[Élevage] À l’EARL Mespoulède, à Cubjac, les chèvres bénéficient d’une alimentation quasi exclusivement produite sur place. Rémi Mespoulède peut assurer cette autosuffisance grâce à un choix : l’irrigation.
« L’irrigation, ce n’est pas forcément un gros mot. » Alors que le mois de septembre a été à l’image de l’été et la moitié du printemps, exceptionnellement chaud et surtout sans eau, Rémy Mespoulède, éleveur caprin à Cubjac-Auvézère-Val-d’Ans, aborde cette thématique souvent polémique sans fard. « Je dirais même qu’elle n’est pas en opposition à la transition écologique« , insiste-t-il face aux élus et techniciens de la Communauté de communes Isle Loue Auvézère en Périgord, en visite, lundi 28 septembre, dans son exploitation.
Pour lui, cette année plus que jamais, l’irrigation s’est avérée vitale et salvatrice. Dans cette ferme familiale qui se transmet depuis les années 1820-1830, on pratique la polyculture-élevage sur des terres arides et caillouteuses. « Nous sommes sur un terrain de causse ; le broyage de pierre, c’est avant chaque semi« , explique Rémi Mespoulède en habitué, avant de résumer simplement : « Sans l’irrigation, nous serions morts. J’ai décidé de ne pas m’assurer mais d’investir dans un système d’irrigation parce que le plus important, pour moi, c’est réussir à avoir assez de nourriture pour mes chèvres. » Avec un troupeau de 600 saanen, Rémi Mespoulède tenait à être autosuffisant.
Elles produisent 395 000 litres de lait par an, dont 370 000 litres partent à la Picandine, à Saint-Astier, et 25 000 litres chez un fromager de Coulaures. Sur ses 165 hectares de SAU, l’éleveur a décidé d’irriguer 105 hectares, notamment la luzerne et le maïs, qu’il utilise en partie pour nourrir ses chèvres (entre 80 et 100 tonnes) et revend par ailleurs à la filière palmipèdes gras.
« Peut-être que le revenu sera moindre parce qu’il y aura moins de rendement sur le maïs grain pour mes chèvres ou à cause du prix du GNR, les pièces d’usure, la mécanique, tout augmente… Mais au moins, je n’ai pas le souci de me demander si mes bêtes pourront manger ou pas. Je suis autonome. Pour le reste, on fait le dos rond, on attend l’année prochaine ; ça sera peut-être meilleur.«
Colza dans la poussière
Même avec l’eau, il accuse une perte de récolte de 20 à 25 % sur les maïs. « Si je n’avais pas irrigué, j’aurais zéro. Il y a des coins de parcelles où l’irrigation ne va pas. Le maïs a séché à 80 cm de haut. Il n’y avait pas d’épis, rien du tout. »
L’homme ne peut que plaider en faveur d’aménagements pour assurer une irrigation raisonnée et raisonnable. « Il faut stocker naturellement, favoriser le stockage dans des vallons, des endroits où l’eau peut se garder pour pas cher. Un point d’eau, ça amène la vie. Il n’y a qu’à voir à Miallet : des oiseaux migrateurs s’arrêtent, des batraciens reviennent. Et pour nous, c’est une sécurité.«
Même si quelques pluies ont eu lieu cette semaine, les luzernes ont du mal à repartir. Quant au colza tout juste semé, « il est dans la poussière« .