Auteur : Théophile Mercier
Publié : jeudi 11 mars 2021

 

Élevage. Audrey et Mathieu Lauvie sont exploitants à Peyrillac-et-Millac et élèvent des vaches lowlines, une race australienne et canadienne méconnue qui permet d’obtenir de bons résultats technico-économiques. 

 

Une bonne valorisation

 

C’est une ferme qui se porte bien. Audrey et Mathieu Lauvie sont éleveurs à Millac, lieu-dit de la commune de Peyrillac-et-Millac à la frontière du Lot. Ils ont créé ensemble la SCEA Domaine de la Ferme des quatre vents en mars 2020. Le site a d’abord été la ferme familiale du grand-père que Mathieu a décidé, il y a quelques années, de remettre au goût du jour. À l’origine, le frère et la sœur n’étaient pas destinés à l’élevage. Audrey a d’abord été ingénieure qualité dans le secteur viticole et Mathieu, lui, est menuisier. Pour la jeune femme, le besoin de revenir à la terre a été plus fort. C’est la raison pour laquelle elle a engagé son parcours d’installation en 2019 avec les Jeunes Agriculteurs de Dordogne et la Chambre d’agriculture. Ensemble, ils élèvent désormais des chèvres angoras et des vaches lowlines, une race australienne et canadienne, sur 95 ha dont 12 ha sont en propriété. 

« Le point décisif pour l’introduction de cette race, c’était la gestion du pâturage. Nous avions des difficultés à valoriser notre fourrage car la chèvre angora est un animal difficile à nourrir. Nous avions souvent la première coupe qui n’était pas exploitée. Nous avons donc cherché une race rustique qui ait une bonne valorisation financière pour que l’on puisse rester dans un métier de niche », explique en détails Audrey Lauvie.

Les deux exploitants sont allés jusqu’en Angleterre pour découvrir cette race et être certains de leur choix. Ils ont été séduits par les qualités de l’animal : « Ce sont des vaches de petite taille qui n’ont pas besoin de beaucoup de fourrage, environ 6 kg par jour. Un bœuf devient mature à 400-450 kg en 18 mois (20 kg à la naissance). Nous les nourrissons uniquement avec l’herbe des prés, il n’y a pas besoin de compléments. Par ailleurs, nous n’avons jamais de problèmes de maladie et le vêlage est facile. »

 

Débouchés haut de gamme

Selon elle, la viande est naturellement persillée et le gras est présent sans avoir besoin de passer par le stade de l’engraissement. « Il y a ce goût de noisette qui est caractéristique de la race lowline, avec un gras qui est bien réparti, ce qui nous permet de valoriser quasiment  100 % de l’animal », ajoute l’éleveuse. Côté reproduction, le choix a été porté sur la monte naturelle avec de l’embryogénie, c’est-à-dire que des embryons de lowlines ont été implantés sur des limousines pour la fécondation. Les vêlages interviennent ensuite entre mars et mai. 

Depuis leur installation, les deux éleveurs avaient fait le choix de rester dans un segment haut de gamme avec les restaurants gastronomiques et les boucheries traditionnelles. Depuis le confinement sont venus s’ajouter des colis de viande de cinq kilos pour le particulier. « Trouver des boucheries locales n’a pas été facile car rares sont les établissements à nous avoir fait confiance. Nous avons finalement trouvé une boucherie à Clermont-Ferrand », déplore l’éleveuse. Particularité de cette race, le double pelage intervient en été et en hiver. À l’image des ânes du Poitou, les vaches lowlines ont de grands poils en hiver qui tombent naturellement et repoussent très ras en été.

Pour une meilleure gestion de la race, les exploitants se sont affiliés à l’Alca, une association australienne à l’origine de la création de la race en 1990. « C’est cette organisation qui certifie le pedigree des vaches et ces dernières sont accréditées pure race grâce à cette association. Nous sommes également membres de la CLCA, organisation canadienne qui est homologuée en Europe pour les analyses de la race lowline et la pureté de celle-ci », détaille l’éleveuse. C’est l’unique preuve qu’il s’agit bien de lowlines car il existe désormais sur le marché des contrefaçons. »

 

Une demande forte

Sur le plan des débouchés, Audrey Lauvie est plutôt sereine, elle estime que la demande est forte dans son segment. Elle a par exemple conclu un marché avec la Belgique, l’Australie, la Suède et l’Allemagne. « Nous ne sommes que six éleveurs en Europe, il faut donc diversifier les lignées. En ce qui nous concerne, nous en avons six : une dite mature, ce qui veut dire en cours de reproduction et quatre autres jeunes taureaux. » Mais pas question de parler de prix de vente avec l’éleveuse, ce marché étant une niche, les prix se négocient en fonction du type de client et les tarifs doivent rester confidentiels. La grande force de ces deux éleveurs est de pouvoir s’affranchir de la pression des coopératives qui imposent souvent le prix de vente à la profession. Audrey a une autre stratégie : « Nous sommes des électrons libres et nos vaches grandissent à leur rythme, nous n’imposons pas de règles ». Et comme si ça ne suffisait pas, les deux exploitants valorisent le cuir de leurs bêtes qu’ils vendent à la tannerie Le Colombier à Saint-Junien (87). Ce cuir et la croûte partent ensuite chez un maroquinier à Souillac (46). La jeune femme a dans l’idée de lancer d’ici un an une ligne de sacs à main ou de portefeuilles. En attendant, les deux éleveurs ont pour objectif de développer la race en France par l’intermédiaire de la vente des veaux. 


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