Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : jeudi 31 mars 2022

Manufacture. Depuis deux ans, l’atelier Repetto de Saint-Médard-d’Excideuil s’est entièrement réorganisé pour améliorer sa réactivité aux commandes, les conditions de travail et son engagement écoresponsable.

 

Le succès pas à pas

 

Plus de 130 mètres ; 132 très exactement. C’était la distance parcourue par une chaussure lors de son processus de conception dans les ateliers Repetto de Saint-Médard-d’Excideuil, jusqu’à il y a environ deux ans. 132 mètres, ce n’est pas tant, direz-vous, pour une chaussure qui, tout au long de sa vie, va engloutir bon nombre de kilomètres. Mais, en fait, c’était déjà trop. Quand Cyril Colombet arrive en juin 2020 à la tête du site périgourdin, il impulse ainsi une toute nouvelle organisation. « Nous sommes une manufacture. Cela signifie que nous “faisons à la main”. Or, la capacité d’une manufacture est de mettre l’humain au cœur du système, l’y faire progresser et s’y développer », commente-t-il.

Après avoir consulté l’ensemble du personnel sur la façon de faire, Cyril Colombet change l’aménagement des ateliers de fabrication qui sont alors regroupés en îlots. Entre le début de sa confection et le moment où la chaussure est mise en boîte, les ouvriers auront ainsi parcouru sept mètres au lieu des 132 de départ. « Ce travail colossal sur nos déplacements apporte de la valeur ajoutée et nous a rendus plus réactifs, se félicite aujourd’hui Cyril Colombet. Alors qu’il fallait une semaine pour lancer un modèle auparavant, il faut désormais quatre heures pour le livrer à un artiste qui nous le demanderait. » L’atelier peut également procéder à un réassort en moins d’un mois contre quatre il y a deux ans.

 

Postes interchangeables

 

Gagner du temps dans la circulation du produit n’a pas seulement généré plus de réactivité. Le site de Saint-Médard-d’Excideuil est aussi plus efficace et plus compétitif ; en partie grâce à la polycompétence de ses 77 salariés. « Dans l’atelier, il n’y a pas un seul salarié qui ne pratique pas cette polycompétence », atteste fièrement le directeur de Repetto. Julie, affairée sur une pointe de danse classique, peut donc choisir de quitter son poste pour interchanger avec Bernard, concentré quelques minutes auparavant sur une ballerine cendrillon à semelle de cuir.

Si certains ont pu rechigner au changement, au début, la réorganisation de l’usine a fini par conquérir tout le monde. Derrière ça, toute une philosophie de travail instaurée par Cyril Colombet. « J’ai demandé à chacun ce qu’il ferait s’il avait une baguette magique. Beaucoup m’ont retourné la question mais je leur réponds que je n’en sais rien. J’ai bien une idée, en général, mais ce sont eux qui vont travailler dans ces ateliers. Je veux que les changements arrivent par eux, selon leur approche. Pour avancer, il faut avoir deux jambes : une structurante et une accompagnante. Les ouvriers sont l’une et je suis l’autre », sourit le directeur qui voulait non seulement relancer l’activité mais aussi préparer l’avenir : « L’autre enjeu était la digitalisation. Notre atelier sur-mesure est donc, depuis six mois, également disponible sur internet. »

 

Une ballerine vegan

 

Les ouvriers alternent ainsi entre le cousu main et le cousu machine, les babies, les cendrillons ou les richelieus zizi, les modèles mythiques de la marque fabriqués en Périgord ; et depuis peu, la ballerine vegan. Avec pour objectif d’avoir 80 % de ses produits conçus en matières alternatives au cuir d’ici 2025, Repetto ne pouvait pas passer à côté de cette innovation.

Baptisée “lili“, elle possède un design identique à la cendrillon, créée spécialement pour Brigitte Bardot, en 1956. « D’apparence, on dirait du cuir verni, assure Cyril Colombet. Mais tout est fait en textile et sans pétrole. Par ailleurs, en termes de recyclabilité, elle est parfaite puisque l’on peut séparer la tige de la semelle pour traiter chaque partie indépendamment. » 

Coton, caoutchouc et écorce de riz de Camargue sont les trois matières premières de cette ballerine écoconçue pour bénéficier de la même souplesse et durabilité qu’une ballerine classique. Actuellement distribuée en Asie, elle le sera en France dès le mois prochain.


Réussir le Périgord
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