Auteur : Rédaction Réussir le Périgord
Publié : jeudi 1 avril 2021

 

Prix et PAC. 500 tracteurs et près de 5 000 agriculteurs rassemblés place de Jaude à Clermont-Ferrand, jeudi dernier : défi relevé pour le réseau FRSEA-JA d’Aura et du grand Massif central.

 

Une armée d’agriculteurs soudés

 

Au pays des volcans, la terre a tremblé jeudi. Accompagnés des vrombissements des tracteurs, des milliers d’agriculteurs venus de l’Allier, du Cantal, de l’Aveyron, de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme, de la Lozère, de la Creuse, de la Corrèze, de la Haute-Vienne, du Lot, du Gard, de la Saône-et-Loire, de la Loire, de la Nièvre… ont battu le pavé auvergnat, sous l’œil de Vercingétorix, pour dire à quel point leur activité est en danger. Convergeant des principales autoroutes (A75, A71, A89…), ils ont rejoint la place de Jaude en fin de matinée, tandis que d’autres collègues étaient mobilisés à Lyon. À leur côté des élus, des salariés d’organisations professionnelles agricoles dont certaines avaient choisi de baisser le rideau en ce jour de mobilisation générale, mais aussi des acteurs du secteur comme les concessionnaires de matériels agricoles, coopératives, groupements de producteurs… Le monde de l’élevage, réuni au grand complet en somme, et plus globalement celui de ce vaste espace de polyculture-élevage «  dont l’avenir pourrait être compromis par des choix politiques hasardeux  », a résumé David Chauve, secrétaire général adjoint de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, et chef d’orchestre de ce vaste rassemblement clermontois. Sur les banderoles, en filigrane, le même message : le sentiment de travailler toujours davantage sans en récolter les fruits, alors qu’au bout de la chaîne, d’autres se gavent, et, comble du cynisme, avec la caution des pouvoirs publics. En cause, une loi EGalim bancale qui peine à aller au bout de son esprit d’origine, à savoir permettre aux producteurs d’être a minima payés aux coûts de production. 

 

L’alimentaire, grand gagnant de l’économie en 2020

 

« Monsieur le Ministre de l’Économie, comment pouvez-vous continuer à laisser quelques familles s’enrichir sans dessus dessous en France notamment les distributeurs en leur laissant toute la responsabilité de l’alimentation des Français depuis un an ? C’est un détournement d’argent qui a été fait du consommateur vers la GMS sur le dos des producteurs. 4 milliards d’euros… C’est en effet la somme qu’a engrangé la grande distribution grâce à la loi EGalim en moins de deux ans. Sur les 4 milliards d’euros, beaucoup ont été à la GMS, un peu à certains industriels, très peu, voire pas du tout, ont été dans la poche des paysans. Si la loi doit être changée, elle doit être efficace. Monsieur Macron, faites le bon choix si vous ne voulez pas devenir le fossoyeur de l’agriculture », a martelé Yannick Fialip, représentant des chambres d’agriculture d’Auvergne-Rhône-Alpes et membre du bureau de la FNSEA. 

 

Des aides PAC rabotées 

 

Pour Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine, «  les chiffres parlent d’eux-mêmes : moins de 700 euros par mois, c’est le revenu d’un producteur de viande bovine, pour avoir le plus bel élevage du monde, le plus durable, qui produit une viande de qualité. On n’a plus besoin d’applaudissements, on veut des actes. Comment le gouvernement peut-il déclarer ne pas vouloir abandonner les éleveurs de bovins viande et vouloir répondre à l’urgence de leur situation en débloquant 60 millions d’euros… tout en leur retirant quelques jours plus tard 250 millions d’euros d’aides de la PAC par an ?  » Pour lui, si la feuille de route française de la PAC devait rester en l’état, ce serait ni plus ni moins un abandon de l’élevage. Une activité qui, avec l’agriculture dans toutes ses composantes, constitue pourtant le sel de la vie économique, sociale et environnementale des territoires. Jeudi, la mobilisation à Clermont et Lyon n’était en effet pas seulement celle d’une corporation. Les choix de la France engagent le modèle alimentaire de demain : produits naturels et de qualité versus alimentation de synthèse. La plupart des responsables professionnels en sont convaincus, à l’instar de Patrick Bénézit, président de la Copamac et secrétaire général adjoint de la FNSEA¹ : « c’est quoi le message du gouvernement quand la proposition consiste à diviser par deux le montant des aides animales ? C’est que nous allons importer de la viande du Brésil dans des conditions qui sont toutes interdites en Europe et en France alors que nos concitoyens n’en veulent pas. C’est qu’on veut de la nourriture « Tricatel² » faite par Xavier Niel avec de la viande synthétique. Dans le pays de la gastronomie, on voudrait nous imposer ça, on est en droit de se poser des questions  ». Invitant chacun et chacune à maintenir la pression, le réseau syndical a prévenu, d’autres rassemblements « y compris à Paris pourraient s’organiser si le gouvernement ne revoit pas sa copie ». En fin de manifestation, la tension est montée d’un cran avec un dépôt de fumier et un gigantesque brasier allumé devant la préfecture. Les JA, particulièrement remontés par l’inertie des pouvoirs publics, ont joué des coudes avec les gendarmes mobiles, qui n’ont pas hésité à gazer la foule de manifestants. Un rendez-vous avec le ministre de l’Agriculture a été obtenu pour cette semaine.

 

 

1. Christiane Lambert, présidente de la FNSEA a annoncé, par téléphone, qu’elle soutenait l’intégralité des revendications et qu’elle était de tout cœur avec les manifestants d’Auvergne-Rhône-Alpes et grand Massif central.

2. Jacques Tricatel, célèbre PDG d’une chaîne de restauration de nourriture industrielle fictive dans le célèbre film “ L’Aile ou la Cuisse” de Claude Zidi.

 

 

RETROUVEZ LA SUITE DANS NOTRE ÉDITION DU 2 AVRIL, PAGE 8, 9 ET 10.


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