[Verteillac] L’artiste britannique Nicola Wood a réalisé l’une de ses sculptures géantes en sable sur la place de Verteillac.
En ce début de semaine à Verteillac, une rumeur bruisse et agite les passants qui traversent la place devant la mairie : « Où est le sable ? » Au pied de la fontaine, une bâche est posée au sol, des pelles appuyées contre le monument. Sur le côté, Nicola Wood consulte sa montre. Elle attend une livraison bien particulière : celle de 20 tonnes de sable, venues d’une carrière à proximité.
L’artiste britannique, invitée par la commune, s’apprête à réaliser une sculpture éphémère qui doit mesurer près de deux mètres de haut. Elle va consacrer sa semaine à l’ouvrage et la précieuse cargaison de sable a pris un peu de retard. Soulagement en fin de matinée : le camion tant attendu arrive et déverse son chargement au milieu de la bâche.
L’heure est enfin venue, pour Nicola et son compagnon qui l’assiste, de se lancer. Les travaux débutent par la phase de compactage : il s’agit de pelleter et tasser le sable au pied, de manière à le transformer en un bloc suffisamment dur pour être ensuite creusé et mis en forme. Pour cette première étape, l’humidité est une alliée précieuse. En mouillant le sable, Nicola augmente ses capacités de cohésion et rend ainsi la sculpture plus solide. Elle utilisera ensuite pelle, truelle et fins outils de modelage d’argile pour réaliser les plus petits détails.
Un jeu d’enfant devenu métier
Originaire de Leicester, en Angleterre, Nicola Wood n’a pas atterri à Verteillac par hasard. Habituée à séjourner dans la région, où Peter John, l’un de ses anciens professeurs, devenu ami, habite depuis longtemps, elle est ravie d’avoir été sollicitée par la mairie pour cette performance artistique. Mais cela ne se fait pas sans une petite pression supplémentaire. « Je connais du monde ici, tout le monde est intéressé. Quand vous intervenez dans un endroit où les gens se soucient de ce que vous faites, vous n’avez pas envie de faire quelque chose de moche, en plein milieu », sourit-elle.
Elle a eu l’occasion de réaliser ses œuvres dans le monde entier, du Canada au Koweit, en passant par l’Indonésie ou encore l’Australie, où elle a débuté. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’elle a découvert, pour la première fois, une exposition de sculptures sur sable et qu’elle a pris conscience « qu’on pouvait en faire son métier », enthousiasmée de mêler un jeu d’enfant avec une carrière professionnelle.
Nicola Wood veut faire passer des messages à travers son art. Alors que l’intelligence artificielle (IA) prend de plus en plus de place dans notre quotidien, son travail est aussi l’occasion de prouver que « les mains et le cœur peuvent réaliser quelque chose que l’IA ne peut pas faire et qui ne sera jamais remplacé ».
La sculpture qu’elle a imaginée pour Verteillac s’intitule « Life Lines » (« lignes de vie »). Elle a été inspirée par les rivières qui façonnent ce coin de Dordogne. « Comme des veines, elles parcourent le paysage pour nourrir et connecter les fermes, l’agriculture et les communautés », explique l’artiste à propos de son projet. Sa sculpture doit prendre la forme d’une femme endormie, sorte de « Mère nature » parcourue de rivières coulant de son corps jusqu’au sol. « À travers son cœur et ses veines, elle devient la source du paysage et le symbole de celles qui donnent d’elles-mêmes pour que les autres s’épanouissent. »
Les femmes, en particulier les mères, représentent en effet une grande part de l’inspiration du travail de Nicola Wood, notamment depuis qu’elle a des enfants. Ceux-ci sont d’ailleurs présents avec elle cette semaine en Dordogne, à la fois pour profiter des vacances et la voir à l’œuvre. « C’est bien qu’ils voient que je peux faire autre chose dans la vie que les emmener à l’école ou leur préparer à manger. »
L’artiste accorde également une grande importance à la sensibilisation des jeunes publics. Tout au long de la semaine, Nicola a accueilli les enfants des centres de loisirs de la communauté de communes, pour échanger avec eux sur son travail. Un atelier a été proposé, afin de leur donner des trucs et astuces sur la sculpture de sable, « des techniques pour les aider à créer quelque chose de leurs mains ». Et pourquoi pas susciter des vocations artistiques.
Selon les conditions météo, les curieux auront plus ou moins de temps pour découvrir l’œuvre qui doit rester en place quelques jours, avant d’être détruite et le sable réutilisé par les services techniques de la commune. « L’art éphémère apprend beaucoup sur le lâcher-prise… cela fait de la place pour qu’autre chose vienne ensuite », souligne Nicola Wood.