Auteur : Lionel Robin
Publié : jeudi 2 juillet 2020

Viande. Après plusieurs semaines de rumeurs, d’informations contradictoires et de bruits de couloirs, la situation devient plus claire : Arcadie Sud Ouest est placée en redressement judiciaire avec poursuite d’activité.

 

Les sanglots longs d’Arcadie

 

Le couperet est tombé, c’était dans les tuyaux depuis plusieurs semaines mais cette fois, il ne s’agit plus de rumeurs : Arcadie, c’est fini. Le groupe, en cessation de paiement, a été mis en procédure de redressement judiciaire le mardi 30 juin par le tribunal de commerce de Montpellier. Arcadie Sud Ouest est spécialisée dans l’abattage et la transformation d’animaux d’élevage, implantée dans le grand Sud-Ouest. La société est mise sous observation durant un mois, les salaires et congés des quelque 1 000 employés du groupe seront pris en charge par l’AGS (régime de garantie des salaires). Durant le mois qui va s’écouler, des solutions pour sauver l’entreprise ou ses sites devront être trouvées. Y compris pour l’abattoir de Thiviers.

À vrai dire, pour les éleveurs comme pour les responsables de la filière viande, cette nouvelle était crainte depuis de nombreuses semaines. La situation financière d’Arcadie Sud Ouest était fragile, avec un déficit de 11,5 millions d’euros pour l’exercice consolidé de 2019, qui faisait suite à plusieurs années déjà difficiles. Le groupe, dont le siège social est à Rodez, dans l’Aveyron, est détenu par plusieurs coopératives régionales : Lur Berri (Pyrénées-Atlantiques), à hauteur de 48,5 %, Univia via la SHBV (Dordogne) à hauteur de 3,9 %, Synergie via la coopérative Arterris (Ariège), La Capel (Lot et Corrèze) et Unicor (Cantal, Lot, Lozère, Tarn et Tarn-et-Garonne) se partageant le reste de l’actionnariat. Sur cette vaste zone géographique, entre boucheries, abattoirs et transformation, Arcadie est implantée sur une quinzaine de sites.

 

Des signes avant-coureurs

 

Bien entendu, la révélation la semaine dernière par L 214, dans une nouvelle vidéo, de maltraitance lors d’abattage d’agneaux à Sainte-Radegonde (près de Rodez) a été la pichenette qui a précipité le groupe dans la tourmente. Mais les difficultés sont plus anciennes. Ainsi, le précédent directeur général, Michel Pélissier, avait en 2019 lancé un plan de restructuration industrielle. Ce dernier avait désengagé Arcadie de certains sites afin d’en massifier d’autres. Thiviers devait profiter de cette massification, notamment au détriment de l’abattoir de Ribérac (voir ci-dessous).
Ce plan se mettait en place dès 2019 et se poursuivait en début d’année. Si certains avancent que la crise de la Covid-19 a eu raison d’Arcadie en stoppant les commercialisations pour la restauration, en établissements ou collective, rien n’est moins sûr. D’une part, les difficultés financières existaient avant cette crise, d’autre part, la conjoncture de la viande est complexe depuis plusieurs années avec une baisse notable de la consommation et des attentes sociétales importantes, enfin Michel Pélissier a quitté son poste en mars alors que le confinement venait à peine de démarrer. Il a été remplacé à la direction par Dominique Bernard.

Dès le printemps, les premières informations ont circulé faisant état de la recherche d’un partenaire par Arcadie Sud Ouest. Aujourd’hui, avec la mise en redressement judiciaire, cette recherche est d’autant plus d’actualité. En fait, il s’agirait même d’un repreneur, soit pour tout le groupe, soit pour certains sites. Un seul repreneur potentiel s’est clairement positionné. Il s’agit de la coopérative Unicor, par ailleurs actionnaire d’Arcadie, qui est prête à reprendre le site aveyronnais de Sainte-Radegonde.

Parmi des candidats potentiels, le géant du steak haché, mais pas uniquement, Bigard aurait été approché. A priori, l’abattoir de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, a en effet été visité.

Et puis il y a Thiviers où sont employées quelque 130 personnes. Dès la semaine dernière, les élus locaux se sont prononcés pour la sauvegarde de cet outil industriel. Depuis, on s’agite beaucoup en coulisses, de réunions en réunions, pour tenter d’imaginer toutes les solutions possibles. Avec un objectif : garder l’activité d’abattage à Thiviers.


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