[Caprins] Ce qui était originellement une bergerie communautaire est devenu une chèvrerie, officiellement vendue à Séverine et Denis Hache, à Campagnac-lès-Quercy, qui comptent développer leur élevage.
« On a eu deux enfants et maintenant qu’ils sont partis, on en a 23 nouveaux ! » Séverine Hache sourit largement à ce constat qu’elle fait, les bras largement ouverts, en désignant toutes les pensionnaires de sa chèvrerie. Malgré la chaleur accablante, les chèvres se déplacent systématiquement pour venir embrasser Denis ou Séverine Hache, leurs propriétaires et « parents », depuis un peu plus d’un an.
Le lien est fort entre les deux éleveurs et leur troupeau, qui se sont installés dans ce qui était, au départ, une bergerie communautaire (voir encadré). Le site de Campagnac-lès-Quercy a été officiellement cédé aux éleveurs, vendredi 19 juin, par des élus ravis de passer la main à ces chevriers pas du tout issus du monde rural. « Mes parents étaient ouvriers dans la Beauce. J’ai été 10 ans comptable puis assistante maternelle, en arrivant en Gironde. À ce moment-là, je dis en plaisantant « Un jour, on partira élever des chèvres dans les Pyrénées ». Finalement, nous ne sommes pas en montagne mais on a les chèvres !«
Entre-temps, Séverine a passé un BPREA à l’issue duquel elle confirme son choix pour les chèvres. « C’est leur espièglerie qui m’a attirée. Il y a une interaction dans le regard qu’il n’y a pas avec un autre animal.«
Ferme pédagogique
L’arrivée de Bêêêles du Quercy sur le causse du Céou n’est pas anodine et s’inscrit dans une volonté de longue date de réinstaurer un peu de pastoralisme dans ce secteur.
« Fin des années 2000, j’avais fait un inventaire des surfaces en voie de fermeture, du fait de la déprise agricole, sur une trentaine de communes, se rappelle Bernadette Boisvert de la Chambre d’agriculture de la Dordogne. On était à plus de 60 % de boisement moyen, sans plus de tradition pastorale. Nous avons vu là une opportunité pour les éleveurs en manque de foncier de pouvoir disposer d’aliment pour leurs animaux.«
Séverine et Denis Hache, quant à eux, souhaitent faire renaître, voire perdurer ce pastoralisme qui suppose 400 ha potentiels à valoriser, directement autour de leur ferme, selon Bernadette Boisvert. « Pour faire du lait, il faut que les chèvres mangent. Aujourd’hui, nous avons 15 ha de bois et prairies mais si nous montons à 70 ou 80 têtes comme nous l’espérons, ces 15 ha ne suffiront plus, affirme Séverine Hache. C’est pourquoi nous voulons développer le pastoralisme avec l’AFPL (Association foncière pastorale libre) Entre Céou et Quercy. » « Nous ne sommes pas bio mais locaux. Nous engraissons les chevreaux chez nous, nous épandons nos fumiers sur nos parcelles, nous transformons ici. Le pastoralisme est une pratique logique« , ajoute Denis Hache.
Déjà producteur de fromages de chèvres, faisselles et yaourts, le couple souhaite développer sa gamme avec des tommes et du skyr et devenir ferme pédagogique.