[Boulazac] Des élèves de maternelle ont découvert les métiers de bouche et mis la main à la pâte, encadrés par des jeunes en formation.
Quelques blousons miniatures sont entassés sur un banc à l’extérieur des laboratoires. Des éclats de voix enfantines s’échappent des laboratoires. Le Centre de formation des apprentis (CFA) de la Chambre de métiers et de l’artisanat, à Boulazac, a accueilli des invités un peu particuliers, ce jeudi 30 avril : deux classes de grande et moyenne sections de l’école maternelle de Champcevinel, invités à venir découvrir les métiers de bouche.
Cette journée est le point final d’un projet pédagogique mené par les apprenants en Traiteur et Pâtisserie de boutique de l’établissement. Les jeunes dans ces parcours ont entre 17 et 21 ans et sont déjà diplômés d’au moins un CAP dans leur domaine, qu’ils viennent compléter par cette certification de spécialisation. « Ils ont mené ce projet de A à Z, indique leur enseignante, Maryline Lecœur. Ce sont eux qui ont imaginé les ateliers à proposer aux enfants, en fonction de leur âge. »
Pour ces ateliers à la fois ludiques et pédagogiques, les jeunes du CFA se sont donc mués en professeurs d’un jour pour des apprentis hauts comme trois pommes. Dans le laboratoire de pâtisserie, les tables ont dû être rabaissées pour permettre aux enfants de voir ce qu’ils faisaient. « On pensait qu’ils seraient un peu plus grands en taille, il a fallu s’adapter », glisse Léa, amusée. La jeune femme de 21 ans observe Aurélien, Ambre et Younes, charlottes vissées sur la tête et tabliers bien noués, qui s’appliquent à réaliser des figurines en pâte d’amande.
Pâte d’amande et pépites de chocolat
Juste à côté, l’écriture en chocolat au cornet remporte aussi un beau succès auprès de leurs camarades. Les frimousses affichent quelques moustaches cacaotées… « C’est super d’avoir des petits qui s’intéressent autant au métier », apprécie la jeune pâtissière. Les gourmands ont la main un peu lourde sur les pépites de chocolat qu’ils lâchent par pleines poignées sur des cookies. « On va en enlever un peu pour les répartir », prévient une de leurs encadrantes, gestes à l’appui.
« Les enfants sont sans filtre, posent des questions que les jeunes ne peuvent pas anticiper. Pour leur épreuve pratique de fin d’année, c’est la même chose : si cela ne se passe pas comme ils veulent, il leur faudra s’adapter », explique Alban Couturier, enseignant en pâtisserie au CFA. Présenter leur métier, donner des consignes permet aussi aux jeunes de s’entraîner à l’oral.
« Ils ont su se mettre à la portée des enfants, qui ont pu manipuler : c’est essentiel pour des petits de 5 ans », se félicite Sandrine Lescure. Avec sa collègue Émilie Brosse, l’enseignante de maternelle cuisine souvent avec ses élèves à l’école, notamment pour les goûters d’anniversaire. « Mais là, c’est dans un lieu dont ils n’ont pas l’habitude, on leur a expliqué avant de venir que c’était une école de « grands » »
Dans le labo traiteur, la même effervescence et le même enthousiasme des plus jeunes : cette fois, ils sont en train d’élaborer des ravioles au poulet. Ils ont aussi goûté des gâteaux en trompe-l’œil : le moelleux apparemment en chocolat s’est avéré être finalement… à la betterave. « On leur a ensuite fait faire un gâteau au chocolat à la courgette, pour leur montrer que ça peut remplacer le beurre », explique Tristan Chasseloup, enseignant en charcuterie-traiteur. Il a observé certains de ses apprenants, plutôt stressés au départ, se révéler extrêmement à l’aise au contact des enfants. « Peut-être de futurs enseignants… » Alban, chargé de la cuisson des ravioles, a échangé avec des écoliers « très impliqués et concentrés. Ils étaient même plus efficaces que nous à un moment, on n’arrivait plus à suivre ».
Un certificat de petits chefs
Pourquoi faut-il mettre un chapeau sur les ravioles ? Pourquoi les faire cuire ? On peut goûter ? Autant de questions que les enfants ont posé sans retenue et auxquelles les apprentis ont répondu avec un plaisir non dissimulé. « Le temps est passé très vite avec eux, ils ont été très sages », constate Enzo, 17 ans.
Dernière surprise avant de repartir, le certificat de petits chefs remis à tous les petits participants, avec un livret comprenant l’ensemble des recettes réalisées lors de cette journée exceptionnelle. « Les apprenants l’ont pensé pour permettre de créer aussi du lien, du partage dans les familles, autour de cette animation », précise Maryline Lecœur. Et, pourquoi pas, susciter des vocations dès le plus jeune âge pour des métiers méconnus ou pas assez valorisés.