Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 6 septembre 2019

 Caprins. La Commission européenne a rendu publiques fin juin début juillet de nouvelles dispositions sur la réglementation de la santé animale. Parmi les articles, l’un d’eux impose le bouclage électronique des chevreaux.

Les boucles de la discorde

Le Cabécou du Périgord fait la fierté du département et se retrouve sur de nombreuses tables de France et de Navarre, voire un peu plus loin. Pour faire ce fromage, il faut du lait. Et pour avoir du lait, comme pour tous les autres mammifères, la chèvre doit mettre bas. Les éleveurs ne gardent pas ces chevreaux et les vendent, à très bas prix, à des engraisseurs. Autrement dit, les éleveurs caprins gagnent de l’argent avec le lait, mais certainement pas avec les chevreaux. Une évidence ? Sans aucun doute pour tous ceux qui gravitent autour de la filière caprine et qui y sont impliqués, mais nettement moins en ce qui concerne l’Union européenne.

« Une stupidité ! » C’est ainsi que Jean Barou, président du Syndicat caprin Dordogne-Périgord, qualifie la dernière décision européenne concernant le bouclage des chevreaux. 

Une charge supplémentaire

De quoi s’agit-il précisément ? En fait, le règlement européen de santé animale portant sur la traçabilité et l’identification des animaux est entré en vigueur en 2016. Dans ce cadre, ce qu’on appelle un acte délégué précisait certaines dispositions. Ce fameux acte délégué a été modifié et validé par la Commission européenne. Or, il comporte une disposition qui impose aux éleveurs caprins une identification électronique de tous les chevreaux de boucherie qui ne vont pas directement à l’abattoir. Soit la quasi-totalité d’entre eux, notamment en Dordogne.

Si l’intention peut être louable, les conséquences sont désastreuses puisque cette disposition multiplierait par huit ou neuf le prix des boucles d’identification. Actuellement, les boucles en plastique, dites tip-tag, coûtent de 5 à 10 centimes d’euro pièce. Les puces électroniques, comme celles dont sont dotés les caprins adultes, s’achètent de 72 à 90 centimes.

Les chevreaux partent à l’engraissement avant sept jours et sont élevés durant un mois à un mois et demi avant de partir à l’abattoir. Le marché du chevreau est très saisonnier et particulièrement actif à Pâques et à Noël. La consommation de cette viande est relativement faible en France. Tous ces éléments entraînent un prix du chevreau relativement bas. « En moyenne, il nous est acheté entre 2 et 4 €, déplore Jean Barou. Mais si, dans les excellentes périodes, il peut monter à 6 €, on en a aussi vu partir à 1 €. » Autrement dit, si ce règlement s’applique au printemps 2021 comme prévu, les éleveurs caprins verront la charge augmenter drastiquement pour un produit à très faible valeur ajoutée.

Interpeller les pouvoirs publics

Pour dénoncer cette situation, chaque département impacté agit pour alerter élus et pouvoirs publics. En Dordogne, le président du Syndicat caprin a adressé une lettre explicative au préfet, à la Draaf (Direction régionale de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt) et aux parlementaires.

En Dordogne, Asseldor gère l’identification des animaux. Elle répertorie ainsi 212 exploitations caprines, comptabilisant, pour 2018, 25 510 reproducteurs. Le syndicat départemental évalue à environ 120 le nombre d’éleveurs professionnels. Les boucles (tip-tag ou puces électroniques) sont vendues dans le département par trois fournisseurs : Reyflex, Chevillot et Roxan. La Dordogne compte a priori deux engraisseurs de chevreaux. Ces derniers partent ensuite dans des abattoirs spécialisés, type volaille ou lapin, pour lesquels l’identification électronique n’a pas de valeur ajoutée parce que la traçabilité fonctionne sur des lots. Ce dispositif concernerait quelque 28 000 chevreaux par an en Périgord.

La France, en particulier les départements où l’élevage caprin est important, n’est pas la seule à réagir. Les éleveurs espagnols et hollandais sont également vent debout contre cet acte délégué. « C’est une décision qui a été prise par Bruxelles sans consulter les professionnels et les responsables de nos filières, se désole Jean Barou. Ce type de bouclage électronique ne sert à rien dans le cas de nos chevreaux. C’est vraiment une situation ridicule qui nous fait bondir. »

 


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