Auteur : Laetitia Lemaire
Publié : jeudi 4 février 2021

Innovation. Dans le cadre du GIEE Pastura en Périgord vert, l’entreprise Base était en visite dans trois exploitations dont les propriétaires sont motivés par l’installation de séchoirs en grange Thermovoltaïques®.

 

Sécher son foin au soleil

 

François Soulard est le premier des trois. Éleveur en ovins lait à Monsec, il fait partie des 12 agriculteurs membre du GIEE (Groupement d’intérêt économique et environnemental) Pastura en Périgord vert, créé autour de trois axes : les couverts végétaux pâturés, les arbres fourragers et le séchage en grange. Ce dernier thème a particulièrement intéressé huit des éleveurs du collectif, dont trois aujourd’hui davantage prêts à sauter le pas que les autres. François Soulard est donc le premier ; parce que le plus prêt et le premier des trois visites organisées, vendredi 29 janvier, dans les exploitations de chacun, avec un technicien de l’entreprise Base, partenaire de ce projet d’implantation de séchoir en grange.

De son propre aveu, en matière d’alimentation, François Soulard a tout essayé. Pas pour lui, pour ses bêtes. « La première année, j’ai fait de l’ensilage. Ensuite, très rapidement, je suis passé en vert », raconte-t-il avant d’évoquer la série de déconvenues qui l’a amené à penser au séchage en grange : « Sans irrigation, ce n’est pas tenable. J’ai passé tout l’été à arpenter mes parcelles pour chercher où je pourrais ramasser. Pratiquer l’affouragement en vert, sans irriguer, c’est un stress quotidien. On ne sait pas ce qu’on va donner à manger aux animaux quinze jours après. Tout ça pour arriver en septembre et commencer nos enrubannés. »

Avec 200 brebis et 10 vaches, l’éleveur aimerait parvenir à disposer de huit mois de foin par an. Huit mois de foin à lui. « Mon but est de sécher du vrac et réussir à sortir 240 tonnes de foin pour mes 200 brebis et 200 supplémentaires. J’espère augmenter mon troupeau puisque je vais gagner sur l’espace de stockage », prédit-il. À côté de lui, Sébastien Ackermann, fondateur et directeur du développement de Base, venu établir une première évaluation du site. C’est lui qui sera en charge de rendre réels les souhaits de François Soulard, de la conception du séchoir avec le dimensionnement de la surface photovoltaïque à la réalisation du bâtiment.

 

Récolter dès le mois d’avril

 

En Dordogne, le séchage en grange est une démarche innovante. Mais il existe déjà dans bien d’autres régions d’élevage. « Nous avons environ 700 projets à l’étude et une cinquantaine de séchoirs déjà opérationnels, qui tournent en France. Nous en avons une trentaine prévue à la construction pour 2021, confirme Sébastien Ackermann. Nous les installons principalement pour les éleveurs de ruminants qui valorisent leur lait, donc principalement ceux qui transforment. »

Le principe est d’amener les éleveurs vers un maximum voire une totale autonomie alimentaire. Toute leur ration est basée sur l’herbe « dont on doit s’appliquer à augmenter la qualité et la quantité ». Sébastien Ackermann constate chez ses clients les perturbations qui s’imposent de plus en plus souvent, conséquemment au changement climatique. « Les périodes de fourrage se décalent. Elles rétrécissent ; ce qui implique que l’on ne récolte plus au bon stade. En disposant d’un séchoir en grange, il devient possible d’aller chercher l’herbe dès le mois d’avril, à la période où les qualités nutritives sont optimales. On évite ainsi que l’herbe végète dans le pré. Ensuite, pas de problème de séchage : à cette période-là de l’année, le soleil est haut dans le ciel, on en profite. »

L’entreprise Base prenant en charge la réalisation du projet de A à Z, elle ne laisse rien au hasard. « Pour élaborer chaque projet, nous tenons compte de l’ensoleillement lors de la période de fauche, de la situation de l’exploitation et des spécificités locales comme la présence d’un lac ou d’un cours d’eau, si l’endroit est encaissé dans une vallée, est soumis à la brume etc... », explique Sébastien Ackermann. Selon lui, aucun séchoir n’est jamais irréalisable.

Si François Soulard et ses acolytes du GIEE ont été motivés par la perspective d’un financement par le plan de relance, ils savent que le temps de mise en œuvre de leurs projets, les aides auront peut-être déjà été consommées. « Mais ils veulent quand même se lancer dans l’aventure », confirme Laurence Vigier, animatrice du GIEE.


Réussir le Périgord
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