Ils retrouvent la mémoire au milieu des plantes aromatiques

Au jardin thérapeutique, chacun participe à son rythme, aidé par les bénévoles de France Alzheimer ou Sandra Nessius, l'ergothérapeute, qui montre les bons gestes pour entretenir les plantes. (Ph. L. Lemaire)

[Bergerac] Au centre hospitalier, des personnes atteintes d’Alzheimer s’épanouissent grâce à un jardin thérapeutique.

Sur les tables du salon de jardin, à l’ombre des parasols, Alain s’affaire. Il jette les sacs de terreau vides dans la poubelle, regroupe les pots en plastique, range les petites pelles, essuie la terre. « Alain, il a besoin de s’activer« , commente discrètement Sandra Nessius. L’ergothérapeute intervient chaque mardi à l’accueil de jour du centre hospitalier de Bergerac. Le lieu est dédié aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou autres syndromes apparentés. Une équipe les reçoit quatre jours par semaine, du lundi au jeudi, dans un environnement sécurisé.

Et chaque mardi, depuis un an, les six ou huit personnes qui transitent quotidiennement par l’accueil de jour peuvent s’adonner à une nouvelle activité : le jardinage. « Il y a un an, il y avait deux bacs en bois déjà en place avec de la végétation, le bac rouge et rien d’autre. Je trouvais ça dommage qu’il y ait ce bel espace à notre disposition qui reste inutilisé« , se souvient Sandra Nessius à propos de la genèse de l’atelier. L’idée germe – c’est le cas de le dire – d’entretenir ce jardin et, mieux, d’y mettre des choses dedans. Et comme un jardin, ça s’entretient, pourquoi ne pas, en plus, en faire une activité stimulante pour les personnes atteintes de maladies neurodégénératives ? « On cherchait une activité qui leur plaise et qui soit ludique. C’est ça qui est extraordinaire en ergothérapie : on fait travailler les gens sans qu’ils s’en rendent compte. Le jardinage, c’était parfait ; les bénéficiaires – c’est ainsi que nous appelons les malades – font des choses, « travaillent », sans aucune pression. Ils ne sont pas tenus de réussir quoi que ce soit« , souligne Sandra Nessius.

Ainsi, Alain est parti se pencher sur une des jardinières hautes, disposée dans le coin du petit jardin. Dedans, il y a du thym, du thym citronné et de l’aneth. Le terreau est frais. Il s’attelle à y creuser un trou pour y installer une nouvelle bouture. « C’est de l’estragon« , précise-t-il aux visiteurs avant d’entamer une discussion sur la douceur du printemps et l’absence bénie, cette année, de moustiques. Alain est moins atteint que les autres qui sont là le mardi. Mais il vient quand même parce que l’activité lui plaît.

Maria, elle, ne dit plus des mots que l’on comprend. Mais elle sourit beaucoup, prend la main et la garde, et sait parfaitement arroser les plants que Sandra Nessius vient de mettre en terre.

« Les plantes aromatiques réveillent leurs sens. »

« Je les laisse faire. Ils font un trou, plantent de la ciboulette à un endroit qui n’était pas prévu ; ce n’est pas grave. » Le mardi au jardin thérapeutique est devenu un rendez-vous plus qu’un atelier. Pour autant, les bénéficiaires activent leurs neurones. « Je me suis rendu compte que c’est ce qui reste, en fin de compte, chez les personnes qui sont atteintes d’Alzheimer : le goût, l’odorat, les senteurs. De fait, les plantes aromatiques étaient un choix logique. Tout se mange, donc même s’ils oublient ou « sans qu’on fasse attention » se mettent à manger les plantes, ça n’a aucune importance.« 

Ils instaurent un troc de plantes

L’accueil de jour est particulièrement bien équipé pour assurer la bonne tenue de cet atelier jardinage. Et pour cause : au démarrage, c’est l’antenne périgourdine de l’association France Alzheimer qui a fait don d’outils de jardinage ergonomiques, de tabliers, gants, bacs de jardinage, plants et terreau au centre hospitalier. « Nous avions essayé de monter un jardin thérapeutique en milieu ouvert, avec un jardinier pour encadrer mais ça s’est révélé trop compliqué à tenir dans la durée. Donc, nous avions tout ce matériel que nous avons décidé de donner ici« , explique Chantal Roquet, bénévole de France Alzheimer Dordogne.

Bien qu’impossibles à quantifier, les bienfaits du jardin thérapeutique sur les bénéficiaires de l’accueil de jour sont indéniables. « Ce qui est sûr, c’est que les familles se rendent bien compte que, dans la voiture, au retour, ils ont le sourire jusqu’aux oreilles. Parfois, ils ne veulent pas venir le matin parce qu’il a fallu se préparer un peu plus vite que d’habitude. Et le soir, c’est limite s’ils veulent repartir. Il y a une forme de mémoire qui est là, liée sûrement à des souvenirs, à l’émotion, au plaisir réveillé. Et là, on a tout gagné« , se réjouit Sandra Nessius.

Le jardinage ralentit l’oubli de certains gestes et apporte une bouffée d’air frais à tout l’accueil de jour. « Et cette année, on veut aussi ouvrir un peu sur l’extérieur. Nous avons mis en place un troc de plantes. Les bénévoles, les professionnels, les familles peuvent venir échanger des plantes. Car nous, nous en avons en trop ; comme l’origan.« 

Partagez cet article
Facebook
Twitter
LinkedIn
WhatsApp
Email

Plus d'articles pour "ActualitéRLP"

Publiés récemment

Votre recherche

Connectez-vous

Réinitialiser le mot de passe

Veuillez entrer votre adresse de messagerie ou votre identifiant. Nous vous enverrons un email pour réinitialiser votre mot de passe.

Mot de passe oublié ?