique avec des matériaux de récupération. » Pour ces jeunes âgés de 15 à 17 ans et destinés à travailler dans différentes boutiques, l’atelier Repair café a aussi permis de s’exercer à l’accueil de public.

Chacun s’est investi dans le projet et Emmanuelle Glattard constate avec plaisir que « certains qui ne tiennent pas en place d’habitude sont assis, attentifs ». Côté mécanique, Théo s’applique à suivre les consignes d’Éric pour réparer un sèche-cheveux dont le câble a été coupé à force d’être tortillé. Une panne très courante et parmi les plus faciles à résoudre, précise le bénévole, à condition de parvenir à ouvrir l’appareil. « Beaucoup sont faits pour ne pas être démontables et le pire, c’est quand tout est thermoscellé. » Mais ensemble, « on a réussi à le réparer ! » s’enthousiasme Théo.

Pas peu fier de ce succès, le jeune homme patiente ensuite à l’atelier couture, où Mireille et Annie enseignent aux élèves le maniement de la machine. Pas si facile de coudre en ligne droite du premier coup. Mais « ils s’appliquent et ont plaisir à faire quelque chose pour eux », sourient les deux formatrices d’un jour.

Garçons comme filles se sont essayés à la réalisation d’une petite pochette, depuis le choix du tissu jusqu’à la confection. Angèle a aimé « apprendre plein de choses, bricoler, coudre… »  Un peu plus loin, certains de ses camarades se penchent sur un ordinateur portable ouvert ou une horloge qui n’affiche plus l’heure. Les bénévoles s’emploient à répondre à leurs questions et leur montrer comment nettoyer ou remettre en marche les appareils hors d’usage.

« Je suis agréablement surprise de voir que tout les intéresse, même la couture », glisse Dina Duverneuil, qui insiste sur l’importance de sensibiliser les jeunes. « C’est bien d’avoir des adultes qui s’inscrivent dans la démarche et nous apportent leurs appareils à réparer, mais venir face aux jeunes pour leur montrer qu’on peut vivre différemment, pas que sur du neuf et les toucher, c’est primordial. »

Prise de conscience

C’est ce qu’elle a fait lors de son intervention, en amont de l’atelier, qui portait sur les téléphones en panne que l’on oublie dans une armoire. « Je leur ai demandé s’ils avaient des petits frères ou petites sœurs, en leur rappelant que ce sont des enfants que l’on envoie à la mine chercher les métaux précieux pour les composants électroniques. On a touché un point sensible et ils ont ramené leurs anciens téléphones », explique-t-elle.

La prise de conscience semble avoir fonctionné pour Zoé. « Notre génération jette dès que ça ne marche plus, mais c’est bien de recycler au lieu de toujours racheter. » La jeune fille, habituée à voir son père démonter et réparer des objets, souffle que l’atelier lui a « fait comprendre qu’il faut que je le fasse plus ». Mission réussie pour Emmanuelle Glattard et l’équipe du Repair café.

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