[Bourdeilles] L’ouverture du centre de santé Médecins solidaires a permis d’apporter une solution au problème du manque de généralistes.
» C’est pratique et très facile d’accès. On souffle ! « , reconnaissait Isabelle dans la salle d’attente, jeudi 5 mars. Elle était parmi les premières patientes le jour de l’ouverture du centre de santé Médecins solidaires à Bourdeilles, le 26 novembre. Elle et ses trois enfants habitent à Tocane-Saint-Apre. Ils n’avaient plus de médecin traitant depuis trois ans. » Nous faisions des téléconsultations. Mais, ce n’est pas très pratique « , explique-t-elle.
Parmi les sujets qui animent les débats en milieu rural, les déserts médicaux occupent une bonne place. La commune de Bourdeilles bénéficie d’une solution quasi inespérée avec l’ouverture de ce premier centre de santé Médecins solidaires en Dordogne. « J’ai été sollicité par l’association. Ils sont missionnés et financés par l’ARS (Agence régionale de santé) Nouvelle-Aquitaine pour ouvrir plusieurs centres dans la région. L’ARS de Dordogne les avait orientés vers le secteur du Val de Dronne », raconte Nicolas Dussutour, maire de la commune de 800 habitants. L’élu était content d’avoir participé à la mise en place de cette solution. D’ailleurs, il l’a adoptée pour lui-même, n’ayant plus de médecin traitant. Le centre se trouve dans des locaux accolés à la salle des fêtes, un ancien cabinet médical remis à neuf par la Communauté de communes Dronne et Belle. Celle-ci a investi 100 000 € en rénovation et équipements. La commune met les locaux à disposition gratuitement. Le nord-ouest du département de la Dordogne a de mauvais indicateurs avec 16 % de patients en ALD (affection de longue durée) sans médecin traitant rien qu’à Bourdeilles. À 30 minutes autour de la commune, 4 800 patients n’ont pas de médecins traitants alors que 37,5 % des médecins généralistes de la communauté de communes ont plus de 60 ans. Des indicateurs qui donnent la mesure de l’ampleur de la désertification médicale.
Le centre fonctionne selon le principe inédit du « temps partagé solidaire ». Il accueille chaque semaine un médecin généraliste du collectif. Il est ouvert 50 semaines par an, du lundi au samedi matin, sauf le jeudi après-midi. Les chiffres donnés par l’association, la semaine dernière, annoncent 1 277 consultations depuis l’ouverture. 406 patients ont choisi le centre comme médecin traitant, une trentaine sont en affection longue durée. » C’est une réussite, insiste le maire. En plus, ils gardent toujours des créneaux si besoin. Ils sont aussi en lien avec les urgences de Périgueux. « À l’avenir, en fonction de la demande, l’élu envisage d’accueillir un deuxième médecin du collectif.
» Le dossier médical suit. C’est bien organisé. «
Une grande carte de France
Des médecins généralistes venus d’un peu toute la France se relaient chaque semaine à Bourdeilles. Ils sont libéraux, en remplacement ou retraités. Le planning est déjà complet jusqu’en novembre. Du 2 au 7 mars, le docteur Élisabeth Bousseyroux-Lamagat arrivait de Corrèze. Elle est retraitée depuis trois ans. Elle officie au sein de l’association depuis un an mais seulement de temps en temps. « J’aime bien le côté altruiste de leur démarche afin d’apporter des solutions aux déserts médicaux. » Elle préfère se déplacer dans des départements proches comme la Creuse. Certains de ses prédécesseurs venaient de beaucoup plus loin. D’ailleurs, dans la salle d’attente du centre, une grande carte de France est affichée avec les photographies et les lieux d’implantation de tous les médecins déjà venus à Bourdeilles depuis l’ouverture. Cela permet aussi aux personnes de savoir quel docteur ils auront la semaine de leur rendez-vous. Mais, ce turn-over ne semble pas trop gêner les patients. « J’ai vu deux médecins. Finalement, le dossier médical suit. C’est bien organisé », constate Isabelle. Pour Nathalie, de Brantôme, qui venait pour la première fois consulter au centre le 5 mars, voir des médecins différents à chaque fois lui parait même plutôt une bonne chose pour croiser les avis. Un logiciel permet la transmission du compte rendu des consultations précédentes.
Deux coordinatrices salariées, Mélissane et Alice, se chargent de la prise de rendez-vous (possible aussi sur Doctolib), de l’accueil des patients et des tâches administratives afin que les médecins puissent se consacrer qu’aux consultations. « C’est très agréable pour nous d’exercer dans ces conditions. Nous avons juste le contact avec les patients. C’est ce qu’on aime », confirme Élisabeth Bousseyroux-Lamagat. Le médecin bénéficie d’une voiture de fonction et d’un logement pris en charge par l’association. Ils sont payés en moyenne 1 000 € par semaine. « C’est une rémunération inférieure à celle d’un remplaçant. On ne le fait pas pour l’argent », selon le docteur. Actuellement, 12 centres Médecins solidaire sont ouverts en France.