Créé : jeudi 26 novembre 2020

Ribérac. Afin d’éviter la fermeture du site, la mairie espère bénéficier du Plan de relance pour créer un atelier de découpe, voire de transformation.

 

Un atelier pour sauver l’abattoir

 

La rencontre a eu l’air de tout ce qu’il y avait de plus informel. Pas de réunion en intérieur, pas de prise de parole au micro, pas même de visite du site. C’est sur son parking que s’est finalement déroulée ce qui sera peut-être l’une des rencontres déterminantes de l’abattoir. Déterminante car c’est son avenir qui se joue, avec un peu plus d’intensité encore depuis un peu plus d’un mois. À l’invitation du maire de Ribérac, Nicolas Platon, les deux nouveaux sénateurs de Dordogne, Marie-Claude Varaillas et Serge Mérillou, étaient donc présents, vendredi 20 novembre, pour évoquer les pistes de sauvetage du centre d’abattage.

Aussi en détresse soit-il, pas question pour Nicolas Platon de l’abandonner à la fermeture. « Pour moi, cet outil n’est pas mort. Il faut juste s’en occuper, ne pas le négliger. Nous devons créer une nouvelle activité qui n’existe pas sur le territoire », a-t-il martelé, évoquant ouvertement l’idée d’un atelier de découpe et de transformation, « qui manque cruellement ici ».

Cette diversification participerait à une démarche plus globale qui tendrait à « redimensionner l’outil », insiste le maire de Ribérac. Avec un tonnage en chute libre, l’abattoir ne peut plus prétendre fonctionner comme il a pu le faire à ses grandes heures. Pour rappel, en avril dernier, le principal apporteur qu’était Arcadie se retirait et avec lui entre 35 et 45 % du tonnage total. Il y a un mois, le Pré vert a également choisi de ne plus travailler avec Ribérac. « Momentanément », selon Nicolas Platon. Il n’empêche : cela amène la perte d’activité à près de 70 %. « Depuis un mois, tous les jeudis sont chômés puisque c’était le jour dédié à l’abattage du bio du Pré vert. Nous traitons actuellement environ 750 tonnes par an », constate Nicolas Jarron, directeur technique du site ; contre 2 400 tonnes en 2019 et 1 200 il y a encore quelques mois.

« Le tonnage n’est pas calamiteux, encourage Nicolas Platon. Il y a des abattoirs qui fonctionnent avec 800 ou 900 tonnes par an. Nous souhaitons maintenir ce tonnage avec les partenaires privés (les éleveurs et petits apporteurs), car sans eux, nous n’y arriverons pas, et surtout, nous voulons adapter la structure à ce tonnage. » L’objectif aujourd’hui est donc d’investir dans une salle de découpe, voire de transformation. « Pourquoi aller chercher d’autres gros apporteurs ? », s’interroge le premier édile, qui souligne que « la structure souffrait déjà avant le départ d’Arcadie ».

 

Réponse positive du ministre

 

C’est dans le Plan de relance que l’abattoir voit son salut. « Un dispositif doté de 130 millions d’euros soutiendra spécifiquement la modernisation des abattoirs », avait annoncé le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, le 12 octobre. « Si on en obtient seulement deux, ça nous suffira amplement », plaisante à demi Nicolas Platon, qui s’appuie cependant sur une réponse directe du ministre à la sollicitation du 18 novembre dernier du sénateur Serge Mérillou, favorable à ce que l’abattoir de Ribérac fasse partie du Plan de relance. 

Trois objectifs étaient ciblés dans le volet “Filières animales” : « Améliorer la protection des animaux et le respect des réglementations sanitaire et environnementale, renforcer la compétitivité des filières et participer au maintien de l’emploi à moyen terme au travers de la modernisation des outils d’abattage et enfin, former à la protection animale ». « Nous avons un projet qui s’oriente vers l’amélioration de l’état sanitaire et la création d’un atelier. Nous sommes parfaitement dans les clous », positive Nicolas Platon.

La notion de bien-être animal est également en jeu puisque « le maintien des abattoirs est nécessaire pour limiter le transport des bêtes », a souligné le sénateur Serge Mérillou, lorsqu’il a interpellé le ministre Julien Denormandie. Guy Debregeas, éleveur à Saint-Astier et apporteur de 300 à  350 tonnes par an, le confirme : « Cet abattoir est un outil de proximité. Moins de transports, ça veut dire moins de stress pour l’animal. Si je perds l’abattoir de Ribérac, évidemment, je n’aurai pas le choix et j’irai ailleurs ; à Bergerac vraisemblablement. C’est plus loin et un peu plus compliqué. »

 

Engager les petits apporteurs

 

La proximité reste un des arguments de poids en faveur de l’outil d’abattage ribéracois. Bernard Saint-Martin, conseiller municipal d’opposition, résume : « Sauver l’abattoir revient à sauver tout un pan du tissu économique local avec tous les petits éleveurs locaux. En plus, cela permettrait de valoriser ces circuits courts pour lesquels il existe désormais une demande très forte. » Les particuliers profitent en effet de vente directe avec les éleveurs mais aussi avec les petits intermédiaires que sont les bouchers, une dizaine aujourd’hui affiliés à l’abattoir de Ribérac, selon Frédéric Mazeau, responsable administratif ressources qualité du site.

Ce sont aussi ceux qu’on appelle les petits apporteurs et pour qui l’abattoir est « un outil indispensable », qui feront la différence. « Ils sont partis mais il faut les remotiver à venir ici, leur redonner confiance », exhorte Nicolas Platon. De l’avis de tous, « la solution ne viendra que si tout le monde accepte de se retrousser les manches » et si les éleveurs se regroupent pour être représentés au sein de cet abattoir.

Serge Mérillou a prévu de revoir le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation le 1er décembre. D’ici là, le dossier de demande pour intégrer le Plan de relance aura été envoyé. Restera à envisager la question de la gouvernance de l’outil, s’il perdure. « Il faut que nous soyons prêts pour que tout soit fait en même temps et que l’activité ne s’arrête pas », affirme Nicolas Platon.


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