Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : jeudi 11 février 2021

Industrie. La marque Chausse Mouton, à Thiviers, innove en créant des gammes plus tendances et colorées pour rajeunir sa clientèle. Elle bénéficie aussi de l’IGP “Charente-Périgord” pour protéger son savoir-faire.

 

À l’aise dans ses charentaises

 

Rendre la charentaise plus tendance auprès d’une clientèle rajeunie, voilà le défi que se sont lancés les deux dirigeants de la marque Chausse Mouton, Alexandre et Charles Bataille. Fabriquée à Thiviers dans la pure tradition artisanale, selon la méthode du cousu-retourné sans colle ni solvants, à partir d’une laine de mouton de qualité, la charentaise comprend une semelle en feutre très résistante. Elle pâtit parfois d’une image désuète auprès des jeunes générations. « Nous voulions moderniser la charentaise tout en perpétuant un savoir-faire ancestral », affirme Charles Bataille.

Pour cela, la marque s’est lancée dans des créations exclusives. Elles sont imaginées par les designers de l’entreprise dévoilant des modèles masculins et féminins avec tout récemment une gamme “kids” (tailles 28 à 34). « Il s’agit de produits pour les enfants. Avant, nous en faisions très peu car ce marché est très concurrentiel. Nous développons une offre pour y être. Plus nous fidéliserons tôt nos clients, plus nous les aurons longtemps. »

Comment moderniser un tel produit au savoir-faire traditionnel ? « La méthode de fabrication est la même qu’en 1930 mais les matières et le design vont être modernisés en mettant des imprimés, des broderies sur les tissus, et, potentiellement, des pastilles autocollantes. Cela donne un vrai coup de jeune aux produits. Ce n’est plus la charentaise écossaise marron », détaille Charles Bataille. « Nous créons nos propres motifs avec des graphistes pour bien nous différencier de la concurrence », indique Alexandre Bataille, son cousin. L’usine utilise de la fourrure synthétique au tartan revisité, des lignes scandinaves ou japonisantes : Chausse Mouton cherche à innover en proposant des motifs peps et colorés tout en conservant un confort optimal.

 

Podowell en tête

 

Depuis 2019, les charentaises Chausse Mouton bénéficient de l’IGP “Charente-Périgord“. Elle leur offre une valeur ajoutée face à la concurrence ou aux contrefaçons. Ce signe certifie que la charentaise vient bien du sud de la Charente et du nord de la Dordogne. Face à la concurrence internationale, c’est un moyen de garantir une qualité de production et de conserver l’emploi en France, dans une zone rurale comme le Périgord vert. « Le client sait qu’il achète un produit réalisé ici avec un savoir-faire ancestral. Ce n’est pas une copie faite ailleurs », assure Charles.

À partir de 1930, l’entreprise Fargeot & Cie conçoit des articles chaussants à Thiviers à travers ses deux marques : Fargeot (pantoufles, charentaises et articles chaussants), puis Podowell (chaussures médicales).

En 2016, la société est reprise par Alexandre et Charles Bataille. Ce binôme originaire de l’Oise cherche à conquérir une clientèle plus jeune, pour accélérer la croissance de l’entreprise et redynamiser ses marques. « Quand on a vu cette entreprise, nous nous sommes dit qu’il y avait un vrai savoir-faire et quelque chose à développer », explique Alexandre. De là naît Chausse Mouton.

Sur les 15 M€ de chiffre d’affaires de la société en 2020, environ 72 % sont réalisés avec la marque Podowell, des chaussures thérapeutiques créées dans les années 2000, principalement vendue en pharmacie et magasins médicaux, dont 20 % partent à l’exportation. « Podowell a connu un essor très important entre 2010 et 2016 », précise Charles Bataille. Les pantoufles, charentaises et articles chaussants Fargeot (20 % du CA), la marque ancestrale, étaient confrontées au vieillissement de sa clientèle. Après la reprise, Chausse Mouton (8 % du CA) a vu le jour pour donner un coup de jeune à celle-ci. « Elle vient en complément avec des produits plus modernes, colorés et fantaisistes. Nous sommes très ouverts à commercialiser nos produits à l’étranger. Quelques pays nous en demandent comme le Japon. » L’entreprise gère 1 500 références au quotidien.

Au niveau commercial, il s’agit de faire cohabiter un réseau traditionnel de détaillants de magasins de chaussures de centres-villes et la vente sur le web aux particuliers, en B2C. « Les deux combinés nous permettent de couvrir un marché assez large », selon Charles. « Nous essayons d’élargir notre réseau de vente à des concepts store ou des magasins made in France. Nous sommes très rigoureux sur les prix, de manière à ce qu’il n’y ait pas de différence entre internet et les magasins », ajoute Alexandre.

 

Des embauches

 

À Thiviers, l’usine emploie une soixantaine de salariés auxquels il faut ajouter 40 commerciaux. D’ailleurs, les deux dirigeants rappellent qu’ils recrutent du personnel pour compenser des départs en retraite et, en même temps, accompagner le développement de l’activité. Depuis un an, il a fallu s’adapter aux conséquences de la crise sanitaire. « Le premier confinement a été très rude. Nous avons arrêté l’activité avant de reprendre progressivement au bout d’un mois. Le confinement et le télétravail ont provoqué un afflux de commandes énorme. Nous n’avons pas pu répondre à toute la demande. Même si les résultats économiques n’ont pas été extraordinaires, nous avons été beaucoup moins pénalisés que d’autres », explique Charles. Les habitudes de travail évoluent puisque les commerciaux sont beaucoup moins reçus par les clients, compliquant la vente.

Alexandre et Charles réfléchissent aussi à trouver le moyen de gagner de l’espace sur leur site actuel de plus de 2 000 m2.


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