Auteur : Lionel Robin
Publié : vendredi 26 octobre 2018

 

Expérimentation. L’influenza aviaire impose de savoir comment les oiseaux sauvages et les palmipèdes des élevages interagissent. Pour en savoir plus, la Ferme de l’oie et du canard a lancé une vague d’observation sur son site de Glane.

Identifier et compter les oiseaux

Devant la machine à café, tout le monde y va de son petit « Tu as entendu les grues cette nuit ? » ou « J’ai vu hier soir un vol immense, il y en avait bien une centaine ! ». Ailleurs, les discussions ne s’attardent pas sur les grues mais bien sur les palombes : « Combien de vols hier ? » « On a réussi à les poser juste devant la palombière ! ». C’est la période automnale qui veut que les oiseaux migrateurs occupent beaucoup les conversations. Mais l’observation de ces oiseaux, qui traversent avec régularité quasiment toute l’Europe, ne se fait pas toujours pour le loisir ou pour annoncer que l’hiver vient. Parfois l’enjeu est sanitaire et, par voie de conséquence, économique. C’est ce qui se joue actuellement aux alentours de la Ferme de l’oie et du canard, à la station de Glane à Coulaures, avec l’expérimentation lancée par la Chambre d’agriculture de la Dordogne en partenariat avec la Fédération départementale des chasseurs de la Dordogne.

« C’est l’influenza aviaire qui est à l’origine de cette expérimentation », explique Mohamed Bijja, responsable de la Ferme de l’oie et du canard. Les crises successives de la maladie depuis 2015, qui ont impacté tout le grand Sud-Ouest, posent des questions, aujourd’hui sans réponses : “Qui amène l’influenza aviaire ?“,  “Dans quelles conditions ?“. « L’idée est de quantifier la présence et le comportement de l’avifaune sur les parcours des palmipèdes », précise Mohamed Bijja.

Aussi étonnant que ça puisse paraître, cette expérimentation est une première en France. Bien sûr, l’observation et le comptage des oiseaux se pratiquent, mais c’est la première fois qu’il est réalisé en lien avec l’aviculture. Il s’agit bien d’évaluer et suivre l’abondance et la répartition des populations d’oiseaux, au sein du site de Glane et dans l’environnement proche. Cette première suscite suffisamment d’intérêt pour que le site landais d’Artiguères lance une expérimentation similaire.

Un partenaire naturel

« Comme il n’existe pas de références en la matière et qu’il nous a semblé que leurs techniciens étaient les plus compétents dans ce domaine, nous nous sommes naturellement tournés vers la Fédération des chasseurs pour participer à nos travaux », souligne Mohamed Bijja. Concrètement, Yann Durand, technicien de la fédération, est donc pleinement impliqué dans cette démarche. Son rôle est d’ailleurs essentiel pour identifier et comptabiliser les oiseaux.

La méthode retenue est celle des indices ponctuels d’abondance (IPA), validée par les ornithologues et le Muséum d’histoire naturelle, à Paris. Il s’agit d’un échantillonnage par station d’observation répartie sur une surface minimale. « Normalement, il faut au moins huit hectares pour avoir des données exploitables ; nous, nous sommes à beaucoup plus », sourit Mohamed Bijja. En l’occurrence : 300 hectares, soit le site de Glane plus les alentours. Sur l’ensemble de cette aire ont été définies huit stations d’observation. « L’idée est qu’elles correspondent d’une part aux couloirs de migrations, grosso modo Nord-Est/Sud-Ouest, d’autre part à des biotopes différents », précise Yann Durand. Bien sûr, certaines de ces stations sont à proximité des bâtiments et des parcours des oies et canards du site expérimental de Glane. D’autres sont en forêt, en bord de rivière, en plaine, près d’un hameau...

Dès le lever du soleil

L’opération a débuté en janvier dernier, et sera répétée plusieurs années de suite afin d’avoir des résultats différents, voir si une observation se répète ou si elle était ponctuelle. Le projet a défini une matinée d’observation chaque mois. Elle est réalisée entre le lever du soleil et 10 h 30, « heure à laquelle les oiseaux chantent beaucoup moins », précise Yann Durand. Ce dernier est vraiment le spécialiste des oiseaux, capables d’entendre et d’identifier un oiseau à l’oreille, bien avant qu’il n’apparaisse. Mohamed Bijja l’accompagne pour noter l’oiseau reconnu, le nombre, etc.

Au bout de dix mois d’observations, les résultats obtenus correspondent à ce qui était attendu. « On a repéré de 40 à 50 espèces, des migrateurs, des nicheurs, des sédentaires... », détaille Yann Durand. « Pour l’instant, nous dressons un état des lieux. C’est plus tard que nous pourrons obtenir des conclusions », promet Mohamed Bijja.

 


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