Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : jeudi 27 janvier 2022

Ribérac. Une poignée d’éleveurs, épaulés par la municipalité, le Département et la MFR de Vanxains, relance un site redimensionné avec une activité diversifiée. L’outil devrait être opérationnel début 2023.

 

La nouvelle vie de l’abattoir

 

« Cet outil n’est pas mort. Il faut juste s’en occuper, ne pas le négliger. » En décembre 2020, cette phrase du maire de Ribérac, Nicolas Platon, sonnait comme une ultime supplique pour ne pas voir l’abattoir local fermer ses portes. Aujourd’hui, janvier 2022, elle résonne comme une prophétie autoréalisatrice à laquelle, dans l’ombre, ils sont plusieurs à avoir œuvré.

Car il y a bel et bien un projet de relance de l’abattoir de Ribérac avec, à la manœuvre, une poignée de quatre agriculteurs qui ont très vite commencé à travailler main dans la main avec la ville de Ribérac, le Département, et ont associé la Maison familiale et rurale (MFR) de Vanxains. « Dès que nous avons senti que l’abattoir coulait, nous avons constitué un groupe de réflexion et entamé des réunions », témoigne Jean-Philippe Cheyssou, l’un des quatre éleveurs à l’origine du projet. Il est alors accompagné de Benoît Delage, Lionel Échardour, tous deux éleveurs bovins, de Didier Pernet, éleveur ovins et d’Alain Dubois, membre du conseil municipal de Ribérac et ancien directeur de l’abattoir.

« Pour nous qui pratiquons tous la vente directe, cet outil de proximité était nécessaire. Mais il fallait une structure plutôt adaptée, c’est-à-dire petite, publique, qui fonctionne à l’échelle locale », souligne l’éleveur ovin, qui rappelle tous les bienfaits d’un abattoir de proximité : « C’est important pour nous mais également pour une question de bien-être animal. Je suis basé à Saint-Méard-de-Drône. Avant, j’étais à cinq minutes de l’abattoir de Ribérac. Maintenant, je suis obligé d’aller jusqu’à Bergerac. Ça représente une heure et quart de trajet. Quand ils arrivent là-bas, mes agneaux sont stressés et crispés. »

 

Pas d’apporteur majoritaire

 C’est donc vers un abattoir redimensionné aux besoins du territoire que se sont dirigées les idées. « Sur la base d’une recherche auprès d’apporteurs potentiels et des bouchers locaux, nous avons estimé que, pour être à l’équilibre, il faudrait calibrer l’outil à 500 ou 600 tonnes par an maximum au démarrage », précise Didier Pernet. « Nous ne voulons plus atteindre 2 000 tonnes par an comme ça a pu être le cas par le passé, ajoute Jean-Philippe Cheyssou. Nous voulons privilégier des apporteurs des alentours, plutôt petits. » Alain Dubois remarque : « La problématique de l’ancien abattoir reposait sur trois ou quatre gros apporteurs, qui représentaient 85 % du tonnage global. Cette fois, l’activité sera répartie. Il n’y aura pas d’apporteur majoritaire. »

L’abattage multi-espèces (bovin, ovin, porcin et caprin) sera simplifié avec deux chaînes opérationnelles « pour limiter les coûts de personnel et de nettoyage ». Ce redimensionnement sera doublé d’une autre nouveauté : un atelier de découpe où pourront opérer « les salariés polyvalents » du site, « trois ou quatre maximum », ainsi que les élèves de la MFR de Vanxains. La présence de ce poste de transformation était en effet conditionné au partenariat avec l’école, qui proposera donc cette formation à la découpe à ses futurs étudiants. La salle sera aussi équipée pour hacher de la viande salée. « L’objectif est d’inciter les restaurants collectifs des collectivités ou des Ehpad à travailler avec nous. Nous pouvons le faire car nous disposons aussi de moyens de surgélation », note Didier Pernet.

Outre ces services, le groupe de travail souhaite mettre en place un système de transport et collecte des animaux pour les bouchers. « C’est une réelle nécessité pour eux, car ils n’ont plus la possibilité de se rendre dans les campagnes pour acheter directement les animaux à la ferme », remarque l’éleveur ovin. Enfin, les éleveurs veulent valoriser au maximum les sous-produits (boyaux, têtes...) et permettre à des démarches d’abattage à la ferme de s’adosser à la structure fixe de Ribérac.

« Ce sont des besoins de territoire qui ont été identifiés mais cela ne signifie pas que l’abattoir va tout gérer, avertit Didier Pernet. Il n’aura pas vocation à organiser 100 % des prestations. Elles pourront être prises en charge par des extérieurs. »

 

Bail emphytéotique

Ce projet semble bénéficier de tous les voyants passés au vert ; à commencer par la préfecture. Pour rappel, cette dernière, par la voie du préfet du moment, Frédéric Perissat, avait, en juillet dernier, déposé un recours devant le tribunal administratif de Bordeaux estimant que la reprise de l’abattoir de Ribérac par le Département serait « illégale », arguant que la compétence de gestion relevait du Conseil régional. Désormais, ce recours n’est plus et les deux parties que sont la municipalité de Ribérac et le Conseil départemental ont trouvé une solution : « un bail emphytéotique [pour une durée de plus de 18 ans minimum et de 99 ans maximum, ndlr] de 20 ans avec un aménagement de loyer de 4 x 50 000 €. Mais ce recours nous aura fait perdre huit mois », constate Nicolas Platon.

Le Département a décidé d’injecter 1,5 M€ pour des travaux de mise aux normes et réaménagement. Le site devrait être opérationnel début 2023.

 


EN CHIFFRES

• 600 tonnes traitées par an, au maximum, au démarrage de l’activité

• 1 500 000 euros injectés par le Département pour la mise aux normes du site


Réussir le Périgord
7, rue du Jardin Public - BP 70165 - 24007 Périgueux cedex