[Développement] Spécialisée dans la sélection et la production de semences de tabac, l’entreprise Bergerac Seed and Breeding (BSB) se diversifie dans le chanvre, en investissant dans une unité industrielle.
» Nous créons des variétés pour répondre à des besoins. « » Notre activité consiste à créer des variétés de tabac, et maintenant de chanvre, puis à produire des semences pour les professionnels, agriculteurs et coopératives. Nous sommes semenciers « , résume ainsi Anna Malpica, responsable du site de Bergerac Seed and Breeding (BSB). Du tabac au chanvre, il n’y a qu’un pas diraient certains esprits espiègles ! Pour l’entreprise, cette diversification est du sérieux. Créée en 2015 et installée sur l’ancien site de l’Institut du tabac à Bergerac, BSB a développé son activité en reprenant en partie le site, le matériel et l’équipe dédiée à la création variétale. L’entreprise est une filiale de la Caisse de réassurance mutuelle agricole des planteurs de tabac français (CRMAPT). » C’est Groupama, indirectement « , précise-t-elle. À l’époque, six salariés sont transférés d’Imperial Tobacco, propriétaire de l’institut, à BSB. » Aujourd’hui, nous sommes dix personnes, affirme-t-elle. Quand je suis arrivée en 2016, j’avais pour mission de redynamiser les programmes pour que cette équipe de recherche devienne rentable. Les tabaculteurs français veulent une équipe de recherche qui ne leur coûte rien et qui sélectionne pour eux des variétés sur mesure. «
Une autre logistique
L’entreprise et les tabaculteurs recherchaient des opportunités de diversification. » Plusieurs producteurs se sont essayés au chanvre, une culture qui connaît un renouveau « , selon Anna Malpica. En 2026, plus de 25 000 ha ont été emblavés en France avec l’ambition de doubler cette surface d’ici cinq ans et des investissements dans des outils de transformation. Sur le marché, un seul semencier (Hemp It) occupe une position de monopole. » Nous cherchions une culture où nous pouvions apporter quelque chose. Nous créons des variétés pour répondre à des besoins « , précise-t-elle.
Il existe une quarantaine de variétés de chanvre. En développer de nouvelles prend du temps. » La dimension de la graine est différente de celle du tabac « , indique la responsable. Pour emblaver un hectare de tabac, il faut trois grammes de graines. La même opération en chanvre nécessite 50 kg de semences. » Ça change toute la logistique même si, sur le principe, nous faisons exactement la même chose qu’avec le tabac. » Les semences de tabac sont hybrides alors qu’en chanvre, il s’agit de variétés populations. Le travail génétique n’est pas le même, ni la production car le mode de pollinisation et de fécondation des deux plantes différent. » Nous ne pouvons pas tout multiplier au site de Bergerac car le chanvre se pollinise par le vent. Le pollen est très petit et léger. Il vole loin. Contrairement à celui du tabac, qui est gros et vole à un ou deux mètres autour de la plante. »
Un investissement aidé
Cette année, cinq variétés ont été reproduites par BSB. Un schéma de multiplication est imposé par Semae, organisme certificateur. Une dizaine d’agriculteurs en Dordogne ont accueilli cette production en sous-traitance. La plupart travaillaient déjà pour BSB pour la multiplication de semences de tabac. Anna Malpica distingue le chanvre industriel de celui utilisé pour produire du CBD. » Ce ne sont pas les mêmes plantes mais nous travaillons les deux « , précise-t-elle. En 2025, BSB a commercialisé ses premières semences de chanvre de variétés inscrites au domaine public en attendant l’inscription de ses propres créations.
Lorsque l’unité industrielle sera opérationnelle, d’ici 2027, trois recrutements sont prévus. » Après la multiplication des semences par les agriculteurs, il faut sécher, nettoyer, trier, calibrer, tester la germination, stabiliser et stocker. C’est l’équivalent de ce que nous avons pour le tabac, sauf que la dimension des machines est plus grande « , détaille Anna Malpica. L’atelier sera situé dans un bâtiment inutilisé par BSB. Les travaux et les commandes de matériel doivent commencer en septembre.
Pour ce projet dont le coût s’élève 418 000 €, BSB a été lauréate du Fonds d’accélération de la transition écologique dans les territoires de Nouvelle-Aquitaine. Elle bénéficie de 45 % d’aides sans lesquelles le projet n’aurait pas pu voir le jour. Cet investissement structure un maillon amont de la filière chanvre industrielle française. Il contribue à l’émergence d’une filière biosourcée à fort potentiel industriel en aval (construction durable, textile, matériaux composites…). Le chanvre est une culture peu consommatrice en intrants. » Il faut quand même la fertiliser et l’irriguer mais Il n’y a aucun traitement phytosanitaire « , souligne-t-elle.