[Irrigation] Et si l’on parlait d’eau quand il pleut ? Avant que les retenues soient à sec et les récoltes compromises. Car l’eau, avant de manquer, se prévoit. Et surtout, elle se partage.
Pourquoi le stockage de l’eau suscite-t-il autant de crispations ? Combien de ceux qui le condamnent ont déjà visité une retenue collinaire, observé son fonctionnement, compris son alimentation, mesuré ses contraintes ? À entendre certains débats, aménager un paysage reviendrait nécessairement à le détruire. Pourtant, la réalité mérite mieux que quelques raccourcis.
Anticiper plutôt que subir
À Nojals-et-Clotte, Nicolas Mortemousque cultive prunes d’Ente et céréales. Au-delà de la qualité des fruits, la chaleur extrême subie par les arbres pourrait également peser sur la prochaine récolte. En agriculture, les conséquences d’une sécheresse ne s’arrêtent pas au retour de la pluie.
L’arboriculteur multiplie les adaptations : abris à chauves-souris, nichoirs à mésanges, confusion sexuelle contre les ravageurs, filets contre le carpocapse, micro-aspersion. Car préserver la biodiversité, protéger les cultures et sécuriser la ressource en eau ne sont pas des démarches opposées. Elles sont, au contraire, complémentaires.
C’est tout le sens du projet porté par l’ASA de Sainte-Croix-de-Beaumont, dont il est membre. Aux 125 000 m³ de stockage existants devraient s’ajouter 70 000 m³ supplémentaires. La nouvelle retenue sera notamment alimentée par les eaux de ruissellement de son bassin versant. Cette dernière sécurisera la ressource en eau de six exploitations. Sans ce projet collectif, à titre individuel, chaque exploitation n’aurait pas pu obtenir de solution de stockage. Un projet à environ 600 000 €, bénéficiant d’un financement public prévu à hauteur de 80 %.
Derrière ces chiffres, un travail d’anticipation : évaluer les besoins actuels, intégrer les économies d’eau possibles et dimensionner les ouvrages. « Pour se projeter dans l’avenir de nos filières, il faut sécuriser la ressource en eau. C’est indispensable !« , résume Nicolas Mortemousque.
Ouvrages hérités, besoins qui évoluent
À Sainte-Sabine, Thierry Pimouget préside une ASA d’une vingtaine d’agriculteurs. Sept réserves desservent quelque 340 hectares. Hérités des générations précédentes, ces ouvrages doivent répondre à des exploitations qui évoluent. Malgré de nombreuses contraintes, l’ASA a créé trois retenues d’eau dans les cinq dernières années, et ils souhaitent étudier de nouveaux projets pour sécuriser l’avenir.
Mais peut-on encore en construire ? « C’est encore possible et, mieux encore, il faut absolument le faire ! Porter les projets collectivement est un levier efficace« , affirme Laurent Coulaud, directeur de l’Adha 24. Études hydrologiques, autorisations, financements, travaux : tout prend du temps. Et les ouvrages doivent ensuite être entretenus.
« On a sept stations de pompage à surveiller. C’est en jouant collectif que nos ouvrages perdureront« , rappelle Thierry Pimouget. C’est le rôle des ASA : mutualiser investissements, équipements et gestion. Pour porter cette voix plus loin, les fédérations de l’ancienne Aquitaine se sont regroupées au sein de Réseaux hydrauliques et territoires (RHT), interlocuteur collectif de la Région et de l’État.
Opposer stockage de l’eau et préservation de l’environnement n’a plus de sens. Les agriculteurs ont besoin d’eau pour produire, tout en préservant les ressources dont ils dépendent. Stocker l’eau lorsqu’elle est disponible, pour répondre aux besoins lorsqu’elle manque, c’est aussi un levier d’espoir pour les générations à venir. Car nourrir demain demandera toujours de l’eau. Et à force d’attendre qu’elle manque pour en parler, nous risquons de manquer de temps pour agir. Même sous la pluie.