Auteur : Alexandre Merlingeas
Publié : vendredi 10 juillet 2020

 

La paille se fait rare

Élevage. Le manque de paille se fait sentir chez des agriculteurs comme Olivier Arnaud, éleveur allaitant à Fouleix, qui appelle à ne pas la broyer. Le CrDA Périgord pourpre Vallée de l’Isle recense les besoins et les offres.

 

Olivier Arnaud l’avait senti venir avec les problèmes d’implantations des céréales survenus cet automne, conséquences des fortes précipitations : « Les semis ont été très compliqués. Les céréaliers ont modifié leur assolement », constate l’éleveur de blondes d’Aquitaine à Fouleix. Quant aux semis qui ont germé, ils livrent de la paille courte avec peu de rendements. « Les premiers retours de l’entrepreneur qui moissonne chez moi vont d’une tonne à l’hectare à trois tonnes maximum pour les meilleurs. Nous sommes loin des six tonnes ! »

Le Gaec Arnaud avec son troupeau de 200 mères blondes d’Aquitaine a d’importants besoins. L’exploitation utilise 700 tonnes de paille par an, en étant loin d’être autosuffisants (15 à 20 ha de céréales à paille). « Nous sommes de gros “pailleurs“. En tant que sélectionneurs, nous essayons de tenir les animaux propres. Sauf cette année où on économise. Une année où les stocks sont suffisants, nous paillons tous les deux jours. Là, on le fait deux fois par semaine », déplore l’éleveur. La paille est achetée sur pied dans un rayon de 25 à 30 km, du côté d’Issigeac. « Nous faisons les travaux pour minimiser le coût. Un entrepreneur réalise le pressage à façon. Puis, nous gérons le transport. » 

Le fournisseur habituel du Gaec Arnaud réalise en général entre 150 et 170 ha de paille, soit 1 700 bottes de 400 kg. Cette année, il n’a semé que 30 ha desquels il ressort cinq bottes de paille par hectare au lieu des dix habituelles. Olivier Arnaud évalue le besoin sur son exploitation entre 500 et 600 tonnes. Pas une paille ! « Comme nous réalisons une bonne année en fourrage, nous en sommes arrivés à utiliser du foin en litière même si ce n’est pas aussi bien. Nous utilisons aussi des produits asséchants qui activent la vie microbienne. Ainsi, la litière ne colle pas au cuir des animaux ; mais cela a un coût », affirme l’éleveur.

 

Recenser les besoins

Alertée de ce problème par l’éleveur depuis près d’un mois, Flore Boyer, animatrice territoriale du CrDA Périgord pourpre Vallée de l’Isle, a contacté par mail un maximum d’éleveurs pour connaître leurs besoins. En début de semaine, ils s’élevaient à 1 000 tonnes pour une vingtaine d’éleveurs sur son territoire. « Nous n’avons pas encore tous les retours car les moissons ne sont pas finies », précise Bruno Faure, président du CrDA. Cette pénurie concerne potentiellement la plupart des élevages faisant de la litière. « L’idée est aussi d’ouvrir cette action collective au reste du département si besoin », précise Flore Boyer. Il s’agit pour elle de recenser l’offre et la demande locales et de les mettre en relation.

Reste à trouver des solutions. Elles ne sont pas pléthores. D’autant plus que ce manque s’exprime un peu partout en France. Olivier Arnaud en appelle, notamment, à la responsabilité des exploitants qui broient leur paille pour amender leur sol. « On ne leur demande pas de ramasser la paille en andain. Ils ne perdent rien si cette année ils font l’impasse sur cette matière organique. » L’éleveur évoque aussi la possibilité de recourir à de la paille de maïs si l’arrière-
saison est clémente. Quant à aller chercher de la paille plus loin en France ou à l’étranger, comme en Espagne, il faut assumer le coût du transport. À plus long terme, Bruno Faure évoque la possibilité de cultiver des plantes comme le miscanthus. Les copeaux, sciure et autres plaquettes de bois ont déjà été testés en fond de litière.

Autre conséquence de cette situation : l’inflation du prix de la paille. « Une année normale, on achète la paille entre 20 et 25 Ä la tonne dans le champ. En ce moment, on entend parler de 2 à 2,5 fois ce prix », s’inquiète l’éleveur.

 

• Contact Flore Boyer : - 06 76 75 01 79 ou flore.boyer@dordogne.chambagri.fr


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