[Badefols-d’Ans] Dominique Bosche a créé le Labyrinthe du roi dans une parcelle de miscanthus, où l’on peut partir en quête d’un enfant perdu.
On l’appelle herbe à éléphant, eulalie ou roseau de Chine. Elle pousse facilement sur des terres argilo-limoneuses mais s’adapte à une grande diversité de sol. Peu gourmande en eau ou en engrais, elle peut atteindre sans peine trois mètres de hauteur à l’âge adulte, pour les variétés classiques, quand les conditions sont favorables. Un homme adulte pourrait aisément s’y cacher. Le miscanthus, au même titre que le maïs, est une plante propice à des parties de cache-cache endiablées, pour qui sait se faufiler entre les pousses qui deviennent de hautes herbes, touffues et robustes.
Ce jour-là, les brins de miscanthus situés sur le haut de la parcelle de Dominique Bosche, à l’entrée du Labyrinthe du roi, sont un peu clairsemés et n’ont pas atteint leur hauteur finale. Les grosses chaleurs n’ont pas aidé au développement de cette plante herbacée que l’agriculteur a implantée il y a à peine deux ans. « Pour qu’elle atteigne sa taille normale, il faut attendre trois ans, mais là, elle est déjà haute. Les pieds vont grandir et s’épaissir. D’autant que nous ne l’avons pas planté dans les meilleures conditions« , se souvient Dominique Bosche. « Il pleuvait trop« , explique son père, Jean-Pierre qui l’a non seulement aidé à planter mais aussi à concevoir le labyrinthe qu’il y a créé. « Il aurait fallu planter le miscanthus au mois de mai mais il y avait trop d’eau. Nous avons dû attendre début juillet.«
Pour autant, les deux hommes ont réussi à faire pousser l’équivalent de cinq hectares sur trois parcelles différentes. Sur l’une d’elles, qui s’étend sur un terrain d’un hectare un peu en pente, descendant doucement vers la rivière, ils ont eu l’idée de tracer un labyrinthe, ouvert depuis tout juste une semaine.
« C’est parti de sa tête ; de son ordinateur à lui« , sourit Dominique Bosche en désignant son père. Ce dernier a en effet pensé le labyrinthe par lui-même, sans aucune aide extérieure. À l’heure où la plupart des créateurs de labyrinthes s’aident volontiers de logiciels ou même de l’intelligence artificielle, les Bosche, père et fils, n’ont eu recours qu’à leurs méninges et l’huile de coude. « J’ai conçu le tracé dans ma tête, comme ça m’est venu« , constate Jean-Pierre Bosche. « Ensuite, il passait dans la parcelle et je le suivais avec le tracteur, pour arracher les rhizomes« , enchaîne Dominique.
« On s’est parfois trompé de route. Il a fallu reboucher des chemins. »
« J’y mettais mes piquets et mes ficelles, en faisant des zigzags« , poursuit Jean-Pierre Bosche. Évidemment, comme pour tout travail artisanal, il y a eu quelques petits ratés, des approximations à rectifier. « On s’est parfois trompé de route, on s’est perdu. Il a fallu replanter pour reboucher des chemins« , sourit son fils.
Famille d’épouvantails
Courir, se perdre, faire des tours et des détours dans un labyrinthe, oui mais pourquoi ? Mais pour trouver quelque chose ! Ou, en l’occurrence, quelqu’un.
Alice courait après un lapin blanc habillé d’un gilet avec une montre à gousset. Ceux qui s’aventureront dans le Labyrinthe du roi partiront à la recherche d’un enfant perdu. « Il fallait une énigme, une quête. Je ne voulais pas m’embêter à en inventer une. Mais je me suis mis à faire des épouvantails. Et je me suis dit que quitte à chercher quelque chose, on allait chercher un enfant égaré« , raconte Jean-Pierre Bosche. Au fur et à mesure, ils ajoutent des personnages. Cinq au total sont positionnés tout au long du parcours. De loin, au détour d’un virage ou d’une montée, les brins de miscanthus entretiennent le suspense, et mis à part les vêtements trop chauds pour la saison, on pourrait croire que de vrais individus nous attendent tout au long du chemin. La voisine de la parcelle, qui s’est avancée pour regarder, s’est même fait prendre en croyant à de vraies personnes.
Un parcours pédagogique
Depuis 2013, Dominique Bosche réfléchissait à implanter autre chose que du maïs. Il se décide finalement en 2024, après avoir été sollicité par le camping voisin de Nailhac, qui cherchait d’autres centres d’attraction pour occuper ses vacanciers que l’aquapark local. « Moi ça me permettait de faire un peu d’agrotourisme à la ferme tout en plantant une culture qui m’intéressait« , souligne Dominique Bosche.
Les deux hommes se sont tellement pris au jeu qu’ils veulent installer un parcours pédagogique, à partir de l’année prochaine, tout autour des parcelles ; « pour les écoles mais aussi les particuliers, histoire de leur apprendre la flore, le miscanthus mais aussi les autres plantes et arbres alentour« .