[Marsac-sur-l’Isle] Émilie Espagne s’est installée en pépinière potagère et ornementale après être passée par l’espace-test du Chambon.
» Je travaillais dans les espaces verts à Bordeaux. J’ai eu envie de repartir dans les études agricoles. J’ai suivi une formation en alternance en horticulture « , a expliqué Émilie Espagne à l’occasion de la visite de sa ferme où elle cultive des plants maraîchers bio avec sa pépinière potagère et ornementale baptisée « Bourgeons et drageons ». Le 3 novembre, le réseau régional Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine, dont fait partie le Grand Périgueux, a organisé à Marsac-sur-l’Isle une journée dédiée à la coopération territoriale au service de l’installation agricole.
Après sa formation et des expériences professionnelles, Émilie Espagne est partie en quête d’un lieu pour s’installer. Grâce à Terre de liens, elle a entendu parler de l’espace-test du Chambon, à Marsac-sur-l’Isle, et de la ferme maraîchère Les Tistous située à proximité. Elle a postulé auprès de Pays’En graine, qui anime l’espace, en 2022 avant d’y passer trois ans pour se faire la main. Elle s’est installée à l’automne 2025, à Chancelade, sur des terres appartenant à l’agglomération et qu’Antoine Soullard, de la Ferme Les Tistous, avait en fermage.
Une forme de coopération
» L’espace-test m’a permis d’intégrer un territoire que je ne connaissais pas avec son réseau agricole. C’était une installation progressive. Quand on ne vient pas de ce monde-là, c’est complexe « , a expliqué Émilie Espagne. L’essai n’a pas été de trop avec toutes les démarches nécessaires pour s’installer.
La pépiniériste produit des plants pour quatre ou cinq maraîchers. Elle vend également aux particuliers sur le marché de Périgueux. » Je voulais m’installer pas loin d’une agglomération pour des raisons économiques. Mes voisins de la ferme des Tistous, où ils sont trois à travailler, me permettent une forme de coopération car nous avons des activités complémentaires. Je suis installée toute seule mais je travaille avec du monde « , assure-t-elle. Si l’espace-test n’offre pas une autonomie complète, il existe quand même une indépendance dans les choix de production et de commercialisation, notamment. Cette expérience constitue un bon moyen de mettre le pied à l’étrier. » Ce n’est pas le même statut que celui de salarié. On dirige déjà son activité « , a-t-elle observé. Émilie Espagne a été accompagnée par La Maisons des paysans pour son installation aidée et faire sa demande de Dotation nouveaux et jeunes agriculteurs (DNJA).
» L’espace test m’a permis d’intégrer un territoire que je ne connaissais pas. «
Du maraîchage en culture biologique
Plus tôt dans la matinée, une visite à l’espace-test a permis de rappeler la genèse des lieux et son fonctionnement. Acquis en 2012 par la Communauté d’agglomération périgourdine (CAP), à l’époque, à la suite de réflexions engagées avec Agrobio Périgord, le domaine du Chambon est aménagé et structuré. L’association Pays’En graine est créée pour animer le dispositif. Le domaine qui s’étend sur 20 ha associe également une ferme pérenne sur du foncier appartenant à Terre de Liens. L’Agrocampus y a également une parcelle pour ses formations.
L’espace-test permet à une personne souhaitant s’installer de développer une activité grandeur nature tout en limitant la prise de risque. L’expérience dure de un à trois ans. » Le site est certifié bio par Ecocert et n’accueille que des projets en maraîchage bio « , a précisé Rose-Marie Grenouillet, directrice climat transition écologique au Grand Périgueux. Les porteurs de projets signent un contrat Cape (contrat d’appui au projet d’entreprise). Le temps de leur expérience, ils peuvent continuer à percevoir leurs indemnités chômage ou le RSA. Ils disposent de serres et de matériels agricoles en Cuma. Pour le Grand Périgueux, il s’agit de maintenir l’activité agricole sur un territoire de plus en plus rural avec l’extension de l’agglomération tout en cherchant à approvisionner la restauration collective dans le cadre du Projet alimentaire territorial (PAT). Dans cette optique, la collectivité cherche à s’appuyer sur le PLUI afin d’identifier des friches agricoles.
Un autre constat confirme l’intérêt de l’espace-test : la majorité des porteurs de projets en agriculture ne sont pas issus du monde agricole. « Il faut vivre avec cette réalité », a insisté Gaëtan Brizard, conseiller délégué à l’alimentation au Grand Périgueux. Jérôme Guyot, co-président régional de Terre de liens, a indiqué que depuis son lancement, l’espace avait accueilli une quinzaine de personnes aboutissant à sept installations dont cinq sont sur le territoire du Grand Périgueux. « Nous voulons doubler l’accueil des porteurs de projets « , prévoit-il.