[Nuciculture] Face à des aléas climatiques qui deviennent réguliers et des marchés saturés par la concurrence internationale, l’interprofession Internoix Sud-Ouest s’interroge sur l’avenir.
L’heure n’était pas vraiment à l’optimisme lors de l’assemblée générale d’Internoix Sud-Ouest, vendredi 21 août à Terrasson. Une nouvelle fois, la récolte de l’année, qui s’annonçait pourtant exceptionnelle fin juin, va vraisemblablement être largement amputée à cause des aléas climatiques. « En juillet-août, les coups de chaleur intenses ont brûlé beaucoup de noix et des coups de vent ont fait de la casse dans les vergers : chutes d’arbres ou de noix… cela peut aller jusqu’à une tonne par hectare de noix par terre », constate Fabien Joffre, président d’Internoix Sud-Ouest.
La variabilité de la production s’annonce très importante, d’un secteur à l’autre. « Certains producteurs seront en difficulté parce que l’orage est tombé chez eux et pas chez le voisin. Et certains vont se retrouver avec l’impossibilité de prétendre à l’ISN (indemnité de solidarité nationale), après trois ans d’aléas climatiques. » Les aides ISN ont « heureusement été maintenues jusqu’à la fin de la programmation européenne 2027 », souffle Michel Campagnaud. Mais pour l’animateur de l’Association nationale noix de France (A2NF) comme pour les participants à l’assemblée générale, le mode de calcul, basé sur une moyenne quinquennale ou triennale, n’est plus adapté, alors que les mauvaises récoltes se succèdent.
« Notre demande, c’est qu’on enlève de ces moyennes les années de calamités. Si on les enlevait, les moyennes seraient équitables. » La représentante de la Draaf (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) présente, qui leur demandait un courrier pour faire remonter leurs revendications, a été vivement interpellée. « Nous avons déjà envoyé des courriers, on alerte depuis trois ans. Le changement climatique va plus vite que l’administration : il y a des annonces mais les réalisations prennent trop de temps ! »
Le Sud-Ouest a déjà enregistré une hausse de 1,9 °C en 2025 par rapport à la moyenne 1991-2020 et de 2,6 °C en 2026 (avec des relevés arrêtés fin juillet). Dans le même temps, la pluviométrie est en baisse de 25 %, « au mieux », indique Michel Campagnaud. « Tout ça va peser sur le rendement final. »
Concurrence accrue
En parallèle, les noix françaises doivent faire face à une concurrence internationale accrue. Donald Trump a négocié des droits de douane nuls sur les noix américaines et avec la signature du Mercosur, « on fait rentrer à tout va des produits du monde entier avec des normes complètement différentes », déplore Fabien Joffre. De retour d’une visite au Chili et en Argentine, les membres du Comité du noyer de la Dordogne l’ont constaté : « au Chili, c’est dix traitements fongicides et six traitements insecticides par an, plus des désherbants racinaires qui polluent l’eau. Tous ces produits sont interdits chez nous. » Les importations chinoises prennent de plus en plus de parts sur le marché européen.
« Nous avons besoin de recherche et d’innovation sur la filière, d’investissement pour créer de nouvelles variétés, de nouveaux porte-greffes plus adaptés à l’évolution climatique », estime Fabien Joffre. À la station de Creysse, » entre 50 et 80 % des programmes sont financés, mais il faut trouver le reste en autofinancement, qui n’est plus assuré par la vente des noix du verger de la station », alerte son cogérant, Jean-François Gazard-Maurel.
L’avenir du verger de noyers français, vieillissant, passera par le renouvellement. Mais pour qu’il reste productif, il faudra aussi repenser l’irrigation, sans laquelle replanter ne servira à rien.