Les vins du changement

Au domaine Le Perrier, Évelyne, Alexis et Lucile Labat sont fiers de perpétuer la tradition familiale même s'il faut s'adapter à de nouvelles réalités climatiques, sociétales et commerciales. (Ph. A. Merlingeas)

[Viticulture] Au domaine Le Perrier, à Queyssac, Alexis Labat a réalisé une petite récolte à cause du climat. Le vigneron développe la vente directe, une stratégie qui s’impose dans la conjoncture actuelle.

 » Nous avons compris qu’il ne fallait pas rester à la maison. «   » Nous sommes en pleine vinification. On finit de rentrer les rouges « , lance Alexis Labat. Les vendanges touchaient à leur fin la semaine dernière au domaine Le Perrier, à Queyssac. Comme partout dans le vignoble, Elles ont été très précoces.  » J’ai commencé les vins blancs secs le 10 août ! J’ai été obligé de rentrer de vacances pour vendanger « , s’amuse-t-il. Les conditions de ramassage étaient optimales, sans pluie. Il a fallu vendanger tôt le matin à cause des fortes chaleurs la journée.  » On a récolté très peu. Il n’y a pas eu de précipitation pendant presque trois mois « , analyse le vigneron. La qualité est au rendez-vous avec des raisins sains. Sur les 14 ha de vignes de l’exploitation, 10 ha sont consacrés à la production de pécharmant.

 » L’an dernier, nous avions déjà réalisé une année faible en volume, avec une baisse de l’ordre de 20 % par rapport à 2024. Nous perdons encore 4 ou 5 % en 2026 « , évalue Alexis Labat sans donner de chiffres précis de rendements. Le viticulteur exploite un vignoble jeune, restructuré à partir de 2009, année de son installation.  » Les jeunes vignes souffrent davantage car l’enracinement n’est pas très profond. J’ai trois anciennes parcelles qui ont bien résisté. «  Dans certains cas, les raisins se sont desséchés sur pied et les feuilles sont tombées. Finalement, la sécheresse et les fortes chaleurs usent autant les cultures que les viticulteurs.  » On ne dort pas bien la nuit. Ça fait mal au moral de voir notre production dépérir sans rien pouvoir faire « , observe le producteur.

Des nouvelles pratiques

Cette année a vu l’accentuation d’une évolution climatique déjà observée depuis plusieurs années.  » Je ne parle même plus avec ceux qui disent que le climat ne change pas « , explique Alexis Labat. Dans ce contexte, il est particulièrement conscient de la nécessité de modifier ses techniques culturales. La conduite du vignoble évolue. Les printemps sont plus précoces. Dès février, il peut y avoir des journées à 25 °C. La précocité végétale des vignes les expose davantage à d’éventuelles gelées au printemps. La taille se fait plus tardivement dans l’année. Les sols du vignoble sont travaillés avec des outils tels que la décavaillonneuse, la buteuse ou les lames afin de favoriser l’enracinement profond des ceps de vignes. Fini l’effeuillage afin de protéger au maximum les raisins.

 » J’espère mettre en place l’irrigation pour les vins de France en créant une retenue d’eau chez moi « , affirme-t-il. Actuellement, l’irrigation est interdite en production de vins AOC. En général, Alexis Labat pense que l’appellation devrait évoluer, en s’ouvrant notamment à des cépages présents dans des régions chaudes.  » Le merlot n’est plus adapté à notre climat, observe-t-il. Il faut faire évoluer le cahier des charges.  » Le viticulteur veut aussi mettre en place du photovoltaïque sur toiture par souci d’autonomie énergétique.

Commercialisation

En dépit de petites récoltes et de l’adaptation à la nouvelle donne climatique, la stratégie économique reste la même au sein du domaine Le Perrier : continuer à développer la vente directe en bouteilles qui représente environ 70 % des volumes. La crise sanitaire de la Covid-19 avait déjà servi d’accélérateur à cette politique ancienne sur l’exploitation mais mise en œuvre à plus petite échelle.  » Lors de la crise sanitaire, nous avions créé un site internet et une page Facebook. Nous faisions des vidéos sur les réseaux sociaux qui avaient bien marché. J’avais mis en place les livraisons à domicile en Dordogne « , se souvient-il. La vente directe se traduit par une bonne part de commercialisation à la propriété, la participation à des marchés estivaux et à des salons des vins en France (en novembre et décembre).  » Cela nous permet de vivre de notre métier. Nous avons compris qu’il ne fallait pas rester à la maison « , selon lui.

Au domaine Le Perrier, Alexis Labat propose un rosé en vin de France et un blanc moelleux en appellation rosette. Le cœur de gamme est constitué de trois cuvées en AOC pécharmant : « Tradition », « Cœur des hommes » et « Le Perrier ». Depuis deux ans, le vigneron a sorti deux nouvelles cuvées Viva la vida, en blanc sec et rouge.  » Le vin rouge est en monocépage 100 % cabernet franc. Les gens aiment bien ce côté authentique. Le vin blanc sec est réalisé comme les vins de Bourgogne que j’adore « , détaille-t-il passionné. Que ce soit dans le vignoble ou au chai, l’innovation devient indispensable.

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