Innovation dans la fraise

Bertrand de Taffin et Sylvain Dureux dans la serre enherbée avec le robot de tonte. (Ph. A. Merlingeas)

[Technologie] La Socave accompagne les producteurs dans la culture de la fraise. Bertrand de Taffin, à Bergerac, utilise une sonde d’humidité autonome et gère l’enherbement de sa serre avec un robot de tonte.

La saison bat son plein à la Socave avec environ 80 t de fraises rentrées chaque semaine à la station de Vergt. À l’image de Bertrand de Taffin, de l’EARL de Rivière à Bergerac, les producteurs s’affairent dans leurs serres et tunnels. Ce jeune producteur, installé depuis quelques années sur l’exploitation céréalière familiale, s’est lancé dans la production de fraises hors sol. Il entame sa quatrième saison. Cette année, il ne produit que de la variété gustative magnum, la plus rentable économiquement pour lui.  » Cette année, le démarrage est un peu compliqué. Il fait chaud et sec « , lâche-t-il en référence à une météo peu propice (voir encadré) contrairement aux campagnes précédentes. D’ailleurs, il a disposé un filet d’ombrage sur sa serre.  » Heureusement, j’ai des terres assez argileuses qui maintiennent de la fraîcheur. « 

Enherbement

Ingénieur agronome formé à l’école supérieure d’agriculture de Purpan, le jeune agriculteur prépare l’avenir.  » C’est un fruit qui me plaisait et que j’ai connu comme chef de culture en Corrèze. Il s’intercale assez bien, de mi-avril à mi-juin, avec l’activité céréalière. On est à l’abri. Techniquement, ce fruit est intéressant « , précise Bertrand de Taffin.

La vue d’un gazon verdoyant bien tondu étonne dans cette petite serre de 1 600 m2.  » Je trouve le côté visuel agréable. J’ai fait un mélange avec des graminées, principalement « , précise le producteur. L’intérêt de cet enherbement est de favoriser un bon niveau d’hygrométrie.  » S’il n’y en a pas assez, comme en ce moment, les fruits ont du mal à transpirer, la poussée racinaire s’arrête et les calibres des fruits sont plus petits « , précise Sylvain Dureux, responsable technique à la Socave. Cette méthode a aussi l’avantage de favoriser la lutte biologique contre les ravageurs. Des auxiliaires (acariens prédateurs) sont lâchés dans les serres pour se reproduire et coloniser les fraisiers.  » Ils ont besoin d’hygrométrie pour la reproduction sinon ils sont voués à disparaître « , ajoute-t-il. L’évaporation participe également à abaisser la température.

Pour entretenir le gazon, l’an dernier, l’agriculteur a investi dans un robot de tonte (5 000 €). Il a connu quelques difficultés, au début, à trouver le bon matériel à cause de soucis de réception et de réseau, notamment, liés aux serres et à leurs structures en fer.  » Ça fait un peu comme une cage magnétique, selon l’agriculteur. Nous avons dû essayer plusieurs marques et modèles. «  Parfois, le robot se met à l’arrêt en quête de signal.  » Je le gère à distance. Au début, j’avais une tondeuse poussée mais je me faisais dépasser « , affirme-t-il.  » Cet usage se voit de plus en plus en Lot-et-Garonne où l’on a plusieurs robots dans des serres de 2 ou 3 ha « , précise Sylvain Dureux.

« J’avais une tondeuse poussée mais je me faisais dépasser. »

Dans sa petite exploitation de plus de 30 ha, Bertrand de Taffin produit des céréales, de la luzerne et de la betterave semence. Il a voulu développer des productions à valeur ajoutée comme la fraise. Il a lancé une production de raisins de table, également avec la Socave.

Sondes d’humidité

Dans le cadre du plan opérationnel européen, la Socave a accès à des aides via FranceAgriMer, dont une partie va à l’expérimentation. Ainsi, la trentaine de producteurs de fraises de la coopérative a pu bénéficier d’un financement intégral pour l’achat de sondes d’humidité autonomes Aquacheck (Corhize) améliorées par Weenat.  » J’ai choisi d’équiper les producteurs de sondes « , explique Sylvain Dureux. Fixé à un arceau avec un capteur placé dans le substrat ou le sol, cet outil enregistre en permanence l’humidité. La plupart des sondes fonctionnent avec des piles rechargeables. Un autre producteur, Jean-Luc Lalet, à Église-Neuve-de-Vergt, possède une version équipée d’un petit panneau solaire.

Bertrand de Taffin utilise une de ces sondes.  » J’ai travaillé un moment sans. Aujourd’hui, je ne pilote qu’avec ça sur mon téléphone. C’est pratique et précis « , indique-t-il. Il conserve quand même une évaluation visuelle et au poids du sac de substrat.  » La sonde est un outil supplémentaire qui est très rassurant. Avant, j’utilisais un seau placé sous chaque tunnel pour vérifier si un peu d’eau gouttait dedans. Il faut aussi que les racines blanches pointent en dessous du substrat « , affirme-t-il. Il a conservé les seaux afin de mesurer le pH et la conductivité.

Aide à la décision

Dans son bureau à Vergt, Sylvain Dureux peut suivre l’enregistrement des sondes placées chez chaque producteur et l’évolution des courbes.  » Quand je vois une anomalie chez les producteurs qui sont moins branchés sur la technologie, je les préviens « , affirme-t-il. Les données s’affichent directement sur le téléphone portable avec des zones de trop ou de manque d’eau dans lesquelles il convient de ne pas trop rester.  » Le but est d’exploiter au maximum la réserve facilement utilisable. Si on est trop haut, on finit par noyer les racines. Si on est trop en manque d’eau, on perd du calibre « , explique-t-il. Ainsi, le producteur règle son goutte-à-goutte en fonction des besoins.  » C’est un outil complémentaire d’aide à la décision. Le but est d’économiser de l’eau et des intrants. Chaque irrigation est fertilisante via une solution nutritive « , souligne Sylvain Dureux qui loue la fiabilité de l’outil.

Les fraisiculteurs ont toujours la technique de mettre les doigts dans le sac de substrat pour évaluer l’humidité.  » Cette méthode marche bien sauf que l’on ne passe pas sa journée à le faire. Grâce à l’application, le producteur peut regarder à distance. Il vérifie aussi que l’arrosage a bien fonctionné car des pannes ou des fuites arrivent. L’agriculteur peut se mettre des alertes « , affirme le technicien. La sonde renseigne autant sur la fréquence que la durée de l’arrosage. Le manque d’eau génère un flétrissement de la plante. Repéré à temps, ce problème peut se corriger sans trop de conséquences négatives. Le trop d’eau est plus pernicieux. Comme les racines ont besoin d’oxygénation, si elles sont toujours dans l’eau, des radicelles disparaissent.  » On s’en rend compte trop tard, selon Sylvain Dureux. Ça joue sur la qualité du fruit et son goût. « 

Pour le technicien, l’ensemble de ces outils permet de mieux maîtriser la culture de la fraise et d’en faire une production intéressante pour les agriculteurs.

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